DOSSIER : JEUNES, DYNAMIQUES ET FONCTIONNAIRES

Ils sont âgés d’une trentaine d’années, occupent des postes à responsabilité et sont à mille lieues des clichés véhiculés sur les fonctionnaires. Portraits de ces agents et de "leur" fonction publique, en mouvement.

Luc Fournier, conseiller du directeur des affaires européennes et internationales au ministère de l’Ecologie

"J’ai vraiment envie d’agir"

Fonctionnaire et payé 1.000 € par mois… dès l’école. Un bon plan ! Après sa prépa, Luc Fournier intègre l’ENTPE (Ecole nationale des travaux publics de l’Etat). "L’établissement m’a attiré car il menait à de nombreux métiers. Je pouvais faire du très technique (comme des ponts, des bâtiments et des routes), du thématique (environnement, urbanisme, etc.) ou de la gestion. A l’origine, je n’avais pas spécialement envisagé d’entrer dans la fonction publique… Ma mère est enseignante mais mon père, lui, est plus tourné vers l’entreprise". Pendant les deux premières années de sa formation, Luc est fonctionnaire stagiaire. En troisième année, l’étudiant est titularisé. "Pour ma dernière année, je suis parti préparer un double diplôme en management public à l’université de New York. C’est là que j’ai choisi une voie de "gestionnaire". J’ai effectué des stages dans les affaires internationales, notamment à la mairie de New York, à l’ONU (Organisation des nations unies) et à l’Agence américaine pour le développement international. En rentrant des Etats-Unis, curieux de comprendre ce qui se passait au niveau de la Commission européenne, je suis parti à Bruxelles, en VIA (volontariat international en administration), pour savoir, en pratique, comment se décident les directives et les règlements au niveau européen. En 2003, enfin, une proposition intéressante m’a été faite. Je suis donc rentré à Paris".

Du global au local… au global

Luc travaille d’abord au secrétariat général des affaires européennes dans les services du Premier ministre. Au bout de trois ans, il refait ses valises et part pour Lyon. "J’étais dans une logique de passer du global ou local : comprendre le contexte et les enjeux globaux pour agir efficacement au niveau local. Je me suis occupé de grands projets de la région Rhône-Alpes comme la construction de la ligne ferroviaire Lyon-Turin ou de l’autoroute ferroviaire alpine. J’aurais aimé aller plus loin dans le local pour rester au cœur des projets mais, en décembre 2007, j’ai décidé de revenir à Paris, au ministère de l’Ecologie, pour accomplir de nouvelles missions".

Quatre ministères en un

Aujourd’hui, à 29 ans, Luc est conseiller du directeur des affaires européennes et internationales au ministère de l’Ecologie."Nous venons de fusionner quatre ministères (énergie, écologie, aménagement du territoire et transports/équipement) en un. Ma première mission a été d’aider à la création d’une direction unique de plus de 100 personnes. Il a fallu revoir les structures, recenser les agents, redéfinir les missions de chacun, les regrouper sur un même site, imaginer un nouveau mode de fonctionnement, etc. Cette mission a duré six mois et s’est achevée en juillet 2008". En parallèle, Luc a préparé la présidence française de l’Union européenne. "Ma deuxième mission a été d’aider le directeur des affaires européennes et internationales à piloter l’action du ministère. Il a fallu identifier les objectifs de la présidence en matière d’énergie, d’environnement et de transports, faire valider ces objectifs par le ministre et définir une organisation pour les atteindre dans les négociations à Bruxelles. J’ai centralisé et organisé le travail des agents de la direction en vue de ces négociations ou des déplacements du ministre à l’étranger".

Un vrai acteur…
 
Ces deux projets finis, Luc doit à présent s’atteler à de nouvelles missions : stabiliser l’organisation des services à la suite de la présidence française, réfléchir à une stratégie d’action pour la nouvelle direction, gérer les priorités du ministère à l’international comme l’Union pour la Méditerranée prévue pour 2009. Sans oublier une mission "permanente" : préparer tous les dossiers pour le ministre. "J’ai vraiment l’impression d’être acteur. Ce n’est pas moi qui invente tout, mais j’apporte ma pierre à l’édifice". Et de rappeler que son rôle n’est pas de décider à la place des politiques mais de les conseiller.

"Je me sens vivant"

Luc touche 2.600 € net par mois. "Cela correspond à un salaire de 40-45.000 € brut par an dans le privé". Et ne compte pas ses heures… "Ce qui conditionne l’investissement, c’est l’intérêt pour le poste", explique-t-il. Le jeune ingénieur va bientôt arriver au bout des huit ans de service qu’il doit à l’Etat (du fait de sa formation rémunérée à l’ENTPE). "Je peux partir travailler dans la fonction publique territoriale ou dans le privé, me reconvertir totalement. Mais je suis heureux au ministère. Ici, le champ d’action est étendu, enrichissant intellectuellement. Et puis l’énergie, l’environnement, les transports, le bâtiment, etc., ce sont des thématiques qui me plaisent, d’autant plus que j’ai un esprit curieux. Je refuse le "syndrome de la boîte noire" de la fonction publique. Je veux savoir ce qui se passe, comment cela fonctionne, comprendre le jeu des acteurs… J’ai envie d’agir. Je ne travaille pas pour l’évolution, le salaire. Ma vraie problématique est de trouver un métier qui me plaise pour être motivé quand je me lève le matin. Ici, je ne suis pas dans une routine. J’apprends quelque chose de nouveau tous les jours. Je me sens vivant".

Virginie Bertereau

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