1. « L’UNEF et les frondes étudiantes », un documentaire inédit sur les mouvements étudiants

« L’UNEF et les frondes étudiantes », un documentaire inédit sur les mouvements étudiants

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Les faits sont connus. Reconstruction d’après-guerre, décolonisation, mai 68, années gauchistes, génération Mitterrand, CPE… jusqu’à la réforme des retraites, les mouvements étudiants, l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) en tête, ont joué un rôle déterminant dans l’évolution de la société française des 50 dernières années. Les témoins sont nombreux, qui pour nombre d’entre eux occupent aujourd’hui des postes clés en politique, principalement au PS, dans les médias, dans la culture… Mais l’histoire n’avait jamais été racontée en images. C’est chose faite avec le film « L’UNEF et les frondes étudiantes », réalisé par Jean-Michel Rodrigo et Georges Terrier. Diffusé sur la chaine Public Sénat le 9 mai 2011 à 22h30*, ce documentaire propose une plongée passionnante dans l’histoire de ce syndicat, mais aussi et surtout de l’engagement de la jeunesse étudiante depuis l’après guerre. Le réalisateur Jean-Michel Rodrigo nous parle de son film.

Comment est né ce documentaire ?
Jean-Michel Rodrigo : J’ai été membre de l’UNEF à la fin des années 70, au pire moment des divisions de ce syndicat. Comme tous les militants étudiants, cette expérience personnelle correspond à un moment déterminant de la vie, celle de la fin de l’adolescence. C’est extrêmement formateur. J’y ai fait des rencontres qui m’ont marquées. Par la suite, j’ai croisé tout au long de ma trajectoire de documentariste beaucoup d’anciens de l’UNEF. Jusqu’au jour où je me suis dit avec le coauteur du film, Georges Terrier, qu’il y avait là une histoire à raconter. L’idée a germé, le temps d’évacuer la nostalgie et de réaliser que la somme de nos petites histoires permettait de parcourir la grande Histoire. Et, pour une fois, à travers le regard de la jeunesse.

En quoi l’histoire de l’UNEF se confond-elle avec l’histoire des étudiants en France ?
Jean-Michel Rodrigo : En explorant les archives, j’ai découvert une histoire passionnante, troublante, constituée de périodes absolument différentes, mais qui témoignent aussi d’une permanence des frondes étudiantes. Je me suis rendu compte combien le monde étudiant a influé sur la société dans son ensemble. Et pas seulement en 68 ! Depuis l’après-guerre, on assiste quasiment tous les 10 ans à un évènement important qui suscite une énorme mobilisation de la jeunesse et que l’UNEF a accompagné.

Syndicat corporatiste ? Mouvement politique ? Quelle est la réalité de l’UNEF au fil de l’histoire ?
Jean-Michel Rodrigo :
Elle est varie selon les époques. L’UNEF est un mouvement de jeunesse qui participe à la reconstruction de la France donc du logement, de la santé… dans un pays exsangue. Et parmi les urgences, il y a la nécessité de mettre en place une sécurité sociale étudiante. A partir des années 68, ce qui va prédominer c’est la politique et non plus la préoccupation du quotidien. Là, on s’en fout des gommes et des crayons. L’enjeu est de changer le monde ! L’UNEF a donc, pendant un temps, perdu sa dimension pratique pour la retrouver aujourd’hui. Par ailleurs, si ces militants ont rarement été en avance sur les mouvements du moment, par exemple sur le féminisme, ils n’en ont jamais été exclus. Ils sont là, toujours perméables à ce qui se passe autour d’eux.

L’UNEF est-elle encore une antichambre du Parti socialiste ?
Jean-Michel Rodrigo :
De Jean-Chistophe Cambadélis à Bruno Julliard, un nombre important d’anciens de l’UNEF sont aujourd’hui au PS. C’est vrai, tout comme on en retrouve aussi beaucoup dans les médias, chez les avocats et dans la culture. Ce qui semble changer aujourd’hui, c’est que les récents leaders de l’UNEF ont montré qu’ils avaient une autonomie propre. Ils ne se font pas dicter leur ligne de conduite. L’UNEF est une organisation qui est moins contrôlable, pas facilement instrumentalisée, car plus qu’un syndicat, cela reste une organisation de jeunesse.

Quel regard portez-vous sur l’engagement politique des étudiants en 2011 ?
Jean-Michel Rodrigo :
Il y a une constance médiatique à dire que les jeunes d’aujourd’hui ne s’engagent plus. L’histoire nous montre que l’engagement prend des formes différentes mais qu’il ne faiblit pas. Je ne suis absolument pas nostalgique. Et je comprends l’agacement des étudiants d’aujourd’hui face aux grands donneurs de leçons qui diraient : « A notre époque, on voulait faire la révolution ! ». En 2011, défendre les intérêts des étudiants qui sont dans des préoccupations matérielles majeures comme ils l’étaient dans les années 50 – et beaucoup plus que dans les années 70 –, c’est remettre en cause l’ordre actuel, c’est mettre à nu les incohérences de la société.

Propos recueillis par Emmanuel Vaillant

* Autres dates de diffusion sur la chaine Public Sénat : le 14 mai à 22h, le 15 mai à 18h, 16 mai à 17h, 20 mai à 16h45, 22 mai à 9h

 

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