1. Julien, lycéen et comédien : "Le théâtre m’ouvre
 au monde"
Portrait

Julien, lycéen et comédien : "Le théâtre m’ouvre
 au monde"

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Julien, 17 ans, en première L au lycée Claude-Bernard 
à Villefranche-
sur-Saône, partage
 son temps entre le conservatoire de théâtre et le lycée. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Julien, 17 ans, en première L au lycée Claude-Bernard 
à Villefranche-
sur-Saône, partage
 son temps entre le conservatoire de théâtre et le lycée. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

En parallèle de la première L, Julien suit les cours du conservatoire de théâtre de Lyon. Une double vie qui le fait courir mais qu’il mène avec passion.

"J’ai toujours aimé me faire remarquer. En grande section de maternelle, je venais à l’école en costume, je faisais des petits spectacles dans la cour de récré mais aussi en famille, avec ma sœur. C’est d’ailleurs avec elle que j’ai officiellement commencé à faire du théâtre : j’avais 5 ans et demi. Je n’ai jamais arrêté. J’ai de très anciens et beaux souvenirs de scène. Je me rappelle, par exemple, avoir joué le loup dans "le Petit Chaperon rouge". Ce que j’ai adoré depuis la première fois, c’est endosser des rôles, devenir quelqu’un d’autre, représenter un personnage et y croire ! Au collège, je participais au club de théâtre et, parallèlement, j’étais inscrit dans une maison des jeunes et de la culture, à un atelier. Pendant ces années-là, j’ai joué dans plusieurs pièces, c’était intense et passionnant. Aujourd’hui, je partage mon temps entre les cours au lycée et ceux au conservatoire de Lyon. C’est ma passion, ma raison de vivre et ce sera, je l’espère, mon métier plus tard !"

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"J’ai été porté et soutenu, notamment par ma professeure de français"

"Après un passage éclair dans un lycée de Lyon où j’étais inscrit dans une section cinéma, je suis arrivé au lycée Claude-Bernard à Villefranche-sur-Saône en février de l’année de seconde. Cela s’est très mal passé parce que je ne pouvais pas faire de théâtre, comme je le voulais. La direction s’est trompée et je me suis retrouvé dans une classe de footballeurs. Attention, je n’ai aucun grief contre les footballeurs mais je ne partageais rien avec eux. Je n’allais pas bien, j’étais interne, je me sentais seul et je déprimais. Au lycée Claude-Bernard, j’ai soufflé en reprenant mes activités de théâtre. Et c’est important, j’ai été porté et soutenu, notamment par ma professeure de français. Elle a compris à quel point le théâtre était ma vie. Elle m’encourage, vient à mes spectacles, elle est géniale et je veux encore une fois lui dire merci."

Pendant les cours 
de français, il apprécie l’étude des textes de théâtre, notamment "Don Juan" de Molière.  // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Pendant les cours 
de français, il apprécie l’étude des textes de théâtre, notamment "Don Juan" de Molière. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

"Je suis le plus jeune de la classe de théâtre et je me sens à ma place"

"Pendant l’année de seconde, j’ai suivi des cours de l’Actors Studio, à Paris, avec une professeure particulière. Elle me faisait travailler les improvisations, le jeu, la présence, l’expression corporelle. Je n’avais pas vraiment d’atelier de théâtre collectif, hormis la participation à des petits spectacles. Puis j’ai entendu parler du cours pour les jeunes de 16 à 25 ans du Conservatoire de musique, danse et théâtre de Lyon. Je savais qu’il était très dur de l’intégrer. Une dizaine d’élèves sont pris chaque année, c’est peu. C’était mon rêve et je me suis donné les moyens ! J’ai préparé un monologue de trois minutes. J’ai joué un extrait d’un texte qui est le témoignage d’un adolescent qui se cherche. Ce n’était pas facile, nous étions nombreux à postuler. Je les ai convaincus parce que j’ai tout donné. En septembre dernier, au début de la classe de première, j’ai donc intégré le cours d’enseignement initial du conservatoire. Je suis le plus jeune de la classe de théâtre et je me sens parfaitement à ma place."

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"Je rate quelques cours et je jongle avec les horaires"

"Il n’existe pas de section théâtre dans mon lycée mais la direction accepte que j’aille au conservatoire. Certes, je rate quelques cours et je jongle avec les horaires mais cela me va ! Ils savent que le conservatoire est le pôle central de mes activités. Comme il se trouve à 35 kilomètres du lycée, ma mère m’accompagne. Au total, j’ai dix heures de cours par semaine. Le lundi et le vendredi, j’assiste à un cours d’expression corporelle avec Keiri, une danseuse. On travaille l’axe vertical, le souffle et le rythme. Le mercredi et le samedi, c’est l’atelier de jeu avec Philippe Sire, comédien et professeur d’art dramatique. Cette année, nous montons une pièce de Copi [auteur contemporain]. C’est extraordinaire, drôle et tragique à la fois. Les autres cours sont facultatifs, comme la culture générale, qui a lieu le jeudi. Hélas, je ne peux pas y aller, j’aurais trop d’absences ! Je ne me plains pas. Je me débrouille. J’ai la chance de pouvoir réaliser mon rêve."

Julien s’investit pleinement dans son 
rôle de représentant 
des élèves. Il reste à l’écoute de ses camarades et est prêt à les défendre. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Julien s’investit pleinement dans son 
rôle de représentant 
des élèves. Il reste à l’écoute de ses camarades et est prêt à les défendre. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

"J’ai acquis une certaine aisance à l’oral et je n’ai pas peur de parler"

"L’expression théâtrale m’apporte énormément dans mes études. J’ai acquis une certaine aisance à l’oral, je n’ai pas peur de parler, de donner mon avis. En français et en anglais, par exemple, je suis toujours partant pour lire, voire déclamer des textes ou des dialogues. J’adore ! Je m’investis, je participe. Cela ne me coûte pas, au contraire, c’est instinctif. Je me dis que, puisque je suis là, autant être vraiment là. Cette manière de fonctionner me vient de la pratique théâtrale, j’en suis sûr. Quand on joue, on doit être concentré et présent, pas dans la lune. La rêverie est nécessaire, notamment pour développer son imaginaire et sa création, mais pas en classe. Par ailleurs, en français, j’apprécie le programme, les textes. Je suis gâté, en ce moment, on étudie "Don Juan" de Molière. Nous avons des recherches à mener sur le théâtre. Et cela peut aller loin. Lorsque je prépare un texte pour le conservatoire, je cherche à connaître la situation, les actions, le contexte, le décor. Au lycée, naturellement, je procède de la même manière. C’est une aide précieuse. Je lis aussi, pour moi et ma culture personnelle. Je tire les fils de chaque auteur, de chaque pièce, et je développe mon champ culturel. Je ne veux pas que cela semble présomptueux de dire cela. C’est naturel. Quand je travaille la pièce de Copi, j’ai envie de découvrir son univers, les artistes de sa génération, de son entourage. Mon horizon s’élargit et je pense que, pratiquement et concrètement, c’est une aide dans mon travail au lycée. J’essaie de nourrir mes dissertations de ce que je découvre chaque jour. Certes, les professeurs disent que je ne suis pas scolaire. Je ne travaille pas énormément à la maison. Mais, au bout du compte tous ces efforts paieront. Je l’espère !"

"Je suis délégué de classe"

"De l’extérieur, on pourrait croire que je papillonne et m’éparpille. En fait non. Je suis bien où je suis, à chaque instant. Je suis délégué de classe et représentant des élèves aux conseils de discipline. Je m’investis dans ces rôles parce que je trouve que chacun a le droit d’être défendu, écouté. En tant qu’élève et adolescent, nous avons notre mot à dire. Quand une personne est en difficulté, de travail ou de comportement, nous devons pouvoir expliquer aux adultes son point de vue, son regard, avec nos mots et nos émotions. J’aime porter la parole des autres. Je n’ai pas peur des adultes. Notre point de vue est aussi important, même si nous avons vingt ans de moins qu’eux. Je me sens assez mûr. J’ai hâte d’entrer dans une école supérieure. J’ai hâte de grandir."