1. L'architecte, un acteur incontournable du secteur immobilier
Décryptage

L'architecte, un acteur incontournable du secteur immobilier

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Étude de faisabilité, dessin des plans, suivi du chantier… Les architectes sont impliqués dans tout ce qui relève du domaine de la construction. // © plainpicture/Fogstock/Tamara Lischka
Étude de faisabilité, dessin des plans, suivi du chantier… Les architectes sont impliqués dans tout ce qui relève du domaine de la construction. // © plainpicture/Fogstock/Tamara Lischka

Qu'il travaille en agence ou dans la maîtrise d'ouvrage, l'architecte est un interlocuteur central à différentes étapes des projets immobiliers. Comment accède-t-on à cette profession ? Dans quelles conditions s'exerce-t-elle ? Quelles tâches recouvre-t-elle ? Réponses extraites du guide “Les Métiers de l'immobilier” de Pascale Kroll.

En tant qu'architecte, votre vocation est de participer à tout ce qui relève de la conception de l'espace et plus particulièrement de l'acte de bâtir. Vous pouvez intervenir pour des entreprises, l'État, des collectivités et des particuliers. Pour ces derniers désirant construire ou réhabiliter pour eux-mêmes, votre intervention n'est obligatoire, selon la législation française, que si la surface hors œuvre nette de la construction dépasse 170 m2.

Pour faire ce métier, il est nécessaire de passer par une école d'architecture et d'être inscrit à un tableau régional de l'Ordre des architectes. Comme les médecins et les avocats, les architectes doivent en effet respecter un code de déontologie et se plier aux règles d'un conseil de l'ordre.

Architecte, une profession réglementée

Pour exercer le métier d'architecte, vous devez justifier d'un diplôme reconnu par l'État (le DPLG, signifiant diplômé par le gouvernement). Les études conduisant à ce diplôme sont proposées dans les 20 écoles d'architecture sous la tutelle du ministère de la Culture et de la Communication.

Pour entrer dans l'une d'elles, vous devez être titulaire du baccalauréat ou d'un diplôme de niveau bac+1 ou bac+2, hors cursus d'architecture. Vous aurez à passer un test d'entrée comprenant des épreuves écrites (notamment du dessin) et orales.

Les écoles d'architecture

On compte sept écoles dans la région Île-de-France : ENSA (École nationale supérieure d'architecture) de Paris-Belleville, ENSA de Paris-Val-de-Seine, ENSA de Paris-Malaquais, ENSA de Versailles, ENSA de Paris-La Villette, École d'architecture de la ville et des territoires à Marne-la-Vallée et ESA (École spéciale d'architecture, école privée).
En régions, il y a 14 écoles nationales supérieures d'architecture (Bordeaux, Bretagne, Clermont-Ferrand, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, Normandie, Saint-Étienne, Strasbourg, Toulouse). Il vous est aussi possible de vous orienter vers l'Institut national des sciences appliquées de Strasbourg.

Les études d'architecture sont calées sur le système LMD (licence, master, doctorat). Le premier cycle, d'une durée normale de trois ans (six semestres valant 180 ECTS , European Credit Transfer and Accumulation System), conduit à l'obtention du diplôme d'études d'architecture conférant le grade de licence. Le second cycle, d'une durée normale de deux ans (quatre semestres valant 120 ECTS), conduit à l'obtention du diplôme d'État d'architecte conférant le grade de master. Le troisième niveau est le doctorat en architecture (bac+8).

Pour accéder à la profession d'architecte, il est nécessaire de compléter le diplôme d'État d'architecte (le cycle master) par une année supplémentaire de formation en école d'architecture. Elle permet à l'architecte diplômé d'État d'obtenir l'HMONP (habilitation à exercer la maîtrise d'œuvre en son nom propre).

Après une école d'architecture, il est possible de vous touner vers l'archéologie ou la recherche ou de vous orienter vers une agence d'architecture ou la maîtrise d'ouvrage pour entrer dans le secteur immobilier.

L'Ordre des architectes

En tant que profession réglementée, vous devez obligatoirement vous inscrire à l'Ordre des architectes pour pouvoir exercer votre métier. Cette inscription s'effectue auprès du conseil régional de l'ordre. En 2016, les frais d'instruction du dossier s'élevaient à 280 € pour un architecte, 280 € pour une société d'architecture avec associé unique et 490 € pour toute autre forme de société d'architecture.

Posséder le diplôme d'État d'architecte ne suffit pas pour vous inscrire à l'ordre. Vous devez également être habilité à la maîtrise d'œuvre en nom propre. Cela vous permet d'endosser les responsabilités personnelles prévues dans des articles de la loi du 3 janvier 1977 sur l'architecture. En tant qu'architecte, vous êtes en effet tenu responsable des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination, ceci pendant les dix années qui suivent la réception des travaux.

À quoi ressemble le travail en agence d'architecture ?

Vous pouvez avoir des opportunités dans une agence d'architecture ou un cabinet d'études. Ce sont souvent de petites structures. Vous aurez la plupart du temps un statut de profession libérale (c'est le cas de plus de 70 % des architectes) plutôt que celui de salarié.

Garant de la réussite d'un édifice, vous devez avoir des connaissances fondamentales en architecture mais aussi dans différents domaines techniques du bâtiment (résistance des matériaux, électricité, etc.) afin de pouvoir dialoguer avec les spécialistes de ces domaines. Vous devez en outre avoir des connaissances juridiques vous permettant de traiter les litiges et règlements judiciaires.

“Mon travail est toujours différent, selon les chantiers que j'aurai à mener, explique Xavier, employé depuis trois ans dans un cabinet d'architecture de la région parisienne. Je peux avoir à régler un problème administratif, constituer un dossier pour un appel d'offres, je dialogue autant avec un chef de chantier qu'avec un maçon, je travaille de concert avec le maître d'ouvrage dans ses démarches auprès de l'administration ou pour établir un dossier en vue de l'obtention d'un permis de construire.”

Les conditions peuvent être difficiles. Dans les agences, les salaires peuvent être modestes au départ (de l'ordre de 24.000 € brut par an) pour des rythmes de travail soutenus. “Les projets n'étaient pas très intéressants au départ, je devais surtout réaliser des plans, note Xavier. Aujourd'hui, j'ai toujours beaucoup de ‘charrettes’ [dans le jargon de la profession : période de travail soutenu].”

De plus, une lourde responsabilité civile vous incombe : la garantie décennale sur le bâtiment (cette garantie obligatoire, qui s'applique sur une durée de dix ans à compter de la réception d'une construction, couvre les dommages qui compromettent la solidité du bâtiment ou le rendent impropre à sa destination) et la garantie sur le bâtiment à construire (partagée avec le constructeur, telle que la garantie de parfait achèvement des travaux, de livraison, etc.). Il faut être résistant à la pression, disponible, mobile et souple car le travail n'est jamais réellement planifié.

La maîtrise d'ouvrage, un débouché méconnu

Les opportunités dans la maîtrise d'ouvrage sont moins connues des étudiants en architecture. Les écoles promeuvent surtout la voie de l'architecture pure. Mais les deux métiers fonctionnent souvent de concert sur un projet.

Le maître d'ouvrage est la personne, morale ou physique, publique ou privée, propriétaire ou affectataire d'un patrimoine immobilier. Il doit assurer la bonne gestion de ce patrimoine et effectuer la programmation des opérations. Le maître d'ouvrage maîtrise l'idée de base du projet, mais il n'a pas forcément les compétences techniques liées à la réalisation de l'ouvrage. Dans ce cas, il peut faire appel à une maîtrise d'ouvrage déléguée (dont la gestion de projet est le métier). On parle ainsi d'assistance à maîtrise d'ouvrage.

Marie-Anne a choisi de s'orienter, non pas vers un cabinet d'architectes, mais vers de la maîtrise d'ouvrages publics pour arriver aujourd'hui à un poste de maître d'ouvrage délégué. Elle a fait son choix lors de ses études à l'école d'architecture de Grenoble. “J'ai entendu parler de cette opportunité par des intervenants à l'école, explique-t‑elle. Je voulais vraiment m'orienter vers la genèse des projets. J'ai réalisé un stage de dix-huit mois en dernière année pour la maîtrise d'ouvrage pour l'Opale [Office public d'aménagement et de construction]. Il s'agissait d'évaluer les besoins des futurs habitants, de participer à l'élaboration du cahier des charges.” Son choix a aussi été dicté par le fait qu'elle ne voulait pas du rythme effréné des jeunes architectes en agence, qui travaillaient principalement sur des projets de dessinateurs et étaient peu payés.

Marie-Anne a toujours suivi un parcours dans la maîtrise d'ouvrage. Elle est partie au Québec après ses études pour faire de l'assistance à la maîtrise d'ouvrage et de la conception. “Cette expérience m'a convaincue que je préférais réaliser les cahiers des charges et être véritablement maître du projet. C'est intéressant d'aller vers les futurs utilisateurs et usagers, de comprendre leurs besoins. Je peux aussi travailler avec un architecte qui est garant des objectifs de la maîtrise d'ouvrage.” De retour à Paris, elle a intégré une agence d'assistance à la maîtrise d'ouvrage et programmation. Elle y est restée huit ans, sur des projets à vocation sociale. “L'un des intérêts majeurs était de souvent travailler sur des projets confiés à de grandes griffes d'architectes”, se souvient-elle.

Aujourd'hui, Marie-Anne travaille dans un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial) en tant que maître d'ouvrage délégué. À ce poste, vous intervenez en qualité de mandataire du maître de l'ouvrage et pas en tant que simple conseiller. Cela signifie qu'en lieu et place du maître de l'ouvrage, vous élaborez et signez tous les contrats, vous choisissez les entreprises et les fournisseurs, vous préparez et gérez les marchés et vous vous occupez de la gestion financière et administrative de l'opération.

POUR ALLER PLUS LOIN
À découvrir aux Éditions de l'Etudiant :
Les Métiers de l'immobilier”,
par Pascale Kroll.