1. Quel avenir pour les métiers de la justice ?
Interview

Quel avenir pour les métiers de la justice ?

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Les études de droit attirent tous ceux qui rêvent de devenir avocats, commissaires de police, magistrats… comme dans les séries télévisées. Mais les débouchés sont aussi ailleurs.


Dominique Wimmer, chef du département carrières juridiques à Lyon 3 (69) et secrétaire de la Commission pédagogique nationale carrières juridiques
 

"Les professionnels recherchent des assistants polyvalents"

"Malgré la conjoncture, les titulaires du DUT (diplôme universitaire de technologie) carrières juridiques s’insèrent facilement. Outre les matières juridiques (droit privé, commercial…), cette formation comprend des cours de comptabilité-gestion, d’informatique, de langues. Cela permet aux diplômés de travailler rapidement, à bac+2, ou à bac+3 s’ils continuent en licence pro, comme 30% des étudiants du DUT de Lyon 3. Ils peuvent devenir assistants juridiques en cabinet ou en entreprise, mais aussi travailler dans un service “support” d’une société (RH ou comptalité-gestion…), ou dans un autre secteur, par exemple en tant que chargés de clientèle dans la banque, l’assurance ou l’immobilier. Ce qui joue en leur faveur, c’est aussi la professionnalisation du cursus, grâce à l’alternance. Dans les prochaines années, le recrutement devrait se maintenir : à la demande des professionnels, un nouveau DUT carrières juridiques a ouvert cette année à Bordeaux [33] et deux autres pourraient bientôt suivre."



Anne-Laure Paulet, secrétaire générale de l’Association française des juristes d’entreprise

"Juriste, c'est une profession qui va recruter"

"On compte, en France, près de 16.000 juristes et c’est une profession qui va recruter : il y a une inflation de réglementations sur le plan international, ce qui pousse les entreprises à suivre le modèle anglo-saxon en développant leur service juridique. Elles vont rechercher des spécialistes du droit des affaires, notamment de la fiscalité, du droit du travail, du droit international… avec une parfaite maîtrise des langues et de l’interculturel pour travailler avec toutes les nationalités. Il faut donc multiplier les opportunités de stages ou de jobs avant le master 2 et intégrer à son cursus une année à l’étranger type LLM (Master of Laws). En revanche, mieux vaut éviter les hyperspécialisations, excepté quelques niches comme l’environnement ou les nouvelles technologies : la moitié des directions juridiques comprend cinq collaborateurs au maximum, ce qui privilégie les généralistes. Enfin, le métier a évolué et le juriste participe à l’élaboration de la stratégie de l’entreprise à l’instar des autres directions, ce qui explique la nécessité de passer par une école de commerce, un MBA (Master of Business Administration) ou un IAE (institut d’administration des entreprises). Enfin, je le redis : multipliez les stages. Vous en tirerez toujours profit."



Grégory Lachmany, senior manager et responsable des métiers supports, au sein du cabinet de recrutement Walters People


"La fiscalité est très demandée par les cabinets de conseil"

"Actuellement, le marché est un peu saturé, sauf pour les assistants juridiques, les huissiers et les notaires. Les postes de juristes sont plus rares. Notamment en droit des affaires : aujourd’hui, on ne fait plus de fusions-acquisitions, on restructure. En revanche, avec l’évolution constante de la législation, la fiscalité est très demandée par les cabinets de conseil. Idem pour le droit social et le droit du contentieux. Certains secteurs seront amenés à recruter : les nouvelles technologies, l’environnement, l’énergie et la banque. Dans tous les cas, il faut un master 2, puis, pour séduire un grand groupe ou un cabinet, acquérir une double compétence : école de commerce, LLM, MBA à l’international. C’est l’idéal pour améliorer son niveau en langue et se frotter aux enjeux interculturels. On voit aussi apparaître de nouvelles formations, professionnalisées, à l’anglo-saxonne : l’École internationale du droit de Paris 2 et de l’Insead, l’école de droit de Sciences po (institut d’études politiques) Paris, l’École des hautes études appliquées du droit."