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Interview

Les 20 ans de Laure de Sagazan : comment elle est devenue créatrice de robes de mariée

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À 20 ans, étudiante en BTS design de mode au lycée Sévigné, à Tourcoing, Laure fait son premier stage à La Redoute, en lingerie. // © Éric Garault pour L'Étudiant
À 20 ans, étudiante en BTS design de mode au lycée Sévigné, à Tourcoing, Laure fait son premier stage à La Redoute, en lingerie. // © Éric Garault pour L'Étudiant

Laure de Sagazan a toujours su qu’elle se dirigerait vers le stylisme. Enfant, elle confectionne ses tabliers pour l’école et ses chemises de nuit. Mais c’est plus tard avec la commande d’une robe de mariée par sa cousine que se produit le déclic. Elle ne fera pas dans la "meringue" mais dans la dentelle !

Quels souvenirs gardez-vous de vos années collège et lycée ?

Je n'ai pas du tout eu l'impression de subir ces années. Au contraire ! J'avais une bande d'amis géniale avec laquelle je ricanais toute la journée et, en même temps, je m'en sortais plutôt bien en cours. Je sais que ces années peuvent être source de stress pour des élèves qui ne savent pas trop où ils veulent aller. Moi, à l'école, je savais que je ferais du stylisme. J'avais le luxe d'aborder les cours sereinement sachant que je partirais ensuite dans une voie totalement différente.

Comment cette passion pour le stylisme vous est-elle venue si tôt ?

Je ne sais pas exactement… J'ai commencé les cours de couture à 8 ans, alors que ma mère ne cousait pas du tout. Elle déteste ça. Je réalisais mes tabliers pour l'école, mes chemises de nuit… Il y a un an, j'ai même retrouvé une collection de robes de mariée que j'ai dessiné quand j'avais à peine 10 ans.

J'ai commencé les cours de couture à 8 ans, alors que ma mère ne cousait pas du tout.

Mes parents chinaient aussi énormément. Tous les samedis matin, nous faisions les marchés aux puces. Je portais des tabliers rétro, aux manches bouffantes. J'étais la seule à avoir ce genre de vêtements et j'étais hyper fière ! J'avais l'impression d'être une princesse...

Quels créateurs vous ont influencé ?

J'aimais beaucoup Isabel Marant pour le côté moderne, Madame Grès [créatrice de haute couture] pour le côté un peu rétro et aussi pas mal de robes d'époque ! J'ai toujours adoré les bouquins avec des robes du début du siècle dernier.

Ma grand-mère a une très grande maison en Bretagne dans laquelle nous passions toutes nos vacances. Il y a des greniers énormes où je me revois, toute petite, escalader des armoires pour retrouver des vêtements anciens. J'étais subjuguée par ces dentelles rétro, ces vieux voiles brodés...

Quel rôle votre entourage et vos enseignants ont-ils joué dans votre vocation ?

En première et en terminale littéraire, j'avais des professeurs passionnants. Un enseignant notamment était féru de l'époque surréaliste, aussi bien d'un point de vue artistique que littéraire, et nous racontait beaucoup d'anecdotes. Cette période aurait pu me faire douter ou cogiter. D'autant que mes professeurs étaient dépités que je ne continue pas en lettres sup.

Mes professeurs étaient dépités que je ne continue pas en lettres sup.

On a essayé de m'orienter vers une hypokhâgne [première année de classe préparatoire littéraire] pendant un moment, mais j'ai fait de la résistance ! J'ai eu la chance d'être assez libre dans mes choix. Mes parents me faisaient confiance. Ils trouvaient que la priorité était de s'épanouir dans ses études et son métier.

Avez-vous suivi des options artistiques pendant votre scolarité ?

Mon lycée ne poussait pas du tout à des études artistiques mais plutôt à médecine... J'avais envie de décrocher un bac général pour me consacrer après au stylisme. J'ai fait ensuite une MANAA [mise à niveau en arts appliqués] à l'ESAAT, à Roubaix [59]. Cette mise à niveau me laissait le temps de bien réfléchir mais ce n'est pas ma meilleure année… Il y avait un panel de matières très large et je savais que c'était vraiment le design de mode qui m'intéressait. Néanmoins, je me rapprochais tout doucement de mon but, je commençais à toucher du doigt ce que j'allais faire.

Comment s'est déroulée votre scolarité en école de mode ? Qu'en avez-vous retenu ?

J'ai intégré le lycée Sévigné, à Tourcoing, pour préparer un BTS [brevet de technicien supérieur] design de mode en 2 ans. J'ai rencontré des personnalités marquantes. C'était vraiment la confrontation entre plusieurs mondes ! J'ai appris pas mal de choses mais je n'ai vraiment commencé à respirer que lorsque je suis sortie des cours pour aller travailler. Tout devient palpable quand on s'épanouit vraiment sur le terrain. C'est pour cela que j'ai opté pour une troisième année, facultative, avec 2 stages.

J'ai rencontré des personnalités marquantes.

Je n'avais pas de projet de carrière défini en sortant de l'école. En revanche, j'étais sûre de ne pas vouloir m'orienter vers le stylisme haute couture. Être la créatrice folle qui réalise des pièces hors du commun ne m'a jamais attirée. Le prêt-à-porter me convenait très bien, même si je n'avais pas encore la robe de mariée en tête.

Comment s'est passé votre saut du stage à la vie active ?

J'ai commencé par un stage de 3 mois en lingerie à La Redoute. J'ai longuement hésité d'ailleurs entre la lingerie et le prêt-à-porter. J'aime les matières, la dentelle… Je suivais les stylistes dans le montage des dossiers pour lancer les pièces. Je suis arrivée à un moment de restructuration où l'entreprise relançait la lingerie et venait de constituer une nouvelle équipe. J'ai adoré suivre les réunions de stratégie.

Vous avez ensuite enchaîné avec un stage à Paris chez Ba&sh...

Quand on suit des études dans le secteur de la mode, c'est une aubaine de venir dans la capitale. Il y a une énergie et une effervescence dans la ville, qui donnent envie. J'étais alors une petite exécutante : je faisais des fiches techniques, je relevais des mesures… L'équipe ne comptait que 2 stylistes : l'idéal pour découvrir le métier !

J'ai eu la chance d'être embauchée chez Ba&sh directement comme styliste junior à la fin de mon stage.

Ensuite, j'ai eu l'opportunité d'être embauchée directement comme styliste junior à la fin de mon stage et j'y suis restée 3 ans. Il y a des petits moments de stress quand on démarre son premier travail, car on se dit qu'on est désormais payé pour faire son métier et on veut être à la hauteur. Mais c'était une très bonne expérience !

Qu'est-ce qui vous a décidé à vous mettre à votre compte ?

Pendant que j'étais chez Ba&sh, j'ai eu une première demande de robe de mariée de la part d'une cousine. Travailler la dentelle, de jolies matières, les plis… Le produit m'a tout de suite séduite. Très vite, j'ai eu d'autres commandes et j'ai commencé à me dire qu'il y avait peut-être là une opportunité.

Sur le marché, il y avait peu de choix pour une robe simple, pas trop endimanchée ni structurée. Je me rappelle en avoir parlé en vacances pendant l'été à ma mère qui m'a dit que j'étais totalement folle de vouloir me lancer. "J'avais un bon boulot et le stylisme était suffisamment dur"… Elle ne comprenait pas du tout mon choix. J'ai bien dit à mes parents qu'ils n'auraient pas à me sponsoriser. Ils m'ont fait confiance. Une fois de plus. Et je ne partais pas sans rien : j'avais 7 commandes pour l'année à venir.

Est-ce vraiment difficile de monter sa propre affaire ?

Je n'aurais jamais pu le faire seule ! Je dois à mon ami de l'époque beaucoup de tableaux croisés dynamiques sur Excel, qui m'ont permis de réaliser mon business plan. Je faisais les croquis, je rencontrais les clients et il était l'homme de l'ombre. Nous avons eu la chance de n'avoir aucun moment de flottement. Le bouche-à-oreille a fonctionné très vite. Si bien que je n'ai travaillé qu'un an chez moi avant de devoir prendre un local dans la cour, car mon appartement devenait trop petit.

Nous n'avions pas de projets démesurés, au contraire, nous y allions doucement, à tâtons. Nous avons enchaîné ainsi plusieurs déménagements et embauché… L'atelier compte actuellement une trentaine de personnes. De 20 robes par an dans mon appartement, on approche désormais les 2 000.

Comment décririez-vous votre métier aujourd'hui ?

Ce sont des journées assez denses qui commencent vers 8 heures. J'arrive quand il n'y a personne à l'atelier. C'est très calme et j'adore ça. Je réponds aux mails, aux interviews. ­J'assiste également à un certain nombre de rendez-vous avec les clientes surtout quand il y a des demandes spéciales ou des modèles particuliers. Puis, j'enchaîne les rendez-vous avec les fournisseurs et les entreprises avec lesquels nous nouons des partenariats. Pour ce qui est de la création, je m'isole une fois par an à la campagne où je vais dessiner une grosse partie de la collection. Avec tous mes tissus étalés par terre. Je dois faire le vide pour être efficace.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite s'orienter vers la création de mode ?

Il faut fournir beaucoup de travail personnel et ne pas miser uniquement sur ses études en école d'art pour être un bon styliste. C'est à chacun de développer son imagination, d'enrichir son inspiration avec des expositions, des lectures... Il faut construire son propre style ! J'ai souvent l'impression, en regardant des CV que nous recevons, que les écoles font croire aux élèves qu'ils seront la prochaine Vivienne Westwood [styliste britannique connue pour ses créations excentriques]. Tout est surjoué, dans le concept ! C'est important de montrer que l'on comprend la mode d'aujourd'hui, que l'on sait faire de belles choses sans tout révolutionner. Il faut aussi persévérer et bien cibler les entreprises dans lesquelles on se présente. D'être en lien avec son univers.

Bio express
1986 : naissance à Lille (59).
1994 : premier cours de couture en CE2.
2004 : obtention du bac L.
2005 : entrée en MANAA à l'ESAAT, à Roubaix (59).
2006 : entrée au lycée Sévigné à Tourcoing (59) pour un BTS design de mode.
2008 : premier job chez Ba&sh en tant que styliste junior.
2009 : commande de sa première robe de mariée.
2011 : ouverture de son premier atelier, à Paris.
2016 : ouverture programmée d'un point de vente à New York.