1. Juliette, en lycée pro esthétique : "Vive la pratique !"
Portrait

Juliette, en lycée pro esthétique : "Vive la pratique !"

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Juliette, 16 ans, est en première esthétique cosmétique et parfumerie au lycée professionnel Premier-Film, à Lyon (69). // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Juliette, 16 ans, est en première esthétique cosmétique et parfumerie au lycée professionnel Premier-Film, à Lyon (69). // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

Après une seconde générale difficile, Juliette a trouvé son orientation, en suivant son goût pour le maquillage. En première professionnelle esthétique cosmétique et parfumerie, elle suit des études qui la passionnent.

"En fin de troisième, je ne voulais pas entrer en seconde générale, je voulais aller dans un lycée professionnel. J’ai toujours été attirée par les métiers liés à la création, la mode ou le maquillage. Surtout, le maquillage ! Comme j’hésitais, mes parents m’ont poussée à entrer en seconde générale, au lycée de La Xavière à Chaponnay (69). C’est un établissement exigeant qui a 100 % de réussite au bac. Ce détail a son importance dans mon histoire…"

"Mes résultats étaient catastrophiques"

"La classe de seconde a été terrible : un cauchemar ! Je ne travaillais pas parce que je n’étais pas du tout motivée. Je n’écoutais pas en classe. Je ne prenais aucune note… Je dessinais. Mes résultats étaient catastrophiques un peu partout mais, surtout, en mathématiques. J’ai chuté à 1,5 de moyenne – sur 20, je précise. À cette époque, je pratiquais le cirque. Comme, le soir, je n’étudiais jamais (aucun devoir, zéro leçon !), j’allais au cirque plusieurs fois par semaine. Mon autre passion, c’était le maquillage. Je me maquillais et je faisais du cirque aérien.

Dans ma classe de seconde, nous étions plusieurs à décrocher. Ma copine, Romane, était dans la même situation que moi. Les professeurs nous disaient : “Il y a un problème”, ou bien : “Il faut réagir”. C’est sûr que je ne pouvais pas rester en filière générale, à continuer à attendre, sans but ni projet."

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"Nous avons réfléchi et trouvé une solution avec la professeure principale et la conseillère d’orientation. Voyant mes résultats franchement pas géniaux, mes parents ont alors accepté que je change de filière. Mais je ne leur en veux pas de m’avoir obligée d’aller en seconde générale. Ils ont eu raison de me pousser puisque je ne savais pas exactement quelles études entreprendre. En un an, malgré l’ennui scolaire, j’ai mûri, pensé à mon avenir et, puis, je ne souffrais pas. J’avais mes copines.

"J’ai tout de suite aimé ce lycée : il n’y a pas de clans, ni d’histoires"

En fin de troisième, j’avais visité plusieurs lycées professionnels et j’avais immédiatement aimé celui-ci : le lycée du Premier-Film, à Lyon. Tout le monde avait l’air sympa et l’ambiance était cool. Cette première impression n’a pas été démentie. C’est tout simplement génial ! J’adore !

Puisque je n’avais pas de CAP [certificat d’aptitude professionnelle] ni suivi les cours de seconde professionnelle, j’ai été admise en classe passerelle. C’est une classe composée pour moitié de filles comme moi et pour moitié de filles titulaires d’un CAP esthétique. J’appréhendais un peu à la rentrée, même si Romane était dans ma classe.

Juliette retrouve le sourire après une seconde générale difficile. Elle ne regrette pas sa réorientation.  // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Juliette retrouve le sourire après une seconde générale difficile. Elle ne regrette pas sa réorientation. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

Et là, surprise ! Franchement, c’était super dès le début ! Tout le monde s’entend avec tout le monde : il n’y a pas de clans, ni d’histoires. Nous ne sommes pas en compétition. Rien à voir avec le lycée où j’étudiais. Là-bas, c’est très sélectif et chacun pour soi, enfin pire : c’est la compétition ! De toute façon, ils font en sorte qu’on parte ailleurs pour ne pas faire baisser leur pourcentage de réussite au bac. Je dis cela un peu crûment mais je ne veux pas qu’on croie que je suis amère ou que je leur en veux. C’est leur logique. Pas la mienne !"

"Avoir de bonnes notes, c’est une satisfaction pour moi"

"Dans ma classe, nous sommes 16. C’est un luxe d’étudier dans ces conditions. Nous venons d’horizons différents. Nous nous entraidons beaucoup. Celles qui ont suivi une seconde donnent des conseils dans les matières générales et celles qui sont titulaires d’un CAP nous aident dans les matières pratiques. Elles nous donnent des tuyaux. La dynamique est chouette !

Je suis très motivée, autant dans les matières générales que professionnelles. Quand je rentre chez moi le soir, je fais mes devoirs consciencieusement. Je m’en rajoute parfois, juste pour être sûre d’avoir tout compris. Je m’avance aussi sur les leçons. Je révise. J’ai des bonnes notes : 16 en maths ! Ces résultats me motivent encore plus. L’année dernière, j’avais de mauvaises notes. Je me disais que j’avais trop à rattraper et je baissais les bras. Là, sans en faire des tonnes, cela fonctionne bien ! Alors je veux y arriver encore plus. Avoir de bons résultats, c’est une satisfaction. Je me sens plus sûre de moi et quand on a confiance en soi, on travaille encore mieux. Maintenant, j’écoute ! En seconde, je n’étais pas dans mon élément. Cette année, je suis heureuse."

"Les enseignants sont super attentifs avec nous !"

"Vous vous demandez s’il n’y a pas quelque chose de moins bien ici que dans un lycée général ? Je réponds “non et non”. Honnêtement, j’aime tout dans cette façon d’étudier. D’abord, je fais ce que j’aime. Ensuite, les relations avec les enseignants sont différentes. Ils sont super attentifs vis-à-vis de nous. Je dirais même qu’ils sont bienveillants. Ils nous comprennent, et le fait d’être moins nombreux, c’est sans doute plus simple pour eux.

Elle apprécie le contact et la bienveillance des enseignants, "aux petits soins avec les élèves". // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Elle apprécie le contact et la bienveillance des enseignants, "aux petits soins avec les élèves". // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

L’année dernière, si on n’avait pas compris, et bien, c’était tant pis pour nous. D’ailleurs, j’étais souvent perdue mais je n’osais pas poser de questions. J’avais peur que les autres se moquent de moi, de passer pour une idiote. Cette année, si je ne comprends pas, je lève la main. Et si nécessaire je vais voir le professeur à la fin du cours."

"Nous apprenons autrement et aussi intensément qu’ailleurs"

"Il ne faudrait pas croire que les études dans un lycée professionnel sont plus faciles et destinées aux élèves moins intelligents. Nous apprenons autrement, nous étudions des choses différentes, et aussi intensément que dans un lycée non professionnel. Le programme dans les matières générales est peut-être moins ardu. C’est sûrement plus facile mais il y a des disciplines que je ne connaissais pas, comme la biologie appliquée aux cosmétiques par exemple. C’est nouveau et compliqué, avec des dizaines, des centaines de termes à connaître par cœur.

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Ce qui m’a étonnée au début, c’est la répartition des matières par professeur. Celle d’histoire enseigne aussi le français. Elle va de l’un à l’autre, même si elle ne mélange pas tout non plus. C’est intéressant ! Cela permet des approches globales. J’apprécie évidemment les TP [travaux pratiques]. On dispose de belles salles avec des lits d’esthétique, du matériel, du maquillage, des tenues – blouse, pantalon blanc – fournies par le lycée. J’aime bien les TP. Le cours démarre toujours par de la théorie, puis on passe à l’application. À chaque fois, une fille s’entraîne sur une autre, puis l’heure suivante, on inverse les rôles. La professeure passe parmi nous et commente notre travail, nous donne des conseils ou nous corrige."

"Je m’entraîne à la maison sur ma maman, mes sœurs, mes copines"

"Chez moi, j’ai tout le matériel d’esthétique. Une table de massage, des appareils pour épiler, des crèmes, des produits de maquillage. Je m’entraîne sur ma maman, mes sœurs, mes copines…

Les travaux pratiques occupent une part importante de la scolarité. Les stages en entreprise sont nombreux : de seize à vingt-deux semaines.  // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Les travaux pratiques occupent une part importante de la scolarité. Les stages en entreprise sont nombreux : de seize à vingt-deux semaines. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

Les stages permettent également de progresser. Cette année, j’en ferai trois : un de vente en parfumerie, un deuxième dans un spa à Palavas-les-Flots [34] pour les soins du corps et, le troisième, en institut pour l’esthétique pure. En terminale, nous avons encore plus de stages en milieux professionnels, trois mois au moins. Ils comptent pour le bac. Ce qui est super aussi, ce sont les journées "clientèle". Nous recevons des clientes pour des prestations. Les tarifs sont intéressants et, cette année, l’argent collecté nous aidera à financer un voyage d’études.

Le bac professionnel n’est pas un 'sous-bac”' ni un petit bac ! On peut aller plus loin, d’ailleurs la majorité des bacheliers poursuivent leurs études. Pour ma part, j’irai en BTS [brevet de technicien supérieur] esthétique, puis je ferai une école de maquillage. J’aurai tous les diplômes pour réaliser mon rêve : être maquilleuse dans le cinéma ou sur les plateaux de télévision."

Les bacs professionnels

Il existe plus de 100 spécialités de baccalauréats professionnels. Le nombre de bacheliers a doublé depuis 2000, passant de 80.000 à plus de 180.000 en 2017. Les titulaires de ce diplôme peuvent exercer une activité professionnelle ou poursuivre des études, notamment en STS (section de technicien supérieur).

Un bac professionnel peut être préparé par la voie scolaire, dans les lycées professionnels. La voie de l’apprentissage est aussi possible. Dans ce cas, l’apprenti signe un contrat avec une entreprise.

Juliette est en classe passerelle. Elle est en première professionnelle après une classe de seconde générale. Ce changement d’orientation doit être préparé avec l’aide du professeur principal de la seconde générale et du conseiller d’orientation. En six mois, elle devra apprendre la partie pratique que les autres élèves ont suivie en CAP (certificat d’aptitude professionnelle) esthétique, cosmétique et parfumerie.