DOSSIER : LA FIN DU RÊVE LONDONIEN POUR LES JEUNES FRANÇAIS ?

La City vacille, touchée en plein cœur par la crise financière. Pour les diplômés français, que les grandes banques s’arrachaient à prix d’or, la donne a changé. Travailler dans le quartier d’affaires londonien est devenu un immense défi difficile à relever.

"Je suis parti à la City avec mon baluchon, et un seul contact en poche"

"Je voulais travailler comme économiste de marché à Paris. Mais sans une maîtrise parfaite de l’anglais, ça allait être très dur. Quelques semaines après mon DEA (ex-master recherche, ) d’économie et de finance internationale à l’université Dauphine, j’ai pris un billet de train pour Londres. Et, au début de l’automne 2005, je suis parti avec mon baluchon alors que je ne connaissais qu’une seule personne à la City…"

Deux mois à éplucher les PA. Une fois sur place, Aurélien, 27 ans, se laisse deux mois pour trouver un emploi en phase avec ses études. « J’ai passé des journées entières dans des cybercafés à éplucher les petites annonces de sites tels que eFinancialCareers ou Totaljobs. J’ai vécu dans une auberge de jeunesse puis dans un appartement en colocation. Petit à petit, j’ai fait des rencontres et élargi mon réseau." 

D'employé de bureau à risk analyst. En décembre 2005, Masefield, spécialisé dans le trading de produits pétroliers, lui propose un poste d’employé de bureau. Il l'accepte. "Très vite, la direction m’a remarqué et m’a confié des missions plus pointues." Promu "risk analyst", il aide les traders à formuler leurs stratégies et devient un expert du marché canadien. En deux ans et demi, son salaire passe de 22 000 à 45 000 livres (25000 à 51300 € environ). Sans compter les bonus.

De bons résultats, malgré la crise
"Grâce à cette expérience, j’ai beaucoup voyagé. Quand je suis allé à Calgary, dans la province de l’Alberta, c’était seulement la deuxième fois que je prenais l’avion ! Et en first class en plus ! Le PDG m’a vraiment fait confiance. Il n’a pas été déçu. Mon travail a eu un impact au sein de la société. J’ai même fait embaucher deux personnes, un Indien et un Français." Après de bons et loyaux services, Aurélien démissionne en juin 2008 et rejoint Glencore en tant que "risk manager" (trading de matières premières). Au même moment, les premiers effets de la crise se font ressentir dans les quartiers d’affaires londoniens. "Le groupe s’en est très bien sorti. Il a généré plus de trois milliards de dollars de bénéfices sur les neuf premiers mois de l’année. Un des meilleurs résultats de son histoire."

New York, un vieux rêve
Quatre ans après avoir quitté la France, ce (très bon) joueur d’échecs ne regrette pas d’avoir rompu avec ses attaches. "Mon niveau d’anglais constitue un gros atout sur mon CV et je suis très heureux d’avoir trouvé un job me permettant de me rapprocher de mon objectif, devenir trader. Je ne reviendrai pas. Il y a trop peu d’opportunités dans mon secteur à Paris. J’ai des amis qui ont multiplié les stages et les boulots sans intérêt avant de se faire une place…" Cependant, attiré par d’autres pays, il ne se voit pas rester indéfiniment dans la capitale britannique. "J’aimerais vivre à New York. Un vieux rêve. Mon entreprise a des bureaux à Stamford dans le Connecticut. Dans quelques années, quand j’aurai suffisamment d’expérience, je postulerai peut être…"

Guillaume Cauchois

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