1. Travailler dans le luxe sans parler anglais, c'est possible ?
Décryptage

Travailler dans le luxe sans parler anglais, c'est possible ?

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La maîtrise de l'anglais est indispensable pour les vendeurs, régulièrement en contact avec des clients étrangers, comme pour les cadres. // © plainpicture/Cultura/Daniel Allan
La maîtrise de l'anglais est indispensable pour les vendeurs, régulièrement en contact avec des clients étrangers, comme pour les cadres. // © plainpicture/Cultura/Daniel Allan

Vous êtes français, vous ne parlez que très peu anglais mais vous pensez que cela suffira car les plus grandes maisons de luxe sont basées à Paris ? Erreur, explique Anne-Laure Robert dans son ouvrage “Les Métiers du luxe” : quelle que soit la fonction que vous occuperez, parler l'anglais en plus d'un très bon français est considéré comme le minimum vital pour communiquer dans ce secteur.

“La maîtrise de l'anglais est tellement cruciale que je pousse mes étudiants à un an de césure s'ils ont besoin d'améliorer leur niveau”, explique Christel de Lassus, responsable du master innovation, design et luxe, à l'université Paris Est Marne-la-Vallée, sachant qu'elle exige déjà un minimum de 750 au test du TOEIC lors de l'inscription au M2.

Le niveau d'anglais peut faire la différence

Une maîtrise imparfaite de la langue peut totalement freiner une carrière. “J'ai décroché mon premier job en partie grâce à mon niveau d'anglais. J'avais fait une saison d'été dans un grand hôtel et j'avais remarqué que ma responsable parlait très mal anglais. À cause de cela, elle avait eu plusieurs problèmes avec des clients insatisfaits car elle n'avait pas compris leur demande. Je suis donc partie aux États-Unis pendant un an pour devenir bilingue. À mon retour, j'ai contacté sa supérieure pour lui dire que j'étais motivée pour rejoindre leur équipe et que je pouvais sûrement mieux répondre aux attentes des clients grâce à mon niveau de langue. Elle m'a laissé ma chance et ça a fonctionné, j'ai prouvé que j'étais meilleure à ce poste”, explique Aurélie, 41 ans, gouvernante générale dans un hôtel cinq étoiles.

Toutefois, ne vous découragez pas si votre niveau d'anglais n'est pas optimal. Une fois en poste, vous pourrez sûrement utiliser votre droit à la formation pour l'améliorer.

Des cours en anglais dans les formations spécialisées

Sachez aussi que la plupart des cours dans les grandes écoles de commerce ou dans les formations spécialisées sont maintenant dispensés en anglais. Les cours de la chaire LVMH à l'ESSEC ainsi que du nouveau MBA lancé par Sup de luxe se déroulent intégralement en anglais, par exemple. Un bon entraînement pour les futurs embauchés, mais aussi une facilité pour nombre d'étudiants étrangers. Car les promotions de ces écoles de haut niveau sont souvent très internationalisées. L'anglais permet aux élèves d'échanger entre eux.

“Nous attirons par contre l'attention de nos étudiants étrangers sur l'importance de bien parler français pour trouver un travail à Paris”, soulignent aussi bien Sonja Prokopec, responsable de la chaire LVMH de l'ESSEC, que sa collègue Anthea Davis, responsable relations étudiants-entreprises du MBA International Luxury Brand Management de l'ESSEC. Les étudiants français conservent donc un petit avantage lors de la recherche d'emploi sur Paris.

Des groupes mondialisés

Dans les multinationales, les salariés du luxe sont contraints d'adopter la langue de Shakespeare pour tous leurs échanges. Marie-Sabine Leclercq, directrice internationale de la communication chez Lanvin, confirme qu'il est chaudement recommandé de parler une deuxième langue étrangère et particulièrement l'anglais : “La qualité du niveau de langues facilite les échanges avec les filiales du réseau. L'anglais est indispensable.”

Chez Hermès également, la maîtrise de l'anglais est importante. “Hermès est une maison familiale française devenue une entreprise multi-locale présente dans plus de 50 pays. L'ouverture internationale et la maîtrise de langues étrangères sont des critères importants de recrutement pour une grande majorité de nos postes (en magasin ou au sein de nos filiales) et pour évoluer avec succès au sein de la maison à travers des expériences à l'international”, précise Augustin de Champeaux, DRH Groupe Hermès International.

Mais si les collègues pourront pardonner l'emploi de quelques faux amis de temps à autre, les clients, eux, n'auront pas forcément la même tolérance si l'on ne comprend pas ce qu'ils demandent.

Anglais exigé à tous les échelons

Les cadres ne sont pas les seuls à devoir se préoccuper de leur niveau d'anglais. Les vendeurs en boutique ont besoin de dialoguer avec les touristes qui sont nombreux dans les magasins de luxe. Même aux femmes de chambre dans les palaces, il est demandé de connaître les phrases de base pour pouvoir au minimum saluer et aiguiller les clients qu'elles pourraient croiser.

“C'est très important, y compris pour les artisans car ils sont bien souvent amenés à voyager pour procéder à des démonstrations de leur savoir-faire. Il arrive également régulièrement qu'on leur demande d'expliquer leurs gestes à des délégations venues de l'étranger en visite dans les maisons”, souligne Élisabeth Ponsolle des Portes, la déléguée générale du Comité Colbert.

Mandarin, arabe, russe ou japonais ?

Être bilingue français-anglais est déjà une excellente combinaison pour travailler dans le luxe. Toutefois, une deuxième langue étrangère est très souvent demandée. Laquelle choisir ? Cela dépend du métier auquel vous vous destinez.

Le chinois recommandé surtout dans le retail

Si vous vous orientez vers le retail, il sera intéressant de parler l'une des langues des pays en croissance où se développent les réseaux de boutiques. “Le chinois ou mandarin est maintenant très demandé. Pour les autres langues comme le russe ou le japonais, il est fréquent de se contenter de quelques phrases pour pouvoir engager la conversation. Quant à la clientèle arabe ou indienne, l'anglais est souvent suffisant”, assure Thibaut de La Rivière, directeur de Sup de luxe.

L'italien encore très utilisé dans la mode

Si vous optez pour le milieu de la mode, l'italien peut être très intéressant car beaucoup de fournisseurs sont basés en Italie et d'importants salons de mode et de textile s'y déroulent. De plus, si Paris reste la capitale de la mode, les défilés de Milan font également partie des rendez-vous incontournables de l'agenda des acheteurs de mode.

À chaque langue une ouverture sur une nouvelle culture

Enfin, ne raisonnez pas forcément tout le temps en termes d'utilité. Apprendre une langue, c'est aussi découvrir une culture et ce sera toujours une preuve de votre ouverture d'esprit, aspect apprécié lors d'un recrutement.

POUR ALLER PLUS LOIN
À découvrir aux Éditions de l'Etudiant :
“Les Métiers du luxe”,
par Anne-Laure Robert.