1. Métiers de l’environnement : vos questions / nos réponses
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Métiers de l’environnement : vos questions / nos réponses

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Vous vous posez des questions sur les métiers de l’environnement ? Nous les recueillons tout au long de l’année lors des conférences des salons de l’Etudiant à travers toute la France. Roseline Goiran et Dominique Perez, y répondent dans leur ouvrage "Les métiers de l’environnement" (éditions l’Etudiant). Extraits.

Les échéances approchent, mais les entreprises sont frileuses. Tandis que le ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer annonce de manière optimiste la création de 600.000 emplois "verts" d’ici à 2020, les réalités économiques tempèrent quelque peu cet espoir : crise oblige, les entreprises hésitent à recruter. Et pourtant… Les réglementations européennes et le Grenelle de l’environnement fixent des objectifs précis, qui nécessitent une main-d’œuvre qualifiée, voire hautement qualifiée, et que beaucoup d’écoles prennent en compte aujourd’hui. Bâtiment, industrie, services, agriculture… tous les secteurs sont concernés. Voici des indicateurs pour choisir votre orientation.


Des évolutions de métiers plutôt que de "nouveaux" métiers ?


Si le développement des nouvelles énergies a provoqué notamment l’émergence de nouveaux métiers, la plupart des observateurs s’accordent à dire que les entreprises ont surtout besoin de nouvelles compétences, associées à des fonctions actuelles. Les options accolées aux formations "traditionnelles" de l’environnement en sont un bon indicateur. "Il n’y a pas forcément beaucoup de nouveaux métiers, mais plutôt des améliorations et des transformations des métiers existants", précise Stéphane Charmoille, ingénieur et enseignant à l’ESME Sudria, école d’ingénieurs de l’innovation, des sciences de l’énergie et des technologies avancées. Au-delà d’un phénomène de mode, il s’agit bien d’une obligation qui sera faite, par la loi, de s’adapter. Le Grenelle 1 (article 48) a demandé aux grandes écoles et aux universités de se conformer à un "plan vert", qui prévoit notamment une composante développement durable dans leurs enseignements.

Être "aux aguets". Une inclination presque "naturelle" pousse les étudiants d’aujourd’hui à choisir des formations ou des options liées à la protection de l’environnement. "C’est la traduction d’une prise de conscience citoyenne, assez noble, estime Sabrina Brullot, responsable du master ingénierie et management, spécialité ingénierie et management de l’environnement et du développement durable de l’université de technologie de Troyes. Les candidats, qui sont mus par cette volonté, sont les profils que je cherche : très curieux, créatifs, très motivés, avec un vrai projet professionnel." Mais, au-delà de cette prise de conscience, la connaissance précise des nouvelles réglementations et de ce qu’elles engendreront en termes de métiers est à acquérir.


Le bâtiment
Réduire les consommations d’énergie de 30 % et les émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici à 2020 : tel est l’objectif du secteur du bâtiment, qui doit se mettre aux normes selon un calendrier très précis : en 2012, tous les bâtiments devront être à "basse consommation" ; en 2020, tous seront "à énergie positive", c’est-à-dire devront produire plus d’énergie qu’ils n’en consomment. À partir de 2013, 400.000 logements par an devront être rénovés. 



L’adaptation, la clé du succès. Choisir une formation dans le domaine du bâtiment aujourd’hui suppose de bien intégrer cette donnée, quel que soit le niveau d’études. Les chauffagistes, titulaires d’un bac professionnel ou d’un BTS (brevet de technicien supérieur), auront tout intérêt, par exemple, à suivre une formation complémentaire dans le domaine des granulats ou de l’énergie solaire ; un maçon à s’initier à la haute qualité environnementale (HQE) ; un ingénieur du bâtiment à choisir une option sur l’éco-conception, ou plus largement le développement durable… Et, parmi les objectifs du Grenelle de l’environnement, on trouve le lancement "d’un plan de formation professionnelle, de recrutement et de qualification des professionnels du bâtiment intégrant performance énergétique, réduction des gaz à effet de serre, adaptation climatique et qualité sanitaire intérieure, ainsi que la création de la spécialité de rénovateur thermique…" À suivre de près !


De l’individuel à l’industriel


"Jusqu’à ces dernières années, il n’y avait pas de formation en éco-matériaux, précise Mohamed Boutouil, responsable du laboratoire de recherche de l’ESITC (École supérieure d’ingénieurs des travaux de la construction) de Caen, qui crée un nouveau mastère spécialisé en éco-matériaux et développement durable. On en parlait, mais les réalisations restaient plutôt dans le domaine individuel, avec la construction de maisons en paille par exemple… Il fallait une approche rigoureuse et scientifique pour répondre aux exigences des nouvelles réglementations. Nous sommes à la croisée des chemins aujourd’hui, mais les nouveaux modes de construction visent à intégrer la problématique du développement durable dans l’ingénierie de projet, en abordant aussi bien la durée de vie de l’ouvrage construit que les conséquences sur l’environnement de l’utilisation du bâtiment", qui impacte les bureaux d’études, les architectes ainsi que les constructeurs.


L’industrie - les transports
En plus des métiers concernant la mise aux normes des installations industrielles et de la gestion des déchets, l’industrie va connaître une influence grandissante des politiques de réduction des gaz à effet de serre et de l’économie d’énergie, particulièrement dans le domaine des transports. Certaines compétences, déjà existantes mais jusqu’à ces dernières années quelque peu délaissées, redeviennent d’actualité. TGV (création prévue de 2.000 km de lignes d’ici à 2020) ou voitures électriques remettent ainsi au goût du jour les formations dans le domaine de l’électrotechnique de grande puissance, presque abandonnées au profit des « faibles puissances » (téléphones portables par exemple). 


Un secteur d’avenir. "Le coût des installations nécessaires à l’enseignement dans ce domaine était très important, et les écoles l’ont souvent négligé, dit Marc Faudeil, directeur de l’École d’ingénieurs ISEN Brest, qui a créé une majeure technologies et environnement – les écotechnologies permettant aux élèves ingénieurs d’acquérir une spécialisation. La demande de la part des industriels tels que Thales, DCNS, Peugeot, Areva ou EDF est pourtant très importante aujourd’hui. La pénurie fait qu’ils forment les techniciens et ingénieurs en interne." Les éoliennes aussi demandent des compétences en électricité, pour le ­placement des turbines dans un environnement sous-marin, par exemple…


Les "réseaux intelligents"


Autre domaine lié à la production d’électricité : les "réseaux intelligents". Ce sont des infrastructures capables de produire de l’énergie en générant le moins de carbone possible, afin d’optimiser la distribution et la consommation d’électricité. Par exemple, le Département de l’Énergie des États-Unis a calculé que ces technologies pourraient rendre le réseau électrique américain plus efficace de 5 %, ce qui reviendrait à une économie d’émission de gaz à effet de serre équivalente à celle de 53 millions de voitures.

De nouvelles formations se mettent en place. La licence GEME (génie civil électrotechnique matériaux mécanique métrologie énergétique) option énergie éolienne et photovoltaïque proposée en alternance par le CNAM (Conservatoire national des arts et métiers) en Ardèche recrute notamment des diplômés de BTS (brevet de technicien supérieur) et DUT (diplôme universitaire de technologie) en électrotechnique pour une formation qui inclut cette thématique. "Le stockage de l’électricité et la maîtrise des réseaux électriques intelligents, la gestion des flux d’énergie électrique pour adapter la consommation et la production sont des éléments importants pour les énergies renouvelables", explique Toufiké Henni-Chebra, directeur de la licence.

L’informatique
Les informaticiens devraient également avoir leur place dans le développement des nouvelles énergies, dans des domaines auxquels on ne penserait pas spontanément : on aura besoin d’eux pour mettre en place des systèmes de maintenance à distance des éoliennes par exemple – un important marché dans les années à venir… – mais aussi "pour travailler sur des logiciels d’émission d’ultrasons permettant d’éviter que les turbines ne broient les phoques ou les baleines de passage…", explique Marc Faudeil. 


Le développement durable


Les métiers du développement durable englobent l’environnement au sens large : il est maintenant d’usage d’évoquer ce terme à tout propos, que l’on parle d’économie, de social ou d’énergie. Cependant, derrière ce concept apparaissent de vrais métiers, selon les observateurs du marché de l’emploi. D’après une étude réalisée par Adecco et l’université Paris 12, 78 % de 57 grandes entreprises interrogées se sont dotées d’un service rattaché au développement durable. Et, signe de l’importance récente de la fonction, 75 % des directeurs du développement durable sont présents dans les instances dirigeantes de l’entreprise.

Des métiers transversaux. La vigilance et la mise en place d’une politique de développement durable concernent tous les services de l’entreprise, de la réalisation des économies d’énergie nécessaires dans les bureaux ou les usines, à la prise en compte des obligations sociales (pourcentage de recrutement de handicapés, politiques de diversité…), en passant par les partenariats et les aides aux projets de développement en France ou dans les pays en difficulté. Les formations "généralistes" au développement durable ont sans doute de beaux jours devant elles : d’après la même étude, "les salariés de ces directions sont majoritairement recrutés en interne, sans formation initiale spécifique".

Des tendances fortes. Le comité gouvernemental de la filière "agriculture et forêts" préconise des recrutements d’éco-conseillers, conseillers en développement durable, éco-énergéticiens, éco-certificateurs, qualiticiens. La croissance verte devrait induire la création de postes de technicien d’animation et de mobilisation, et de formateur en développement durable. De même il est question de créer davantage de parcs nationaux pour préserver la biodiversité. L’État a promis une enveloppe de 500 millions d’euros de prêts "verts" pour le développement durable.

On note l’apparition d’un nouveau corps d’ingénieurs des Eaux, Ponts et Forêts (par la fusion du génie rural et des Eaux et Forêts), pour favoriser le rapprochement des savoir-faire dans les domaines du développement durable et de l’aménagement des territoires. Sont inclus désormais dans les cursus de formation agricole des modules sur les économies d’énergie et la production d’énergies renouvelables dans les exploitations.
Sommaire du dossier
Peut-on travailler dans l’humanitaire avec une formation dans l’environnement ? Dans quel secteur de l'environnement peut-on créer son emploi ? Quels sont les salaires moyens dans l'environnement ? Pour faire évoluer sa carrière dans l'environnement, faut-il privilégier les grandes entreprises ? Quels sont les métiers de l'environnement moins connus?