Dossier : Caroline Tailleur, documentaliste de presse

Le service documentation répertorie chaque jour des milliers d’informations. Caroline Tailleur et ses cinq collègues s’abreuvent de l’actualité et l’archivent dans un but bien précis : être en mesure de répondre rapidement et avec précision aux questions de leurs collègues journalistes.

« Nous suivons l’évolution de la société »

Caroline Tailleur, documentaliste de presse

En quoi consiste le métier de documentaliste ?
Le documentaliste analyse des informations, les classe et les met à disposition du public, ici les 350 journalistes de la rédaction. Nous sommes à leur service pour répondre à leurs demandes, que ce soit pour vérifier un chiffre ou pour constituer des dossiers plus imposants. Par exemple, un journaliste prépare un sujet sur les radars, il a besoin de connaître l’historique de leur mise en place en France. En cherchant dans mes archives, je peux lui retrouver ces informations et, ainsi, lui faire gagner du temps. Nous avons entre 15 et 20 demandes quotidiennes. La règle est de ne pas passer plus d’une heure sur un dossier, sinon la situation devient vite ingérable !

Quelles sont vos sources d’information ?
Les quotidiens nationaux et la presse magazine principalement. Chaque jour, nous recevons et lisons un grand nombre de publications. Je sélectionne les articles, les découpe, puis les range dans des dossiers. La documentation est également abonnée à deux bases de données : nous pouvons y retrouver tous les articles de la presse magazine, les dépêches d’agences et, surtout, les articles publiés dans la presse quotidienne régionale. Ces derniers sont très utiles lorsque se tiennent des événements importants en province.

Quels sont vos critères de sélection ?
Je suis la ligne éditoriale du Parisien. Par exemple, le journal ne développe pas énormément les sujets de politique étrangère, donc je ne garde trace que des grands événements. À l’inverse, je garde tous les articles qui traitent de politique intérieure ou d’économie, des sujets très présents dans le quotidien.

Comment classez-vous les articles ?
Je m’appuie sur un "plan de classement". C’est notre Bible ! Cette nomenclature tient sur 400 pages. Elle permet de classer nos données en 25 grands thèmes : société, politique, culture, etc. Chaque thème comporte plusieurs sous-classements : pour la société, nous avons par exemple les retraites, puis les retraites complémentaires, etc. Évidemment, il évolue avec le temps : le dossier "tecktonik" n’a pas toujours existé… Ce plan de classement est complété par les dossiers biographiques, classés par ordre alphabétique. Lors du décès de Carlos, nous avons largement puisé dans le dossier qui lui était consacré.

Participez-vous au choix des articles du journal ?
Si, dans certaines publications, les documentalistes proposent des sujets en conférence de rédaction, nous ne le faisons pas encore. Mais comme tous les services du journal, la documentation propose des idées pour le portrait publié dans le Parisien dimanche. Parfois, il m’arrive aussi d’alerter les journalistes : "As-tu lu cet article ? Es-tu au courant de telle information ?" Mais la démarche n’est pas officielle.

Vous arrive-t-il de ne pas pouvoir répondre aux demandes ?
Oui, cela peut arriver. Le service documentation ne peut donner une information que si elle a été révélée et publiée. Contrairement au service rédaction, nous n’avons donc pas de "scoop". Quand l’information est introuvable, il ne faut surtout pas hésiter à le dire au journaliste. Imaginez si les documentalistes commençaient à faire de la désinformation !

En brassant tant d’actualité, votre culture générale doit être exceptionnelle !
Oui et non. C’est vrai que je lis chaque jour une grande quantité d’informations, mais le rythme d’un journal quotidien ne me permet pas vraiment d’approfondir les sujets. Et j’avoue que, de temps en temps, j’éprouve le besoin de couper tous liens avec l’actualité pendant plusieurs jours. Plus de télé, plus de journal… Mais le virus reprend vite le dessus !

Vos dossiers sont constitués d’articles découpés. L’informatique n’intervient donc pas dans votre travail ?
Si, cela me sert à faire les recherches sur les bases de données et sur Internet. Mais en effet, pour le reste, je travaille encore avec des ciseaux et de la colle ! Nous n’avons aucune trace informatique de nos dossiers papier. Mais c’est le grand projet de l’année : l’informatisation du service, pour ne plus avoir à découper et à coller !

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes attirés par votre profession ?
Je crois qu’il faut avant tout aimer l’actualité. Lorsque j’étais au lycée, le sport était ma grande passion. Je gardais tous les numéros du journal l’Équipe, puis je réalisais des dossiers thématiques… Naturellement, certains sujets nous intéressent plus que d’autres, mais il faut faire preuve de curiosité et ne laisser aucun thème de côté. C’est un métier génial qui permet d’assister tous les jours à l’évolution de la société et d’apprendre quotidiennement. Et ça, c’est vraiment un luxe !

Propos recueillis par Céline Authemayou

Jeudi 12 Juin 2008

Sommaire du dossier
 

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