Dossier : Travailler dans la Marine nationale : la vraie vie à bord du sous-marin nucléaire "le Téméraire"

Métiers de la Marine : plongée exclusive avec les patrouilleurs d'un sous-marin nucléaire

En exclusivité, l'Etudiant a embarqué à bord du "Téméraire", l'un des 4 sous-marins français chargés de la dissuasion nucléaire. Cinq jours avec l'équipage au départ de l'Île Longue (29), la plus secrète des bases de la Marine nationale, pour découvrir qui sont ces pros, leur parcours et ce qui vous attend si vous aspirez à les imiter.

Dissimulée dans la rade de Brest, l'Île Longue abrite les sous-marins chargés de la dissuasion nucléaire. Pour assurer cette mission stratégique, des équipages de 110 hommes se relaient pour patrouiller au fond des océans durant 60 à 90 jours. Rencontre avec les sous-mariniers du “Téméraire”, que nous avons accompagnés en mission pendant 5 jours.

Opération secret défense. Au départ de l'Ile Longue, tous les téléphones portables doivent rester à la base. Durant leur mission, les sous-mariniers n’ont en effet aucun contact avec le monde extérieur, l'émission d'ondes pouvant trahir leur position. C’est lorsqu’ils arrivent au bout de leurs 40 tonnes de provisions qu’ils reviennent à la base. Sans cela, le sous-marin pourrait naviguer des années durant, en parfaite autonomie : le réacteur nucléaire assure la propulsion, l’air est renouvelé à bord et l'eau de mer transformée en eau douce.
 
Sous-mariniers du “Téméraire” sur le pont au moment du départ - 2012
Avant de quitter la base, les sous-mariniers s'alignent sur le pont du bâtiment pour rendre les honneurs aux marins restés à quai.
 
Départ en mission du sous-marin nucléaire “le Téméraire” - 2012
Départ en mission : de puissants remorqueurs et un hélicoptère accompagnent toujours “le Téméraire” lors de sa sortie de la base.
 
Mais ce n'est pas tant la limitation des vivres qui oblige le monstre d'acier à remonter à la surface que le moral des troupes. Pour combattre le mal de la famille, le meilleur remède est l'esprit d'équipage. Et les sous-marins sont réputés pour leur ambiance chaleureuse ! En vivant 24h/24h ensemble, les hommes créent des liens très forts.
 
Coupés du monde
Personne ne doit savoir où se rend le sous-marin, qui est escorté par des fusiliers commandos lorsqu’il quitte la base, jusqu'à son immersion complète. Dans le ciel, un hélicoptère militaire effectue des rondes de surveillance. L'opération est délicate. Lourd de 14.000 tonnes et long de 140 mètres, le sous-marin est aussi haut qu'un immeuble de 6 étages.
 
Près de 12 heures de navigation en surface sont nécessaires pour rejoindre la plaine abyssale, où la profondeur atteint 5.000 mètres. Le sous-marin a alors suffisamment de fond pour plonger en sécurité. Et devenir indétectable ! Sous l’eau, le mot d’ordre est “discrétion”. Un claquement de porte pourrait suffire à le repérer.

À l'écoute des bruits de la mer pour s'orienter
Le sous-marin n’est pas équipé de hublots. Sous l’eau, il est complètement aveugle. Seules “ses oreilles” lui permettent de se repérer dans l’espace. Au sein de la salle de contrôles, Julien (1), le veilleur sonar, a un casque vissé sur les oreilles. "Je capte le son en image, pour analyser ce qui se trouve autour de nous, chuchote-t-il en désignant un écran couvert de lignes vertes. Du cachalot à la petite frégate." En cas de doute, c'est l'Oreille d'or, un officier marinier plus expérimenté, qui intervient pour identifier l'origine du bruit.
 
Toutes les 4 heures, en moyenne, les équipes se relaient. Le quart le plus redouté est sans conteste le “zérac”, de minuit (zéro) à 4 h. Dès qu'ils le peuvent, les marins profitent de leur temps libre pour se reposer. Les chambres sont petites mais fonctionnelles, et les bannettes toutes équipées d'un rideau. “Quand on a envie d'être seul, le tissu n'isole pas vraiment mais on apprend à prendre sur soi”, assure Damien, le timonier de 22 ans.
 
Exercice incendie à bord du sous-marin nucléaire “le Téméraire” - 2012
Pour que les sous-mariniers soient capables d'éteindre un incendie sans paniquer, des exercices sont régulièrement organisés, à l'initiative du commandant.

Organisation pyramidale
Dans le sous-marin, l’organisation est extrêmement pyramidale. C’est le grade, visible sur les épaules, qui indique la position dans la hiérarchie. Dans l’ordre croissant : équipage (matelot, quartier-maître), officier marinier (second maître, maître, maître principal, major) et officier (lieutenant, capitaine, commandant, amiral).
 
Une pyramide qui se reflète dans l’aménagement même du sous-marin. Les officiers supérieurs sont installés confortablement au niveau le plus élevé, les officiers subalternes au niveau intermédiaire, et l’équipage et les officiers mariniers ont leurs quartiers tout en bas du bâtiment. Mais la Marine nationale encourage la promotion interne. En passant des qualifications, tous les marins peuvent gagner des galons.

Bien manger pour garder le moral
En étant enfermé, on perd très vite la notion du temps. Pour conserver des points de repères, la lumière jaune du jour alterne avec les veilleuses rouges de la nuit. Mais ce sont surtout les repas (très gourmands) qui rythment les journées. L’équipage est servi à la cafétéria, petite cantine qui peut accueillir jusqu’à 50 personnes. Et les officiers prennent leurs repas au carré du commandant, qui a tout d’une salle à manger : assiettes en porcelaine, couverts en argent et nappe blanche.
 
“Le repas est très important pour le moral, explique le commandant du ‘Téméraire’. Il comble les différentes frustrations.” Qui peuvent être tant l'éloignement, la promiscuité, l'enfermement ou la fatigue. Difficile de garder la ligne dans ces conditions. “En mission, on prend facilement entre 3 et 10 kilos”, confesse un marin. Les appareils de sport placés dans les coursives sont à disposition de tous mais rien ne les oblige à s'entrainer.
 
Repas à bord dous sous-marin nucléaire “le Téméraire” - 2012
Les menus sont alléchants pour maintenir le moral des troupes.

Travailler au milieu des missiles
La soute à missiles occupe deux tiers du sous-marin. Seize fusées de 11 mètres de haut, équipées chacune de 6 bombes atomiques, sont prêtes à être tirées, sur ordre du président de la République.

Un cadre de travail angoissant ? “Au contraire, c'est passionnant, s'enthousiasme Johan, le missilier. J'ai un rôle de surveillance, de maintenance et de mise en œuvre des missiles.” Un métier très procédurier qui exige de la rigueur. “Notre but n'est pas d’utiliser les missiles, c'est de maintenir la paix”, précise le jeune homme. Si le sous-marin recevrait un jour l’ordre de tirer, cela signifierait que sa mission de dissuasion a échoué…

(1) Le prénom a été modifié.

Apprenez à parler comme les sous-mariniers

Bannette : couchette.
Bidou : surnom donné au plus jeune de l’équipage.
Bouchons gras : surnom péjoratif des mécaniciens.
Branle-bas : réveil.
Cabane : repas festif marquant la fin de la première moitié de la mission.
Cafétéria : cantine des sous-officiers et des matelots.
Carré : salle à manger du commandant.
Chambre : cabine.
Culottes roses : surnom péjoratif des officiers.
Familigramme : message de 40 mots envoyé une fois par semaine par la famille.
Marmar : marine marchande.
Massif : partie supérieure du sous-marin.
Officier marinier : sous-officier.
Pacha : commandant du bateau.
SNA : sous-marin nucléaire d'attaque.
SNLE : sous-marin nucléaire lanceur d'engins.
Solde : salaire.
Sous-marinade : surnom des forces sous-marines.
Sub : Officier subalterne.
Surfacier : marin de surface.
Zérac : quart de minuit (zéro) à 4 h du matin.
Du CAP au bac +5 : des voies d'accès à tous les niveaux

La Marine nationale veut recruter et former, chaque année, 3.000 marins âgés de 16 à 29 ans. Le recrutement se répartit entre les matelots, qui constituent le gros des troupes, les officiers mariniers (équivalent des sous-officiers) et les officiers. L'École des matelots est ouverte à partir de la troisième, l'École de maistrance de bac à bac+2, et l'École navale après prépa MP, PC et PCI.

Il n'existe pas de filières spécifiques pour devenir sous-marinier, les métiers étant les mêmes que sur les bateaux de surface (exception faite à la filière atomicien). Pour devenir sous-marinier, la marche à suivre est d'entrer à la Marine nationale et de se porter ensuite volontaire pour servir dans les forces sous-marines.

La rémunération est attractive, avec une prime de 50 % du salaire durant les missions. Plus d'informations sur Etremarin.fr.
À quand l’arrivée des femmes dans les sous-marins ?

Plusieurs arguments sont mis en avant pour s'opposer à l’intégration des femmes dans les sous-marins. Les risques médicaux, en cas de grossesse, leur départ de la Marine en moyenne plus précoce que celui les hommes, qui ne permet pas de rentabiliser l’investissement de leur formation, et la promiscuité avec les hommes de l’équipage. Après l'intégration en 2012 des premières femmes dans les sous-marins américains, la question devrait revenir sur la table du chef d'État major français.

Sommaire du dossier
 

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