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Reportage

EuroSkills 2016 : les membres de l'équipe de France s'entraînent comme des athlètes

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Les 26 jeunes compétiteurs de l'équipe de France des métiers suivent une intense préparation physique et mentale d'une semaine au CREPS de Châtenay-Malabry. // © Etienne Gless
Les 26 jeunes compétiteurs de l'équipe de France des métiers suivent une intense préparation physique et mentale d'une semaine au CREPS de Châtenay-Malabry. // © Etienne Gless

Pour se préparer aux EuroSkills 2016, les Olympiades européennes des métiers, qui se tiendront début décembre en Suède, 26 jeunes pâtissiers, carreleurs, fleuristes ou encore plâtriers de l'équipe de France suivent une préparation physique et mentale semblable à celle des sportifs de haut niveau. Reportage.

"Soyez agressifs ! Vous devez être des tueurs pour gagner. C'est un combat !" Daniel Levavasseur, maître d'armes d'escrime, use volontiers d'accents martiaux devant 26 champions un peu particuliers : de jeunes carreleurs-plâtriers, pâtissiers, couvreurs, esthéticiennes, serveurs, etc. Deux heures durant, ce 29 septembre 2016, ils vont écouter les conseils de l'entraîneur qui a coaché l'équipe féminine chinoise d'épée aux Jeux olympiques de Rio.

À Châtenay-Malabry (92), au CREPS (Centre de ressources, d'expertises et de performances sportives), ces champions dans leur métier suivent une intense préparation physique et mentale d'une semaine. En ligne de mire : les EuroSkills 2016 qui se dérouleront à Göteborg, en Suède, début décembre. La compétition opposera de jeunes professionnels de 35 pays. Ces Olympiades européennes des métiers se déroulent tous les deux ans.

Lire aussi : WorldSkills 2015 : l'Équipe de France des Métiers a brillé au Brésil

Créer un esprit d'équipe

Pour l'équipe de France, il s'agit de la deuxième semaine de stage après celle de mai 2016, à Temple-sur-Lot (47). "Le but est de les préparer à une compétition très intense : 20 heures d'épreuves étalées sur trois jours. Mais aussi de créer une cohésion d'équipe", explique Kader Si-Tayeb, délégué général de WorldSkills France. Pour créer cette alchimie, les 26 jeunes compétiteurs ont choisi leur propre hymne et cri de ralliement. Ils ont également désigné un des leurs, Alexandre Étienne, un ingénieur apprenti au Cnam Picardie, comme porte-drapeau pour défiler en tête de la délégation française à Göteborg.  

"En trois jours, nous avons déjà fait du judo, de la boxe et maintenant de l'escrime !", sourit Coralie, en ôtant son masque d'escrimeuse, presque en nage après quelques coups de fleuret. Titulaire d'un bac pro restauration, Coralie exerce le métier de serveuse en salle. "Je suis saisonnière. L'hiver, je travaille en Suisse, l'été à Saint-Tropez". La jeune femme a été sélectionnée en 2015, après les finales nationales des Olympiades des métiers où elle a remporté une médaille d'argent. "Cette préparation mentale et physique est indispensable. Je dois être bien dans mon corps et dans ma tête pour participer à cette compétition. Le concours de serveur en salle comporte trois épreuves : bistro, banquet et gastronomie", précise Coralie.

"L'évolution professionnelle qu'apporte une compétition comme les EuroSkills est énorme", estime Coralie, en bac pro restauration. // © Etienne Gless

Faire son métier devant 75.000 personnes

"Nous utilisons le sport pour aider ces jeunes à repousser leur seuil de fatigue, optimiser leur récupération, gérer leur stress ou savoir réfléchir en situation d'imprévu", explique Stéphane Raynaud, préparateur physique et mentale de l'équipe de France des métiers et cadre technique à la Fédération française de boxe. "La compétition leur met la pression. En théorie, il s'agit de faire ce qu'ils font en entreprise, c'est-à-dire leur métier. Sauf qu'il y a 20 caméras devant eux et 75.000 personnes qui les regardent !".

En quête d'or

Avec Stéphane Raynaud, les jeunes ont aussi travaillé sur les notions de "confiance réciproque" ou de "consentement mutuel". "Ce stage m'apprend à rester très concentré sur ma tâche, confie Yohan, 23 ans, CAP (certificat d'aptitude professionnelle) de plâtrier-plaquiste et salarié d'une entreprise de BTP (bâtiments- travaux publics) près du Mans (72). En compétition je dois réaliser une maquette dans un temps limité. C'est compliqué, car il faut travailler vite et bien, et donc ne pas se disperser. Sinon gare aux fautes d'attention ! Un détail non soigné et vous êtes éliminé." Yohan, déjà médaillé d'or au concours national du meilleur apprenti de France en 2011, ne cache pas qu'il aimerait bien renouveler l'exploit dans son métier aux EuroSkills. "Et pourquoi pas plus tard devenir meilleur ouvrier de France", confie le jeune homme qui prend sur ses week-ends et ses soirées pour travailler et se perfectionner dans son métier.

Yohann, 23 ans plâtrier-plaquiste avec Stéphane Reynaud préparateur physique et mental de l'équipe de France des métiers :

Travailler plus pour gagner mieux

Comme les 25 autres membres de l'équipe, Yohan s'entraîne avec passion. "C'est le plus important : se donner à fond pour avoir le plus beau résultat, conseille Daniel Levavasseur dans un temps d'échange à la cafétéria. Sinon vous aurez des regrets. Les regrets, c'est se dire, des mois après, qu'en s'investissant plus on aurait pu être médaillé. Pour gagner, il faut travailler plus que les autres. Et participer à cette compétition vous servira toute votre vie en entreprise."

Et le maître d'armes d'escrime de délivrer un dernier secret de champion : "Un athlète est toujours dans l'instant présent. Ne penser pas à ce qui vous est arrivé hier. Ne penser pas au résultat que vous visez demain. Restez l'esprit concentré sur la tâche à accomplir". Sage parole de coach qui peut également servir pour réussir vos examens et concours !