1. Métiers de la Commission européenne : des polyglottes au service de l'Europe
Reportage

Métiers de la Commission européenne : des polyglottes au service de l'Europe

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Située à Bruxelles, en Belgique, la Commission européenne fait des propositions de lois et veille au respect des traités. Elle s’appuie sur des juristes, économistes, interprètes, attachés de presse, secrétaires… issus des 28 États membres. Le temps d’une journée, l’Etudiant a rencontré ces convertis au rêve européen qui parlent en moyenne trois ou quatre langues.

À la découverte des métiers du siège de l'Europe

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  •  // © Virginie Nguyen Hoang/Hans Lucas/HUMA pour l'Etudiant
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  • Le Berlaymont : siège de la Commission européenne

    À Bruxelles, dans les arcanes des institutions européennes, tout le monde connaît le Berlaymont, ce bâtiment monumental, en forme de croix, où réside le siège de la Commission européenne. Avec ses 2.200 bureaux et ses 47 ascenseurs, cet immeuble construit dans les années 1960 abrite près de 3.000 personnes et c’est à son sommet que se trouvent le bureau de son président, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, ainsi que ceux des 28 commissaires européens, un par État membre. L’ambiance y est feutrée et calme, malgré une forte activité.

    Le reste des 22.000 agents travaillant pour la Commission, à Bruxelles, est réparti dans une quarantaine de bâtiments concentrés dans le quartier européen. Avec le Conseil et le Parlement, la Commission est au cœur du processus de décision de l’Union européenne.

  • Ilmars, fonctionnaire au service juridique : faire respecter le droit européen

    À 33 ans, Ilmars a abandonné un poste à la Banque centrale de Lettonie pour devenir fonctionnaire européen. "En travaillant à la Commission, on vit au quotidien le projet européen, souligne-t-il. J’exerce mon métier principalement en anglais, mais mes collègues viennent de partout en Europe. C’est un peu fou quand on y pense." 

    Titulaire d’un master en droit d’une université lettonne, Ilmars a attrapé le virus européen lors d’un stage à la Direction générale du commerce. Il exerce, depuis mai 2016, au sein du service juridique qui comprend 400 agents dont 250 juristes. Ces derniers permettent à la Commission de jouer son rôle de "gardienne des traités" : "Nous nous assurons que l’ensemble des documents, textes et lois que nous produisons, respectent bien le droit européen", détaille Ilmars. Ils vont également plaider devant la Cour de justice de l’Union européenne, lors de différends entre la Commission et un État membre.

  • Muriel, service du protocole : organiser les visites des chefs d'État

    "Ce que j’adore dans mon poste, c’est de devoir gérer une multitude de choses, d’être en contact avec les délégations étrangères, les journalistes…" Muriel, du service du protocole, est chargée notamment de l’organisation des visites de délégations officielles à la Commission européenne, comme celles de chefs d’État ou de Premiers ministres du monde entier. 

    Son objectif : "S’assurer que la logistique soit parfaite." Pour cela, il faut être en lien avec les chauffeurs, la sécurité, vérifier que le plan de table respecte les hiérarchies entre invités, s’occuper des procédures d’accréditation et veiller à ce que tous les symboles soient présents lors des conférences de presse ou séances photos officielles", énumère cette Belge de 49 ans.

    Par exemple, les étoiles du drapeau européen doivent toujours être disposées dans un certain sens, "une pointe vers le haut et deux vers le bas", détaille Muriel. Entrée à la Commission comme assistante à l’âge de 25 ans, après des études de secrétariat, Muriel travaille en français et en anglais principalement, mais aussi en allemand, italien et néerlandais.

  • Laurence, interprète permanente : la précision de la traduction en direct

    Il est bientôt midi et Laurence (au premier plan), 38 ans, est concentrée. Installée dans l’une des 21 cabines d’interprétation, au-dessus de la salle de presse, cette Française passe en revue le discours que va tenir dans quelques minutes une commissaire. Elle traduira en direct de l’anglais vers le français, mais le support papier lui permet d’anticiper d’éventuelles difficultés. À ses côtés, une autre traductrice : "Travailler en simultané exige un tel effort de concentration que nous nous relayons toutes les trente minutes", assure-t-elle.

    Après avoir fait partie pendant dix ans des 3.000 interprètes free-lance des institutions européennes, Laurence est devenue fonctionnaire en 2015. Ils ne sont que 50 interprètes permanents en cabine française à la Commission (le Parlement européen et la Cour de justice à Luxembourg ont leur propre service d’interprétation). "Les concours sont très sélectifs et rares", souligne Laurence qui traduit de l’allemand, de l’anglais, de l’italien et de l’espagnol vers le français. Elle apprend aussi le danois et pense, à terme, pouvoir interpréter six à sept langues.

  • Daria, à la direction informatique : former les personnels de la Commission aux enjeux de la sécurité digitale

    "La plupart des jeunes n’ont pas conscience de l’usage qui peut être fait des photos et des vidéos qu’ils mettent en ligne. La plupart pensent que c’est sûr, qu’il n’y a pas de problème. Les former aux enjeux de réputation en ligne est crucial !" Daria, 32 ans, travaille sur un programme de formation en matière de cybersécurité pour les jeunes, au sein de la direction informatique de la Commission européenne. Pour cela, elle crée des programmes d’e-learning et des jeux avec des développeurs. 

    Titulaire d’un master d’affaires publiques à l’université de Bucarest, en Roumanie, passionnée d’éducation, elle s’est progressivement spécialisée sur les questions de cybersécurité et les nouvelles technologies avant de prendre ce poste à Bruxelles.

    Elle forme également les personnels de la Commission aux enjeux de la sécurité digitale. Au quotidien, Daria travaille beaucoup sur son smartphone : "Je passe énormément de temps en réunion, et j’ai pris l’habitude de prendre mes notes sur mon mobile. C’est pratique et cela me permet d’avoir tout sur le même appareil !"

  • Clémence attachée de presse à l’agriculture : préparer les communiqués et répondre aux journalistes

    En français, en allemand ou en anglais, version papier ou numérique, les journaux sont la première chose que Clémence, 33 ans, regarde en arrivant au bureau. En tant qu’attachée de presse à l’agriculture au sein du service des porte-­paroles, Clémence se doit d’être au courant de tout ce qui se passe dans son secteur. Elle passe ensuite sa matinée à préparer des éléments de réponse aux potentielles questions des journalistes lors du "midday press briefing", conférence de presse quotidienne à laquelle elle assiste.

    À la Commission, Clémence est le point d’entrée des journalistes du monde entier sur les questions agricoles. Elle jongle entre préparation des communiqués de presse et demandes des journalistes. "Je peux avoir le même jour une question sur les exportations de fromages européens au Japon et une autre sur les aides à l’agriculture en Lettonie, raconte-t-elle, enthousiaste, ravie de cette diversité. Ce qui me plaît dans ce poste, poursuit l’attachée de presse, c’est d’être à la croisée des chemins entre le politique [le cabinet du Commissaire] et l’administration que je sollicite pour obtenir des réponses."

    Pour en arriver là, cette jeune Française a développé une spécialité sur l’alimentation et l’agriculture et n’a pas hésité à explorer les différentes opportunités de la nébuleuse européenne. Titulaire d’une licence d’études européennes de l’université Sorbonne-Nouvelle (Paris 3) et d’un master en affaires publiques européennes à l’université de Maastricht (Pays-Bas), la jeune femme a travaillé pour un réseau de lobbyistes, un cabinet de conseil sur les questions de santé et d’alimentation et, enfin, pour l’Association des producteurs de margarine dont elle était la responsable de la communication.

  • La salle de presse du Berlaymont : les journalistes posent leurs questions

    Tous les jours, à midi et quart, a lieu le "midday brief press", au sein de la salle de presse du Berlaymont. À l’étage, tout autour de l’hémicycle, les interprètes travaillent en direct. Sur le panneau d’affichage, le numéro de chaque chaîne de traduction est visible en rouge. Les journalistes peuvent poser autant de questions qu’ils le souhaitent. Près de 1.000 journalistes sont accrédités. 

  • Doina, responsable de la communication en matière de sécurité : éviter la diffusion d’informations confidentielles

    Au sein de la direction des ressources humaines de la Commission, les enjeux de sécurité sont fondamentaux. "Mon rôle est de faire en sorte que tous les personnels soient au courant des règles de sécurité et d’éviter la diffusion d’informations confidentielles", explique Doina. 

    Cette Roumaine de 32 ans, ancienne journaliste, est responsable de la communication sur ces sujets. Alors qu’il se murmure, dans les couloirs de la Commission, que Bruxelles serait la ville comptant le plus d’espions, les règles de sécurité sont nombreuses. "Selon la couleur de votre badge, vous n’aurez pas les mêmes droits ni accès aux mêmes zones", illustre Doina. Certains bureaux comme ceux de l’équipe du négociateur du Brexit, Michel Barnier, sont des 'restricted areas' dans lesquelles il n’est possible d’entrer qu’après avoir présenté son badge et son empreinte digitale.

  • Aleksandra, administratrice européenne : veiller aux règles de la concurrence

    "Je me vois un peu comme une justicière ou une inspectrice financière. Au quotidien, c’est très excitant ! » Aleksandra, 34 ans, travaille à la direction générale de la concurrence, au sein du service Énergie. Elle doit s’assurer que les entreprises de ce secteur ne violent pas les règles de la concurrence européenne et ne bénéficient pas d’aides d’État illégales. 

    Avocate d’origine, Aleksandra est titulaire d’un master de droit de l’université de Varsovie, en Pologne, puis est passée par le Collège de Bruges, en Belgique, dont est issu un grand nombre des administrateurs généraux des institutions européennes. "J’ai décidé de devenir administratrice européenne et de passer les concours à cause de la diversité de carrières possibles, explique la jeune Polonaise : même si je suis juriste, je pourrai choisir mes prochains postes dans n’importe quelle direction générale ou n’importe quel secteur. Une telle mobilité est exceptionnelle !" D’autant plus que cette dernière fonctionne également entre institutions européennes.

  • Daniela, assistante de la porte-parole du président de la Commission : briefings et recherches

    Diplômée d’un master d’affaires européennes de l’université de Bonn, en Allemagne, Daniela, Bulgare, est l’assistante de la porte-parole du président de la Commission. "Mon travail est très varié ! Je m’occupe des briefings pour les entretiens avec les médias, je fais des recherches ciblées pour le cabinet du président et j’informe les journalistes des dernières politiques européennes", décrit la jeune femme de 34 ans. Daniela a le statut d’agent temporaire, ce qui signifie que son contrat se finira en même temps que le mandat de la Commission Juncker, en novembre 2019. Au quotidien, elle travaille en anglais, allemand, bulgare et français.

L’amende de 2,42 milliards d’euros pour Google pour abus de position dominante ? C’était elle. La négociation du Brexit ? Encore elle. La proposition de réautoriser le glyphosate pour cinq ans ? Toujours elle. Acclamée ou vilipendée, la Commission européenne est au cœur de l’actualité.

Fonctionnaire européen, agent contractuel ou temporaire, il existe une grande diversité de statuts pour travailler à la Commission européenne. Toutes les procédures sont sur le site de l’Office européen de sélection du personnel (EPSO).

Fonctionnaire européen généraliste

C’est le statut le plus recherché en raison des nombreux avantages qu’il procure, notamment financiers : le salaire varie entre 2.300 € brut par mois pour un assistant débutant et 17.000 € pour un administrateur en fin de carrière, un revenu qui n’est pas soumis à l’impôt national. Autre avantage, les concours sont communs aux institutions européennes. Ainsi, une fois le concours en poche, vous aurez accès à des postes au sein de la Commission, ou du Conseil de l’Union européenne, ou du Parlement ou de la Cour de justice.

Lire aussi : Les concours de la fonction publique européenne

Il existe deux concours généralistes. Le premier permet de devenir un administrateur chargé "d’élaborer les politiques". En théorie, il faut avoir au moins une licence. En pratique, les admis sont le plus souvent titulaires d’un voire de deux masters, dont l’un sur les affaires européennes. Un grand nombre d’administrateurs sont en outre passés par le Collège d'Europe, souvent surnommé Collège de Bruges, qui constitue la voie royale pour une carrière européenne. Le second concours permet de devenir assistant.

Chaque année, ils attirent des dizaines de milliers de candidats. Un premier tri entre les candidats est effectué via un QCM (questionnaire à choix multiple) de logique sur ordinateur. "Pour le réussir, il faut énormément s’entraîner, car le test est chronométré, insiste Aleksandra. Gérer la pression liée au temps est cruciale !"

Interprète permanent

Pour devenir interprète permanent dans les institutions européennes, la compétition est rude. "La plupart des interprètes ont fait de longues études", souligne Laurence. Après deux ans de classes préparatoires littéraires, elle a intégré l’ESIT (École supérieure d’interprètes et de traducteurs) de l’université la Sorbonne-Nouvelle, avant de compléter sa formation en Californie par un second master.

Lire aussi : La fiche métier d'interprète

"Pour être un bon interprète, la maîtrise des langues étrangères est nécessaire, mais pas suffisante. Il faut avoir un bon esprit de synthèse et une solide culture générale, savoir travailler vite et s’intéresser à tout !" Le métier est aussi ouvert aux interprètes free-lance ayant réussi un test d’accréditation interinstitutionnel.

Contractuel ou agent temporaire

Il est possible de travailler dans les institutions européennes en contrat à durée déterminée. C’est le cas de Clémence. "Les contrats des agents temporaires sont souvent utilisés pour les postes politiques comme le mien, puisque je m’occupe des relations presse d’un commissaire." Son contrat se finira à la fin du mandat de l’actuelle Commission.

Mais alors, comment s’y prendre pour décrocher un tel poste ? "Il faut avoir une stratégie car c’est la guerre, explique Clémence. Les candidatures sont tellement nombreuses qu’elles ne sont pas toutes examinées, il faut donc se faire remarquer ou être recommandé." Pour sa part, c’est grâce à la création d’un chat Twitter sur l’agriculture qu’elle a gagné son pari. Le réseau est déterminant à Bruxelles !