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Témoignage

Étudiants infirmiers sous pression à l’hôpital : "J'avais tout le temps la boule au ventre"

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Les étudiants en santé ne sont pas toujours chouchoutés lors de leurs stages // © plainpicture/fStop/Team Static
Les étudiants en santé ne sont pas toujours chouchoutés lors de leurs stages // © plainpicture/fStop/Team Static

Certains étudiants en santé arrivent à leur stage à l'hôpital la boule au ventre, et en ressortent les larmes aux yeux… Nous avons recueilli deux témoignages de futurs infirmiers qui ont subi des pressions.

Éva, étudiante infirmière, redouble sa deuxième année à l'IFSI (institut de formation en soins infirmiers) de Strasbourg. En dix semaines de stage à l'hôpital, elle a perdu environ cinq kilos à cause du stress. "J'avais tout le temps la boule au ventre, j'y allais en pleurant... C'était assez difficile de gérer ces émotions." Selon la soignante de 21 ans, "certaines personnes de l'équipe attendaient beaucoup des étudiants et se permettaient de faire des remarques rabaissantes et déstabilisantes. Quand je demandais ce que je devais faire, on me disait ''Fais ce que tu veux'',''Va voir quelqu'un d'autre, je n'aime pas encadrer'', ''T'es censée le savoir'', ''Je n'ai pas le temps''... Il fallait que je me débrouille. Mais je suis aussi tombée sur des encadrants qui transmettaient leur métier avec passion", nuance-t-elle.

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Faute de temps, un manque de pédagogie

Pierre, 22 ans, souhaite lui aussi devenir infirmier. Lors de son premier stage, en première année, une mise à l'épreuve d'une aide-soignante l'a beaucoup marqué : "C'était pour faire la toilette d'un patient. Je n'en avais jamais réalisée auparavant. J'avais du mal au début, et elle me dit : ''Je ne sais pas, ce n'est pas moi qui fais. Tu dois le faire, je te regarde''. Et il fallait que je me dépêche, car nous devions enchaîner avec d'autres... Je me suis à moitié énervé et les larmes sont montées..."

Pierre a ressenti un grand manque de pédagogie de la part des encadrants. "Mon stage s'est plutôt bien déroulé, mais il n'y avait pas assez de personnes pour nous encadrer. En stage, les étudiants n'ont pas forcément de tuteur, alors que c'est obligatoire !"

Pour les futurs soignants, ce manque de personnel est le reflet de la situation précaire des hôpitaux, notamment en période de suppressions de postes. Un cercle vicieux se met en place. "La charge de travail est aussi difficile pour tout le monde. Les nerfs lâchent... Durant mon stage, quelques infirmières pleuraient parce qu'elles n'en pouvaient plus", raconte Éva.

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Quelles solutions pour s'en sortir ?

Le plus évident, mais pas forcément le plus simple, est d'en parler. C'est ce qu'a fait Pierre : "Je suis allé parler à une autre aide-soignante, qui a fait le nécessaire pour que je ne sois plus en binôme avec celle qui me mettait la pression. Face à ce genre de situation, il faut essayer d'en parler à son tuteur à l'hôpital ou à son formateur de l'IFSI (institut de formation en soins infirmiers), mais aussi à ses amis. Il ne faut pas avoir honte. Parler peut libérer."

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Malgré des journées à rallonge et cette mauvaise expérience, l'étudiant ne baisse pas les bras : "La santé et le corps humain me passionnent depuis des années". Tout comme Éva, qui se rassure : "Je peux être une bonne infirmière même si j'ai tout à apprendre. Ce n'est pas un métier, c'est une vocation ! Voir les patients heureux de ce qu'on leur apporte, c'est ce qu'il y a de plus beau et de plus motivant".