1. Lycée de banlieue au top. À Saint-Denis, Paul-Éluard met le décrochage entre "parenthèses"
Enquête

Lycée de banlieue au top. À Saint-Denis, Paul-Éluard met le décrochage entre "parenthèses"

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Le lycée Paul-Éluard propose de nombreux dispositifs pour éviter le décrochage. // © erwin canard
Le lycée Paul-Éluard propose de nombreux dispositifs pour éviter le décrochage. // © erwin canard

Les élèves en difficulté sont les plus susceptibles de décrocher du système scolaire. Le lycée Paul-Éluard à Saint-Denis concentre ses forces pour rallumer, chez eux, la flamme du désir d’apprendre. Premier volet de notre série sur les lycées de banlieue qui boostent leurs élèves.

Faire réussir les élèves, c’est aussi – et d’abord – les faire rester dans le système scolaire. C’est pourquoi la lutte contre le décrochage est un des principaux chevaux de bataille du lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis. "Décrocher" revient à "sortir du système scolaire sans diplôme". Les raisons peuvent être très diverses : absences, mauvaises notes, désintérêt pour l’école, difficultés à passer la marche de la seconde après le collège, orientation inadéquate… Paul-Éluard, avec un effectif de 2.000 élèves, qui recrute ses élèves dans quatre collèges classés REP (réseau d’éducation prioritaire) et dont plus de la moitié sont issus de familles défavorisées, est particulièrement concerné par ce phénomène. "Les conditions de vie difficiles rendent les élèves plus fragiles sur le plan scolaire", estime Fabrice Taffanel, le proviseur adjoint du lycée.

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Un gros travail sur l’estime de soi

Géraldine, en première STL, a été repérée par son établissement comme pouvant potentiellement être concernée. "L’an dernier, j’étais en seconde professionnelle. Cette année, en série techno, j’ai beaucoup de difficultés. Les cours sont compliqués…" Le lycée propose alors plusieurs dispositifs pour aider les jeunes susceptibles de décrocher comme le projet 'Parenthèses', auquel Géraldine participe. "C’est une élève qui a des difficultés car elle vient d’un bac pro et elle n’a notamment pas les bonnes méthodes de travail, indique Christelle Lancrerot, la CPE (conseillère principale d’éducation). On n’impose pas ce dispositif car il ne peut fonctionner que si les élèves y adhèrent volontairement."

"Parenthèses" a deux facettes. Début janvier, les participants bénéficient d’une semaine spéciale où ils ne suivent pas leurs cours classiques. "On a eu des ateliers de théâtre, de secourisme, de relaxation, mais aussi du soutien dans les matières principales et sur les méthodes de travail", raconte Cynthia, également en première STL, qui estime qu’elle n’a "pas assez confiance en elle et qu’elle a besoin d’aide pour obtenir le bac". "Pendant cette semaine, on met les autres cours entre parenthèses", sourit Géraldine. L’objectif : outre une remise à niveau, un travail sur l’estime de soi. À la suite de cette semaine, un tuteur (enseignant, infirmier ou autre, selon les besoins de l’élève) est attribué à chaque lycéen. Celui-ci les suivra jusqu’à la fin de l’année. "Avec ce dispositif, nous voyons que les élèves ont une meilleure confiance en eux et sèchent moins les cours", relève Christelle Lancrerot.

Un module qui permet de repasser le bac une troisième fois

Le lycée propose également un tutorat pour les élèves de seconde. L’équipe pédagogique repère les lycéens qui rencontrent des difficultés notoires dans l’enseignement général. S’ensuit une découverte du milieu de l’enseignement professionnel, des formations des lycées professionnels et des CFA (centres de formation des apprentis). Si une formation intéresse un élève, il effectue un mini-stage dans l’établissement. "Le décrochage est très fré­quemment lié à une mauvaise orientation", justifie Fabrice Taffanel.

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Le lycée Paul-Éluard offre, par ailleurs, la possibilité à ceux qui ont raté leur bac à deux reprises de le passer une troisième fois, à travers un Morea (module de représentation à l’examen par alternance).

Par exemple, Murielle, aujourd’hui en BTS (brevet de technicien supérieur) électrotechnique, a réussi l’examen grâce au Morea. "Nous n’étions qu’une dizaine d’élèves en cours, se souvient-elle. Les professeurs prenaient le temps de tout nous expliquer. Nous avions également un accompagnement personnalisé : si nous ne venions pas, ils nous appelaient pour savoir où nous étions !"

Outre ces dispositifs, le lycée Paul-Éluard propose aux élèves volontaires vingt heures par semaine d’aide aux devoirs. Et tout ce travail contre le décrochage porte ses fruits : le taux de réussite au bac avoisine les 90 %, pour un taux attendu de 82 %. À l’écoute de ce chiffre, le proviseur, Bruno Bobkiewicz, tient à préciser : "C’est avant tout la réussite des élèves plutôt que celle du lycée, le mérite leur revient".

* Les prénoms des élèves de cet établissement ont été modifiés à leur demande.