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Enquête

Les métiers de l’aéronautique face au développement durable

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Les étudiants de l'ENAC admirent l'E-Fan, un avion électrique développé par Airbus. // © Delphine Dauvergne
Les étudiants de l'ENAC admirent l'E-Fan, un avion électrique développé par Airbus. // © Delphine Dauvergne

De nombreux secteurs sont amenés à évoluer avec la prise en compte du développement durable. L’aéronautique n’y fait pas exception. Des métiers se transforment pour économiser de l’énergie mais aussi innover. De quoi vous donner encore plus envie de vous orienter vers ces professions...

"Assises de l'aéronautique et du développement durable". L'intitulé semble être un oxymore. Et pourtant, mercredi 18 novembre 2015, de nombreux acteurs de l'aéronautique étaient présents à cet événement labellisé "Cop21", pour affirmer leur engagement à diminuer l'impact carbone des avions.

Car, le développement durable, ce n'est pas qu'une question d'image pour l'aéronautique. "Réduire la consommation de carburant, c'est une économie d'énergie, mais aussi une économie financière", rappelle Gilles Perbost, directeur des études et de la recherche à l'ENAC (École nationale de l'aviation civile), où ont lieu ces premières assises.

Tous les métiers impactés

Réduire le retard des avions, atterrir en consommant moins grâce à des plates-formes aéroportuaires, utiliser du biocarburant, construire des avions électriques... Les améliorations sont variées et amènent les métiers de l'aéronautique à évoluer.

"Tous les métiers de toute la chaîne de l'avion, de la construction à la phase de recyclage, sont concernés et doivent inclure la prise en compte du développement durable, pour améliorer son impact sur l'environnement", affirme Charles Champion, président d'Airbus Operations SAS (filiale qui regroupe toutes les usines françaises situées à Toulouse, Nantes et Saint-Nazaire) et vice-président exécutif de l'ingénierie à Airbus.

Gilles Perbost estime qu'il y a "plus de métiers transformés que de nouveaux métiers, car les employeurs cherchent avant tout des compétences techniques pointues dans une spécialité et pas des spécialistes en développement durable." Parmi les métiers qui seront le plus impactés, il cite notamment "ceux dédiés à la préparation des vols. Les techniciens doivent les optimiser pour consommer le moins possible de carburant.”

Émergence de nouveaux métiers

Pour Charles Champion, "de nouveaux métiers se créent, notamment autour de l'impression 3D qui permet de réduire l'utilisation de matériaux pour améliorer l'efficacité énergétique, ou encore sur le thème de la modélisation du bruit". Le vice-président exécutif de l'ingénierie à Airbus constate également "l'apparition de postes dédiés à l'évaluation de l'impact de l'environnement sur tout le cycle de vie d'un avion".

La piste start-up

Vous pouvez aussi choisir d'inventer vous-même votre métier, en créant votre entreprise. Développement durable ne rime pas avec restriction de l'activité aéronautique, mais au contraire, avec développement d'innovation, et dans tous ses sous-secteurs. Des start-up se montent pour proposer des solutions moins consommatrices en carburant. Trois jeunes ingénieurs ont ainsi conçu en 2014 le siège d'avion le plus léger du monde avec leur start-up Expliseat.

"Il peut être difficile de monter sa start-up dans le monde de la construction aéronautique car cela demande de la maturation et l'obtention de certifications", met toutefois en garde Agnès Paillard, présidente du collectif Aerospace Valley. Elle conseille plutôt de créer une start-up "sur les pratiques aéroportuaires, les services, l'organisation, ou encore les techniques de production".

Le développement durable est sans conteste moteur d'innovation dans l'aéronautique. Ainsi, au CORAC (Conseil pour la recherche aéronautique civile), "50 % des projets d'innovation sont liés au développement durable", souligne Agnès Paillard. Elle nuance cependant : "la prise de conscience commence tout juste sur cette thématique". À vous de vous en emparer !

Le nouveau secteur des drones
Les drones se mettent au service du développement durable. "Ils permettent d'effectuer des missions avec une faible empreinte écologique en remplaçant parfois des avions ou hélicoptères : un prélèvement d'eau, une étude de météorologie, une livraison en don du sang, des images pour une découverte archéologique, la surveillance d'une éolienne...", énumère Yannick Jestin, responsable du programme de recherche drones à l'ENAC.
Ils sont aussi utilisés pour les missions DDD (Dull, durty, dangerous), où il est dangereux d'envoyer un être humain. "Un drone a pris des photos des digues de la Tranche-sur-Mer après les inondations dues à la tempête Xynthia de 2010", illustre Yannick Jestin.

Derrière ces mini-avions, se cachent plusieurs métiers. Le chercheur les décrit : "L'opérateur de drone se charge de préparer une mission pour le drone, il fait souvent un autre métier (photographe, agriculteur...) ; le concepteur de drones, souvent un profil d'ingénieur spécialisé en aérodynamique ou électronique ; mais aussi un métier qui n'existe pas encore, l'équivalent du contrôle aérien pour les drones".