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Interprète de conférence : un métier qui recrute

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Connaissez-vous un métier attractif, bien payé et qui va connaître une pénurie de candidats dans les années à venir ? Ce métier est celui d’interprète de conférence. Et contrairement aux idées reçues, pas besoin de parler douze langues pour postuler. Si vous êtes français et bilingue, on vous attend !

La guerre des talents est déclarée dans les grandes institutions internationales (ONU, Commission européenne, etc.) ! Toutes ont pris conscience que d’ici 5 à 10 ans, elles auront beaucoup de mal à recruter des linguistes dans un certain nombre de langues dont le français, faute de diplômés compétents. Le flux actuel d’étudiants dans les universités "ne suffit pas à répondre à la demande actuelle ou projetée", estime la Commission européenne qui s’apprête à voir partir à la retraite près de la moitié de ses interprètes de conférences francophones dans les 10 prochaines années.

Des études exigeantes pour être au top


Certes les études pour accéder à ce métier sont longues. Il faut d’abord apprendre les langues et se doter d’une bonne culture générale avant de suivre une formation exigeante au métier d’interprète soit à l’ISIT (Institut de management et de communication interculturels) ou à l’ESIT (Ecole et des formations d'interprètes et de traducteurs), toutes deux à Paris, soit par exemple à l’ITIRI (Institut de traducteurs, d'interprètes et relations internationales) de Strasbourg soit encore en master à l’université d’Angers. Une fois diplômé, il faut souvent démarrer en free-lance pour se faire connaître auprès des entreprises ou des organisations. Et pour être recruté dans ces dernières, il faut passer un test d’accréditation ou d’aptitude à la Commission européenne, par exemple. Seul 30 % environ des diplômés en interprétation réussissent. Après quelques années d’expérience, il est aussi possible de tenter, en passant un concours cette fois, de devenir fonctionnaire dans une institution européenne ou internationale. L’unité de langue française de la Commission européenne, par exemple, compte une soixantaine de fonctionnaires.

Pas besoin de maîtriser douze langues !


Mais le manque de candidats n’est pas seulement lié à la difficulté du parcours. Certains d’entre vous pensent peut-être que pour être interprète, il faut parler couramment une demi-douzaine de langues. "Il s’agit d’une légende : la majorité des interprètes de conférence ne travaillent que vers leur langue maternelle", indique la Commission européenne. Si vous souhaitez devenir interprète, il faut donc commencer par parler très bien votre langue maternelle et comprendre une ou deux autres langues. Une fois en poste, vous aurez toujours la possibilité de continuer à approfondir votre connaissance dans d’autres langues étrangères.

Ne misez pas tout sur l’anglais !


Vous pensez peut-être aussi que l’anglais est incontournable pour devenir interprète, voire même que cette langue suffit dans les échanges internationaux. Il s’agit, là encore, d’une idée reçue. Au sein de l’Union européenne, le respect du processus démocratique implique que des interprètes issus des 27 Etats membres permettent à chacun de se comprendre dans les 23 langues officielles. En ce qui concerne le français, 75 % de toutes les réunions des instances européennes sont interprétées vers cette langue. A l’inverse, il n’est pas nécessaire non plus de pratiquer des langues rares pour être recruté. Actuellement, si vous traduisez vers le français, une des langues les plus recherchées pour travailler dans les institutions européennes est l’allemand. Bien sûr, à chaque élargissement, des recrutements sont aussi mis en place pour les nouvelles langues.

La guerre des talents est déclarée


Pour attirer les candidats vers le métier d’interprète, la Commission européenne a réalisé une série de clips dans différentes langues diffusés sur Youtube : celui sur la langue française a été mis en ligne en septembre 2009, d’autres sont en préparation pour le suédois, l’italien et le néerlandais. Objectif : communiquer sur des perspectives de carrière attractives, à Bruxelles principalement. La Commission estime qu’elle aura besoin de 200 interprètes de conférence rien que pour la langue française pour les 10 prochaines années. Elle sait qu’elle est confrontée à la concurrence des entreprises ou d’autres organisations, comme les Nations Unies. En mars 2010, le secrétaire général adjoint du département de l’assemblée générale et de la gestion des conférences de l’ONU en personne, est venu en Europe pour signer des accords de coopération avec de grandes écoles d’interprétation. Pas besoin, cette fois, de mettre en avant les avantages d’une carrière à New-York, l’accord vise surtout à préparer les étudiants aux concours linguistiques de recrutement de l’organisation. Pour devenir interprète, les conditions de recrutement resteront toujours très sélectives, mais l’ambition des institutions est de proposer aux meilleurs d’entre vous de tenter cette voie professionnelle, plutôt qu’une autre. Avis aux premiers de la classe, doués pour les langues !

L’interprétation : comment ça marche ?


Un interprète n’est pas quelqu’un qui traduit tous les mots, mais sait faire passer les idées exprimées. Il existe, pour cela, deux techniques d’interprétation : l’interprétation consécutive et l’interprétation simultanée. La première technique consiste à prendre des notes, au cours d’une réunion dans un bureau par exemple, afin de restituer ensuite dans une autre langue les propos de l’orateur. Dans le cas d’une interprétation simultanée, il faut traduire en même temps les propos de la personne, depuis des cabines insonorisées, dotées d’un système d’amplification, de transmission et d’enregistrement du son. La difficulté de cet exercice, outre la transposition immédiate d’un message dans une autre langue, est d’adopter le ton et les inflexions de l’orateur, avec naturel et fluidité. Dans les deux cas, l’interprétation ne passe que par la communication orale. A l’inverse de la traduction qui concerne les textes écrits.
Sommaire du dossier
Témoignage : Elodie, 28 ans, interprète free-lance Entretien avec Marie-Gwenn Robin, interprète à la Commission européenne