1. Lucie, bizutée en 2003 à l’EDHEC : “Je ne voulais pas me griller, j’avais vraiment envie de faire partie de l’association”

Lucie, bizutée en 2003 à l’EDHEC : “Je ne voulais pas me griller, j’avais vraiment envie de faire partie de l’association”

Envoyer cet article à un ami

Officiellement, les actes de bizutage sont interdits et punis par la loi depuis 1998. Pourtant à chaque rentrée, les petits nouveaux sont mis à l’épreuve par leurs aînés. Notre journaliste Julia Zimmerlich, qui a elle-même vécu ces pratiques alors qu’elle était étudiante, a enquêté sur les nouveaux codes du bizutage.

Diplômée de l’EDHEC Business School en 2006, Lucie* a été bizutée à 2 reprises : lors du week-end d’intégration de son école, puis lorsqu’elle a voulu devenir membre d’une association étudiante en 2003.

“Le BDE [bureau des élèves] nous avait demandé de rapporter une bouteille de hard, une bouteille de soft et un tee-shirt blanc pour le voyage du WEI. Avant de monter dans le bus, ils nous rebaptisaient et écrivaient au feutre, en gros, le surnom qui allait rester pour toute notre scolarité : “Chaude pisse”, “Goudou”, “Sans nibards”, “Chalumeau”…

“Le voyage en bus est de loin l’épreuve la plus difficile”

Mon nouveau surnom sur le dos, un sac poubelle accroché autour du cou, le cauchemar a commencé. Les organisateurs passaient dans les rangs avec des pistolets à eau, avec un réservoir d’un litre, remplis de mélanges alcoolisés. Pour éviter de finir ivre morte, la tête dans mon sac de vomi, comme les 3/4 de mes camarades de bus, j’ai feinté. À chaque fois que le pistolet d’alcool se présentait, je faisais mine d’avoir la bouche pleine et je recrachais discrètement l’alcool dans mon sac poubelle. Le voyage en bus est de loin l’épreuve la plus difficile. En comparaison, la bataille de farine du lendemain, au milieu de 300 personnes avec 5 grammes d’alcool dans le sang était une formalité.

“J’ai été convoquée à 4h du matin par téléphone”

Pour faire partie de certaines associations étudiantes, il faut passer des examens d’intégration. La plupart se déroulent sous forme d’entretiens dans un bar ou dans un appartement d’élèves de 2ème année, en plein milieu de la nuit. Ma convocation est tombée un matin, à 4h, par téléphone : “Ramène un poème en l’honneur de l’association, une bouteille de whisky et un gâteau au chocolat”. J’avais peur, mais en même temps je ne voulais pas me griller, j’avais vraiment envie de faire partie de l’association [Anne n’a pas souhaité que le nom de l’association soit mentionné, NDLR]. Généralement, on se retrouve face à 10 personnes, complètement saoules, qui veulent tester votre culot et votre bagout. Il faut faire le spectacle. Au final, j’ai été retenue. Mon année de mandat reste un bon souvenir. Mais à aucun moment je n’ai cautionné ces pratiques et je ne serais sûrement pas capable de repasser toutes ces épreuves.”

*Les prénoms des témoins ont été modifiés pour conserver leur anonymat.

Qu’en est-il aujourd’hui ?
Aujourd’hui, la consommation d’alcool est toujours autorisée dans les bus du WEI de l’EDHEC. Des membres du BDE sont présents dans chaque bus pour “éviter les débordements”. Selon le président actuel du BDE de l’EDHEC, les étudiants de 1ère année ne boivent jamais sous la contrainte et les coutumes de cette association étudiante ne sont pas représentatives de toutes les autres. Par ailleurs, la tradition des surnoms de cette association a été remplacée par le port de gilets de sécurité jaunes pendant tout le week-end. Concernant les entretiens de recrutement, ils suivent toujours le même procédé.

Sommaire
> Aujourd’hui moins de bizutages ou des pratiques plus clandestines ?
> Week-ends d’intégration, élections de BDE : les nouveaux rendez-vous pour bizuter “en loucedé”
> L’alcool et la misogynie, les ingrédients d’un bizutage “réussi”
> Pourquoi il est difficile aux bizuts de dire non
> Les écoles officiellement en lutte contre le bizutage
> Anne, bizutée en 2009 en deuxième année de médecine: “Les bizuteurs ont le pouvoir qu’on leur donne”
> Pauline, bizutée en 2006 à l’ESC Lille : “J’ai payé cher mon geste de rébellion”
> Lucie, bizutée en 2003 à l’EDHEC : “Je ne voulais pas me griller, j’avais vraiment envie de faire partie de l’association”
> Maxime, “usiné” en 2005 à l’ENSAM : “Sorties de leur contexte, nos coutumes choquent
> Soirées médecine : "biture express" chez les étudiants

Et vous, que pensez-vous du bizutage ? Partagez vos expériences sur notre forum.
Si vous êtes victime ou témoin d’un bizutage, contactez le CNCB (Comité national contre le bizutage) au 06.07.45.26.11 ou par mail contrelebizutage@free.fr.

Julia Zimmerlich, avec la collaboration de Guillaume Bourain
Septembre 2010
Sommaire du dossier
Retour au dossier Week-ends d’intégration, élections de BDE : les nouveaux rendez-vous pour bizuter “en loucedé” L’alcool et la misogynie, les ingrédients d’un bizutage “réussi” Pourquoi il est difficile aux bizuts de dire non Les écoles officiellement en lutte contre le bizutage Anne, bizutée en 2009 en 2ème année de médecine: “Les bizuteurs ont le pouvoir qu’on leur donne” Pauline, bizutée en 2006 à l’ESC Lille : “J’ai payé cher mon geste de rébellion” Lucie, bizutée en 2003 à l’EDHEC : “Je ne voulais pas me griller, j’avais vraiment envie de faire partie de l’association” Maxime, “usiné” en 2005 à l’ENSAM : “Sorties de leur contexte, nos coutumes choquent”