DOSSIER : ANNE LE GUENNEC, INGÉNIEUR EN TRAITEMENT DES EAUX

Anne Le Guennec veille sur un réseau qui extrait, achemine, traite et assainit pas moins de 16 millions de mètres cubes d’eau par an.

"Préserver l’environnement, c’est mon quotidien"

Depuis son bureau de l’agence Veolia Eau de Melun (77), en banlieue parisienne, Anne Le Guennec veille sur un réseau qui extrait, achemine, traite et assainit pas moins de 16 millions de mètres cubes d’eau par an. La moitié du liquide qui sort des robinets de l’agglomération melunaise est issue de l’unité de production d’eau potable de Boissise-la-Bertrand, dont elle a été le maître d’œuvre et qu’elle exploite aujourd’hui. Cette jeune trentenaire, titulaire d’un diplôme d’ingénieur généraliste de l’UTC (Université de technologie de Compiè­gne), occupe depuis deux ans le poste d’adjointe à la directrice de l’agence de Melun.

Comment vous êtes-vous spécialisée dans le traitement des eaux ?
Lors de ma dernière année de formation, j’ai profité d’un échange Erasmus pour passer six mois à l’Institut supérieur technique de Lisbonne, au Portugal, dans la filière traitement des eaux. À mon retour, je me suis lancée dans un projet de fin d’études au Centre de recherche de l’énergie et du déchet de Veolia Environnement. Comme je ne souhaitais pas poursuivre en recherche pure, j’ai postulé et j’ai été recrutée par Veolia Propreté. J’ai été à la fois responsable d’exploitation d’un site de traitement des déchets, avec une équipe à gérer et une usine à remettre aux normes, et chef de projet pour la création d’un nouveau site. En 2006, je suis passée chez Veolia Eau, avec la même double casquette de chef de projet qui construit et supervise les sites.

Comment êtes-vous intervenue sur la construction du nouveau site ?
J’ai construit plusieurs usines d’eau potable, dont l’une est directement exploitée par l’agence de Melun. Pour garantir une qualité de l’eau conforme à la réglementation – il y avait alors des problèmes de pollution par des pesticides –, j’ai conseillé à la collectivité de réaliser quatre nouveaux forages dans une nappe phréatique située en forêt de ­Boissise-la-Bertrand. L’eau extraite est acheminée sur 2,5 km de canalisation jusqu’à une toute nouvelle unité de production, qui dispose de fûts de 4 m de hauteur enfermant du charbon actif pour capter les pesticides. J’ai aussi mis en place un système peu courant en France qui permet d’éliminer tous les virus et les bactéries en faisant transiter l’eau dans un gros tuyau équipé de lampes à ultraviolets.

Aujourd’hui, quelles sont vos missions au quotidien ?
Je m’occupe de l’ensemble de la chaîne de l’eau, dont eau potable et eaux usées constituent les deux extrémités. D’un côté, l’eau est puisée et traitée avant d’être amenée jusqu’aux robinets, de l’autre, les eaux d’égout sont traitées pour les rendre compatibles avec le milieu naturel dans lequel elles sont ensuite rejetées. Outre les conseils et études techni­ques que je réalise pour les collectivités qui ont des projets de réseau ou d’ouvrage, je m’assure du bon fonctionnement de l’ensemble du réseau dont l’agence a la gestion : 1 583 km de conduites, pour 140 000 habitants environ à desservir.

En quoi votre travail de direction des usines consiste-t-il concrètement ?
Au total, je supervise quatre usines et 32 stations d’épuration. La plupart des sites, comme l’usine de Boissise-la-Bertrand, sont entièrement automatisés. Je dirige une équipe de techniciens qui tournent régulièrement sur l’ensemble des sites. Ils y passent deux fois par semaine pour effectuer un contrôle visuel, plus une fois pour réaliser des prélèvements à analyser.

Que faites-vous en cas de problème ?
Ce sont les techniciens qui procèdent aux réglages nécessaires pour y remédier. Ils me tiennent informée des actions mises en œuvre. En cas de très gros problème, l’usine est équipée d’un système d’alerte qui arrête l’activité du site en trois minutes. Les usines de production d’eau potable sont en effet des sites dits sensibles, donc sous haute surveillance et concernés par le plan Vigipirate.

Vos missions touchent-elles aussi à la protection de l’environnement ?
Bien sûr ! La préservation de l’environnement, c’est mon quotidien. J’assure par exemple des missions transversales d’étude et de suivi du milieu naturel, menées pour des collectivités ou des groupes industriels, afin de contrôler l’impact des activités urbaines et industrielles sur les cours d’eau. Ces missions sont en expansion dans le cadre des nouvelles dispositions réglementaires imposant des critères de qualité renforcés pour toutes les eaux de surface. Par ailleurs, j’intègre cette réflexion à l’ensemble de mon travail. Ainsi, l’usine que j’ai construite utilise des matériaux recyclables.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent se lancer dans ce métier ?
De ne pas hésiter ! C’est un métier où l’on se sent utile au quotidien. Contribuer à ce que chacun dispose d’une eau de bonne qualité et à la préservation de l’environnement au niveau des rejets, ce n’est pas rien. Côté études, une formation de base d’hydraulicien ou en lien avec l’environnement est bienvenue, mais pas indispensable. Chez Veolia, par exemple, nous avons un système interne qui permet de compléter la formation initiale d’ingénieur généraliste. C’est aussi un sec­teur où l’on peut avoir des opportunités à l’international. D’ailleurs, je pars dans quelques semaines diriger de gros chantiers de construction des systèmes d’assainissement pour Veolia Eau Maroc.

Photo : Léa Crespi

Propos recueillis par Gabriel Blanchout

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