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DOSSIER : LA FIN DU RÊVE LONDONIEN POUR LES JEUNES FRANÇAIS ?

La City vacille, touchée en plein cœur par la crise financière. Pour les diplômés français, que les grandes banques s’arrachaient à prix d’or, la donne a changé. Travailler dans le quartier d’affaires londonien est devenu un immense défi difficile à relever.

La fin du rêve londonien pour les jeunes Français ?

Lundi 15 septembre 2008 : premier et dernier jour chez Lehman Brothers. Cette ligne sur le CV d’Edouard d’Archimbaud, disponible sur son blog, interpelle. Ce polytechnicien de 24 ans, recruté comme trader pour un salaire annuel de 45 000 livres, soit environ 51 300 € (la première année, la moyenne est de 37 000 livres), arrive à Londres le jour où la banque d’affaires américaine fait faillite. C’est la chute d’un empire et le rêve d’une majestueuse (et fructueuse) carrière à la City qui s’envole. Il est licencié sur le champ. Quelques jours plus tard, faute de perspectives professionnelles prometteuses, il décide de retourner à Paris.

Déclassés… ou de retour en France. Son histoire, si symbolique de la fin de l’âge d’or londonien pour les Français, a fait le tour des médias britanniques (BBC). Comme lui, "ils sont des dizaines à être partis conquérir cet eldorado de la finance. Résultat : ils ont tous finis coincés dans une mine de charbon !", explique Richard Six, responsable de la branche IT du cabinet Huxley Associates. Selon cet expert, le marché est saturé pour les jeunes fraîchement diplômés ou qui ont moins de deux ou trois ans d’expérience (juniors). "Soit ils sont obligés de revenir en France, fatigués de chercher du boulot, soit ils acceptent des postes inférieurs à leur niveau de compétence. Beaucoup d’anciens analystes quantitatifs (les "quants"), spécialisés dans des produits dérivés et complexes, se tournent vers l’informatique. Il existe un gros décalage au niveau du recrutement de cette élite mathématicienne issue des meilleures écoles d’ingénieurs ou de commerce", analyse Richard Six.

De nouvelles vagues de licenciements
La crise financière ("credit crunch") a donc fait des ravages. Les sociétés, implantées dans le quartier d’affaires de Londres, ont multiplié les plans sociaux et les licenciements. Du jour au lendemain, des équipes entières ont été rayées de la carte. "Dans quelques semaines, des banques et bien d’autres compagnies vont encore dégraisser leurs effectifs. Pour certaines, ce sera la deuxième ou la troisième vague. Tout le monde se sent en danger…", confie Charles, ancien de l’EM Lyon qui, à 27 ans, travaille chez Nomura Mezzanine Fund.

"Plus que des stages à pourvoir". Selon l’estimation du centre d’études CEBR, la City pourrait perdre 62 000 emplois (sur 300 000) en 2008 et 2009. "La situation dans certains secteurs, en particulier les banques d’investissement, est vraiment désespérée. Les jeunes ne peuvent plus bénéficier du turnover qui leur garantissait un job. Maintenant, il ne reste plus que des stages à pourvoir !", souligne Luc, 30 ans, qui a choisi la banque privée à son arrivée dans la capitale britannique en début d’année dernière.

Un seul mot d’ordre : persévérer
En dépit de ces indicateurs alarmants, les grandes écoles de commerce françaises, dont les ex-pensionnaires trustent les salles de marché de la City ou les postes les plus prestigieux au sein de très grands groupes, ne cèdent pas à la panique. "Dans la finance, le volume des offres d’emplois devrait se réduire par rapport aux années précédentes. Mais il existe encore des créneaux, signale Bérengère Pagès, directrice des relations avec les entreprises à HEC Paris. Lors de notre dernier forum, organisé en novembre 2008, trente-deux institutions d’envergure internationale étaient représentées. Si les banques d’investissement recrutent beaucoup moins, d’autres organismes, spécialisés dans le retail banking (banques de détail), proposent toujours des contrats à Londres".

Rester dans une dynamique. Pour travailler outre-manche, "les étudiants se tournent de plus en plus vers les sociétés de conseil. Des métiers qui valoriseront plus leur formation. Il faut savoir changer son fusil d’épaule." Stéphane Rambosson, associé du cabinet de chasse de têtes Veni Partners et président de Sciences po alumni UK, connaît parfaitement les rouages de la City. Cet ancien responsable des marchés de capitaux actions chez Citigroup suggère aux jeunes de rester mobilisé. Et de privilégier une démarche commerciale agressive. "Face à cette crise très profonde, il convient de garder son sang-froid, continuer à tisser son réseau et avoir des idées afin de se faire connaître. Des diplômés de l’IEP réussissent à tirer leur épingle du jeu dans certains métiers de marché, de banque commerciale ou de crédit. Mais ces jobs nécessitent un investissement à temps plein. Les gens qui ne trouvent pas sont trop passifs."

La Chine, nouvelle terre promise ?
Pour réussir dans ce monde impitoyable, ne vaut-il pas mieux regarder du côté de l’Asie ou des pays du Golfe plutôt que de s’entêter à vouloir aller à Londres ? C’est la question que commencent à se poser certains jeunes. "Les banques anglo-saxonnes cherchent toujours des profils diversifiés, indique John Benson, fondateur et PDG d’eFinancialCareers. Les étudiants qui sortent d’HEC, de l’ESCP-EAP, de l’ESSEC ou de Grenoble Graduate School of Business sont suffisamment armés pour saisir les rares opportunités. Mais si j’avais un conseil à leur donner, c’est de tenter l’aventure en Chine. Son économie explose et ses institutions financières ont besoin de se structurer. Une telle expérience est prisée sur un CV".
Présent sur dix-huit marchés et dans cinq langues différentes, eFinancialCareers est le premier site français d’offres d’emploi et de conseils en gestion de carrière dans les secteurs de la finance.  D’autres professionnels du recrutement recommandent de prospecter à Dubaï, Hong Kong et en Afrique du Nord. "Au Maroc, le système bancaire est proche de celui qui est vigueur dans l’Hexagone", rappelle Jérôme Loze, associé du cabinet RCBF Consulting. "Des institutions françaises y sont également présentes. Les nouveaux entrants sur le marché du travail ne devraient pas les négliger."

Guillaume Cauchois

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