1. Lycée Paul-Éluard de Saint-Denis : 1 - décrochage scolaire : 0
Reportage

Lycée Paul-Éluard de Saint-Denis : 1 - décrochage scolaire : 0

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Le lycée Paul-Éluard propose de nombreux dispositifs pour éviter le décrochage. // © erwin canard
Le lycée Paul-Éluard propose de nombreux dispositifs pour éviter le décrochage. // © erwin canard

"Parenthèses", "tutorat seconde", "Morea" : le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis propose trois dispositifs pour éviter aux élèves les plus fragiles de décrocher. Et les résultats sont au rendez-vous.

Absences, mauvaises notes, désintérêt pour l'école, difficultés à passer la marche de la seconde après le collège, orientation inadéquate… De nombreux facteurs peuvent engendrer le décrochage scolaire d'un élève. Géraldine*, en première STL au lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis (93), a été repérée par son établissement comme étant potentiellement concernée. "L'an dernier, j'étais en seconde professionnelle. Cette année, en série techno, j'ai beaucoup de difficultés, les cours sont compliqués…"

Ce type de parcours est particulièrement propice au décrochage. C'est-à-dire, selon le ministère de l'Éducation nationale, le processus qui amène progressivement un jeune à sortir du système scolaire sans diplôme. En 2016, il y aurait eu 98.000 décrocheurs. Si de nombreux dispositifs existent pour "rattraper" les jeunes, d'autres sont parfois mis en place en prévention, pour éviter qu'ils ne décrochent.

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Le lycée Paul-Éluard en propose plusieurs aux jeunes repérés, comme Géraldine, par l'équipe pédagogique. Ce grand établissement (2.000 élèves, 81 classes), qui recrute ses élèves dans quatre collèges classés ZEP et dont plus de la moitié sont issus de familles défavorisées, est particulièrement concerné par le décrochage. "Les conditions de vie difficiles rendent les élèves plus fragiles sur le plan scolaire", estime Fabrice Taffanel, le proviseur adjoint du lycée.

Théâtre, relaxation, soutien : les "Parenthèses" d'Éluard

Depuis 2009, à Paul-Éluard, le projet "Parenthèses" aide les élèves en première STL ou STI2D suceptibles de décrocher. Cette année, dix élèves, dont Géraldine, ont accepté d'y participer. "Les enseignants m'ont proposé ce dispositif et j'ai accepté", explique-t-elle. "C'est une élève qui a des difficultés car elle vient du bac pro et elle n'a notamment pas les bonnes méthodes de travail", indique Christelle Lancrerot, la CPE du lycée qui s'occupe de "Parenthèses". On n'impose pas ce dispositif car il ne peut fonctionner que si les élèves y adhèrent." L'équipe pédagogique le propose ainsi aux élèves aux fortes difficultés scolaires, souvent absents ou qui n'ont pas été orientés dans une filière qui leur correspond.

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"Parenthèses" a deux facettes. Début janvier, les élèves bénéficient d'une semaine spéciale où ils ne suivent pas leurs cours classiques."On a eu des ateliers de théâtre, de secourisme, de relaxation mais aussi du soutien dans les matières principales et sur les méthodes de travail", raconte Cynthia, également en première STL, qui estime qu'elle n'a "pas assez confiance en elle et qu'elle a besoin d'aide pour réussir le bac". "Pendant cette semaine, on met les autres cours entre parenthèses", sourit Géraldine. L'objectif : outre une remise à niveau scolaire, un travail sur l'estime de soi. "Ces élèves n'ont pas confiance en eux. Nous leur disons alors que, même s'ils ne sont pas les meilleurs, ils peuvent y arriver. Ils ont eux aussi des compétences à mettre en avant", souligne Christelle Lancrerot.

À la suite de cette semaine, un tuteur (enseignant, infirmier ou autre, selon les besoins de l'élève) est attribué à chaque lycéen. Celui-ci les suivra jusqu'à la fin de l'année. "Avec ce dispositif, nous voyons que les élèves ont une meilleure confiance en eux, connaissent mieux les personnes du lycée en cas de problème et sèchent bien moins les cours", relève Christelle Lancrerot.

Le tutorat seconde : pour rectifier le tir

Ce dispositif concerne les redoublants de seconde. Cette année, sur les 150 élèves dans ce cas au lycée Paul-Éluard, 35 sont concernés. L'équipe pédagogique repère les lycéens qui rencontrent des difficultés notoires dans l'enseignement général. S'ensuit alors une découverte du milieu de l'enseignement professionnel. En parralèle des cours, ils envisagent les formations des lycées professionnels et des CFA (centres de formation des apprentis) notamment. Si une formation intéresse particulièrement un élève, il effectue un mini-stage dans l'établissement pour être certain de son orientation. "Le décrochage est très souvent lié à une mauvaise orientation", justifie Fabrice Taffanel.

Morea bac : des cours très particuliers

47 élèves de la série S sont inscrits cette année au Morea (Module de représentation à l'examen par alternance). Ils ont raté leur bac deux fois et ont souhaité le repasser une troisième fois. Seuls deux établissements proposent un tel dispositif en Seine-Saint-Denis et accueillent donc des élèves de tout le département.

Murielle est aujourd'hui en BTS (brevet de technicien supérieur) électrotechnique après avoir échoué deux fois au bac. Elle l'a réussi lors de sa troisième tentative, grâce au Morea. "J'avais gardé les bonnes notes que j'avais obtenues et je me concentrais sur les matières à repasser, se souvient-elle. On n'était qu'une dizaine d'élèves en cours. Les profs prenaient donc le temps de tout nous expliquer. On avait également un accompagnement personnalisé : si on ne venait pas, ils nous appelaient pour savoir où on était !"

Outre ces trois dispositifs, le lycée Paul-Éluard propose également aux élèves volontaires 20 heures par semaine d'aide aux devoirs. Et tout ce travail contre le décrochage porte ses fruits : le taux de réussite au bac avoisine les 90 %.


*Les prénoms des élèves ont été modifiés à leur demande.

D'autres dispositifs pour prévenir le décrochage

L'Éducation nationale a mis en place deux autres dispositifs pour prévenir le décrochage scolaire :

- Le "Parcours aménagé de formation initiale" : il permet à l'élève, âgé de 15 à 18 ans, de "faire une pause" dans sa scolarité et de se diriger vers un autre milieu que le cadre scolaire : service civique, parcours citoyen, stage…  
- Les "alliances éducatives" : avec des partenaires (associations, collectivités, entreprises…), l'établissement accompagne l'élève chez qui des difficultés particulières ont été repérées (santé, justice, harcèlement, etc.) et qui pourraient engendrer un décrochage scolaire.