1. Lycées de banlieue au top. À Bobigny, Louise-Michel travaille en mode projet
Enquête

Lycées de banlieue au top. À Bobigny, Louise-Michel travaille en mode projet

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Au lycée Louise-Michel de Bobigny, les enseignants travaillent beaucoup sur l'estime de soi avec les élèves. // © Baptiste FENOUIL/ REA
Au lycée Louise-Michel de Bobigny, les enseignants travaillent beaucoup sur l'estime de soi avec les élèves. // © Baptiste FENOUIL/ REA

À Louise-Michel, professeurs, CPE, assistants pédagogiques, direction, tous se mobilisent pour faire réussir des jeunes aux difficultés notoires. Les élèves baignent dans une atmosphère qui leur sied tout particulièrement. Deuxième volet de notre série sur ces lycées de banlieue qui boostent leurs élèves.

Coincé entre les rues Karl-Marx, Jean-Jaurès et Salvador-Allende, le lycée Louise-Michel de Bobigny est installé dans un quartier aux références explicites. Une perspective différente laisse entrevoir un lycée entouré de barres d’immeubles et "de cités", comme le dit Manal, en première année de prépa économie-gestion et qui y a obtenu le bac STMG en 2017. "Le lycée est difficile à cause de la zone où il est placé", poursuit l’étudiante.

Une population en grande difficulté

Une zone "à clichés", renchérit Ibtimal, en terminale S. Le terme de "lycée ghetto" est alors lâché. Plus de 70 % des 1.150 élèves du lycée sont boursiers. Environ la moitié de ceux qui arrivent en seconde n’ont pas obtenu le brevet du collège. Son taux attendu de réussite au bac 2016 est de 74 %. "Quand les élèves arrivent en seconde, ils ont de réelles difficultés scolaires en français, en mathématiques, en anglais. C’est un désastre !", ne cache pas Aude Paul, professeure de français. "Les problèmes à l’écrit sont assez importants et, plus globalement, ils n’ont pas la culture du travail", ajoute Bruno Descroix, enseignant de mathématiques.

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Pour lutter contre ces bâtons dans les roues de la réussite scolaire et atteindre un taux de réussite au bac de 86 %, comme en 2016, Louise-Michel a mis en place "un véritable écosystème", selon le proviseur, Naji Achour.

Des assistants pédagogiques très présents

"Tous les personnels travaillent ensemble pour que le tout fonctionne et tienne", indique Bruno Descroix. Chaque membre de l’équipe pédagogique apporte sa pierre à l’édifice, à commencer par les assistants pédagogiques. Ces derniers, chacun spécialisé dans une discipline, sont un maillon essentiel de la progression et de la réussite des élèves du lycée. "Ils ont une salle dédiée où ils sont présents tous les jours, explique Ibtimal. On y va si on a une heure de perm ou si on finit les cours plus tôt. Ils nous aident à faire nos devoirs. C’est important pour les élèves qui n’ont pas la chance d’avoir un environnement de travail chez eux."

De leur côté, les CPE, au nombre de trois dans l’établissement, "font un gros travail auprès des élèves, souligne Aude Paul. Et d’ajouter : Elles sont parfois dures au niveau de la discipline." Une exigence qui participe au bon fonctionnement dudit écosystème : "Nous sommes bien cadrés, notamment au niveau des retards et des absences. En cas d’absence, nous sommes de suite convoqués. Ça nous force à être assidus", indique Manal. "On travaille beaucoup sur le savoir-être", confirme Naji Achour.

Deux professeurs principaux par classe

Par ailleurs, le lycée a signé plusieurs partenariats avec des établissements de l’enseignement ­supérieur, notamment dans le cadre des "cordées de la réussite" : avec Sciences po, Paris-Dauphine… Le lycée propose une prépa en plus des nombreuses options culturelles que peuvent suivre les lycéens : théâtre, cinéma, LV3… "Il y a un investissement de beaucoup de collègues pour porter des projets. Cela apporte des perspectives, des ouvertures aux élèves", insiste Naji Achour. En revanche, explique Bruno Descroix, "si les dispositifs sont importants, le cœur reste sur ce qu’il se passe en cours !"

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En classe, le travail des professeurs, outre l’enseignement des connaissances, se porte beaucoup sur l’estime qu’ont les élèves d’eux-mêmes. "Je mets rarement de très mauvaises notes comme 2 ou 3 car taper sur les gens en leur disant qu’ils sont nuls ne fonctionne pas, estime Aude Paul. Mais on ne brade pas le niveau : nous avons les mêmes contenus que les lycées de centre-ville. Nous sommes juste peut-être un peu plus progressifs." Chaque classe a deux professeurs principaux. "Les élèves trouvent quelqu’un avec qui parler", explique l’enseignante. "Il y a une atmosphère qui fait progresser ici, et les profs aident beaucoup", confirme Manal, rejointe par Ibitimal : "On nous compare souvent aux élèves de Paris mais les profs nous disent : là, vous êtes à l’école, vous n’avez pas besoin d’argent, de grande villa, vous avez autant de chances que les autres. Ce n’est parce qu’on habite dans le 93 qu’on ne peut pas réussir."