1. Les 20 ans de Gaspard Gantzer : comment il est devenu conseiller en communication de François Hollande
Interview

Les 20 ans de Gaspard Gantzer : comment il est devenu conseiller en communication de François Hollande

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Gaspard Gantzer, conseiller en communication de François Hollande. // © Christophe Boulze pour l'Etudiant
Gaspard Gantzer, conseiller en communication de François Hollande. // © Christophe Boulze pour l'Etudiant

Ambitieux et travailleur, Gaspard Gantzer devient, à 35 ans, conseiller en communication du président de la République. De Sciences po à l’Élysée en passant par l’ENA, il revient sur son parcours de très bon élève.

Auriez-vous imaginé, à 20 ans, devenir le conseiller en communication du président de la République ?

Pas du tout ! À cet âge-là, en 1999, j'étais étudiant à Sciences po et très content d'y être, car j'avais eu du mal à y entrer. Je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire plus tard, mais c'était le moment de la première bulle Internet et j'étais déjà attiré par le numérique et les médias. Jamais je n'aurais imaginé entrer dans l'administration et encore moins travailler à l'Élysée, même si j'étais déjà engagé à gauche et sympathisant du Parti socialiste.

Vous dites que “vous avez eu du mal à entrer à Sciences po”. Quel type d’élève étiez-vous au collège et au lycée ?

J'étais un élève moyen, d'ailleurs j'ai obtenu mon bac ES sans mention. Mes préoccupations tournaient surtout autour du rugby, des amis et des amours... Les études n'étaient vraiment pas ma priorité. La première fois que j'ai passé le concours de Sciences po, à la fin de la terminale, je l'ai raté. J'avais aussi tenté de m'inscrire en prépa. Finalement, j'ai atterri à la fac de droit d'Assas, et c'est là que j'ai commencé à travailler sérieusement, tout en ayant des petits boulots à côté.

Ado, mes préoccupations tournaient surtout autour du rugby, des amis et des amours

Comment vos parents ont-ils vécu cette scolarité dilettante ?

Mes parents n'étaient pas inquiets mais, sans être le cancre, j'étais celui sur lequel on ne misait pas tellement. Je me souviens d'avoir dit en terminale que je voulais faire Sciences po, et tous mes copains avaient rigolé. Personne ne pensait que je pouvais réussir le concours. Je le dis aujourd'hui avec décontraction, mais, à l'époque, j'avais été vexé car j'avais déjà de l'ambition.

Avez-vous eu un déclic ?

Cela s'est fait progressivement. J'étais au lycée Louis-Armand, dans le XVe arrondissement, à Paris, un lycée présentant une certaine mixité, avec des filières générales et technologiques. J'ai été très heureux là-bas mais je me suis aussi rendu compte de la chance que j'avais d'être issu d'un milieu favorisé, avec une mère pédiatre et un père ostéopathe. Cela a été le premier déclic. L'autre est venu de ma professeure de français de première. Elle était excellente, et même si je n'ai pas eu de bonnes notes au bac français, elle m'a fait découvrir la littérature. Je détestais lire, c'était une punition, alors que, maintenant, c'est ce que je préfère dans la vie, lire et parler de littérature avec ceux que j'aime.

Quel est le dernier livre qui vous a marqué ?

“Laëtitia”, d'Yvon Jablonka. J'ai adoré, j'ai trouvé ça très juste, très intelligent sur le fonctionnement de la justice. J'ai également lu récemment deux livres de Serge Joncour, “Repose-toi sur moi” et “l'Écrivain national”. Je ne connaissais pas cet auteur, et j'ai été émerveillé par son sens du récit.

Pour revenir à vos études, vous vous retrouvez donc à Assas. Avec l’idée de retenter le concours de Sciences po ?

Oui. Je savais ce qui m'intéressait : l'actualité, l'action publique et l'histoire. J'ai donc repassé le concours de Sciences po et je l'ai eu ! J'ai un souvenir très précis de ces années, des années heureuses. Premier souvenir : j'arrive dans l'amphithéâtre Boutmy et il y a René Rémond [historien et politologue réputé], un vieux monsieur de 80 ans. J'étais très impressionné. À côté de lui, un jeune homme avec la boule à zéro, hyperbronzé. C'était Richard Descoings [l'ex-directeur de Sciences po], qui nous a dit : “Vous savez, Sciences po, ce n'est pas la rue Saint-Guillaume, mais le Brésil.” Il a exposé avec fougue sa vision de la formation avec une troisième année à l'étranger. C'est à Sciences po que je suis devenu un très bon élève et que j'ai rencontré Bernard Gaudillère [ex-directeur de cabinet du maire de Paris, Bertrand Delanoë], mon professeur d'institutions politiques. Quelqu'un d'extraordinaire, qui a cru en moi tout au long de mes études. Il me semble que c'est ça, la mission principale des enseignants : donner confiance, montrer que rien n'est impossible à condition de travailler. J'ai eu cette chance qu'on me le dise, et ça change tout. Plus tard, j'ai enseigné à Sciences po et j'ai toujours veillé à encourager le plus possible mes étudiants.

À 24 ans, je devais diriger 20 personnes

Au cours de ces années, commencez-vous à savoir ce que vous voulez faire ?

Pas vraiment. Je suis parti à New York pendant un an où j'ai enchaîné plusieurs stages. Quand je suis revenu, j'avais la conviction que la vie était ailleurs, à l'étranger, dans la création d'une start-up peut-être. J'ai également hésité entre le journalisme et l'administration.

Comment avez-vous fait votre choix ?

Les choses se sont faites par hasard : deux très bonnes copines préparaient le concours de l'ENA, je me suis greffé à leur groupe. Le jour J, j'ai eu l'impression d'avoir raté l'épreuve de droit public mais je suis allé au bout. J'étais tellement convaincu de m'être planté qu'au lieu de réviser les oraux, je suis parti un mois au Niger. À mon retour, j'appris au “Basile” [café juste à côté de Sciences po] que j'étais admissible. À partir de ce moment-là, je n'ai jamais autant travaillé de ma vie. J'avais la conviction que c'était un coup de pot incroyable, une opportunité à ne pas laisser passer.

Quel souvenir gardez-vous de votre grand oral ?

Tous mes potes de lycée et de collège étaient venus m'encourager, et quand je suis sorti, les commentaires n'étaient pas hyperenthousiastes. C'était plutôt : “Tu as limité la casse.” La seule épreuve où j'ai majoré, c'est le sport ! Finalement, j'ai été admis. C'était surréaliste. Il n'y avait aucun fonctionnaire dans ma famille et, au début, je n'assumais pas. En soirée, je n'osais pas dire que j'étais à l'ENA [École nationale d'administration], j'avais peur de passer pour un ringard !

Comment avez-vous vécu votre scolarité à l’ENA ?

Les stages sont géniaux : je suis parti 6 mois à l'ambassade du Mali, puis en préfecture. En revanche, la scolarité était épouvantable : intellectuellement, c'était une régression, socialement aussi, car il y avait une compétition inouïe. On luttait en permanence, mais la contrepartie est que cela crée des liens très forts avec les personnes avec qui vous vous entendez bien. Moi, j'étais proche de Mathias Vicherat, Emmanuel Macron, Sébastien Proto.

À l’issue de l’ENA, vous choisissez le ministère du Travail. Pourquoi ?

J'ai fait une scolarité moyenne et je n'ai pas eu la possibilité de choisir les “grands corps”, considérés comme les postes les plus prestigieux. J'ai donc fait un choix de cœur. J'ai passé un peu plus de trois ans au ministère du Travail et ça a été formidable. J'avais 24 ans et je devais diriger 20 personnes. Cela apprend la modestie. Encore actuellement, je pense que cela a été l'expérience la plus formatrice. D'autant plus que j'ai toujours adoré le management : recruter, faire grandir, donner des responsabilités. Déjà adolescent, j'étais capitaine de mon équipe de rugby.

Vous passez ensuite par le Centre national du cinéma avant d’atterrir au cabinet de Christophe Girard, adjoint du maire de Paris, chargé de la culture…

C'est grâce à Bernard Gaudillère que j'entre au cabinet de Christophe Girard, un personnage créatif et irrévérencieux. Puis, un jour, Bertrand Delanoë, que je connaissais à peine, me croise et me dit qu'il cherche un conseiller en communication. Je n'y connaissais rien mais il me dit qu'il a vu ça en moi. Il y a une dimension stratégique très forte dans la communication et ça a été une révélation. Depuis 2010, j'assistais, halluciné, à la révolution numérique. Quand j'ai eu Facebook, Twitter, j'ai senti, comme beaucoup, que cela allait bouleverser la communication. Ce poste, c'était la possibilité d'être au cœur de cette révolution. Mais ça a aussi été une école très difficile car Bertrand Delanoë est très exigeant envers lui-même et les autres. C'était une décision originale car il y a aujourd'hui très peu d'énarques dans la communication, mais il y en aura de plus en plus.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui veut travailler dans ce secteur ?

Je conseillerais des études pluridisciplinaires, un IEP (institut d'études politiques), une fac de sciences humaines ou une école de commerce. Mais le plus important, c'est surtout de faire des stages et de ne pas s'arrêter d'être curieux.

Que pensez-vous faire après ?

Ces années auprès du président de la République ont été uniques. Il faudra sûrement que j'invente quelque chose, un job sur mesure. Mais j'ai envie de plein de choses, de culture, d'innovation…

Bio express

1979 : naissance à Paris.
2001 : diplômé de Sciences po Paris.
2004 : diplômé de l'ENA (promotion Léopold-Sédar-Senghor).
2010 : conseiller chargé dela communication auprès du maire de Paris, Bertrand Delanoë.
2013 : conseiller chargé de la communication auprès de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international.
2014 : conseiller chargé de la communication auprès du président de la République.