1. Palmarès des écoles d'ingénieurs 2017 : leurs nouveaux défis
Palmarès des écoles d'ingénieurs 2017 : leurs nouveaux défis

Pour accompagner les mutations technologiques, ainsi que les nouveaux enjeux économiques et internationaux, les écoles évoluent et s'adaptent. Avec comme buts : former des étudiants aux métiers de demain et leur permettre de s'insérer confortablement sur le marché du travail.

Palmares-des-ecoles-de-commerce-postbac-en-4-ou-5-ansDécouvrez tous les résultats de notre palmarès des écoles d'ingénieurs 2017

Gagner en visibilité, en France comme à l'international. Voilà l'un des principaux objectifs des écoles d'ingénieurs lancées dans des processus de fusion. Et elles sont de plus en plus nombreuses à l'envisager et à franchir le pas, avec la volonté d'attirer les étudiants étrangers, d'apparaître dans les grands classements et de se positionner au sein des Comue, les Communautés d'universités et d'établissements.

Télécom Bretagne et les Mines de Nantes fusionneront ainsi officiellement le 1er janvier 2017, et prendront le nom d'IMT Atlantique avec un cursus ingénieur unique qui débutera à la rentrée 2018. "La future école regroupera 2.300 étudiants. Nous disposerons ainsi d'un positionnement fort à l'international et pourrons apparaître dans les classements comme celui du Times Higher Education, afin d'être de plus en plus visible", déclare Paul Friedel, actuel directeur de Télécom Bretagne et futur directeur d'IMT Atlantique.

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Les fusions, des opportunités pour les diplômés

Deux autres fusions se dessinent au sein de l'Institut Mines-Télécom, avec Télécom Lille et les Mines de Douai, qui deviendront bientôt IMT Lille-Douai, mais aussi Télécom SudParis et Télécom ParisTech, en pleine étude de faisabilité pour ne faire plus qu'un en 2019, année programmée du déménagement sur le plateau de Saclay (91) de Télécom ParisTech. L'objectif est, d'après Yves Poilane, directeur de cette dernière, de devenir "la grande école du numérique de Saclay".

Le processus est aussi lancé dans d'autres établissements, à des étapes différentes. Il est avancé pour deux établissements de Limoges : l'ENSCI et l'ENSIL, qui rejoindront l'université de Limoges au 1er janvier 2017. De leur côté, CPE Lyon et les Mines de Saint-Étienne en sont encore au stade de la discussion. Autre fusion prévue dans le nord de l'Hexagone : Centrale Lille, l'ENSAIT et Chimie Lille, qui travaillent actuellement sur leur futur statut.

En revanche, pour LaSalle Beauvais et l'ESITPA, l'affaire est tranchée depuis le 1er janvier 2016 : l'école unique se nomme désormais UniLaSalle et rassemble 2.500 élèves et 14 formations sur ses deux campus, à Beauvais et Rouen. Pour les étudiants aussi, ces fusions sont une opportunité : plus de synergies entre les départements et les disciplines, plus d'accords internationaux, mais aussi un réseau d'anciens plus étendu. De quoi favoriser à la fois les élèves ingénieurs et les diplômés.

Des frais de scolarité à la hausse pour plus de ressources

La question des droits d'inscription, elle aussi, agite les écoles, notamment celles sous statut public. Là où les établissements dépendant du ministère de l'Éducation nationale ne demandent encore que 610 € par an à leurs étudiants, les écoles sous la tutelle de ministères "techniques" (de l'Économie, de l'Écologie, de la Défense ou de la Mer) ont plus de facilité à augmenter leurs tarifs. C'est le cas de l'ENSTA ParisTech, de trois établissements Télécom (ParisTech, Bretagne, SudParis), de six Écoles des mines (ParisTech, Albi, Alès, Douai, Nantes et Saint-Étienne), ou encore d'ISAE Supaéro, qui ont toutes augmenté leurs droits d'inscription de 300 € à la rentrée 2016, passant de 1.850 € à 2.150 €.

L'ENSAE ParisTech est un autre exemple parlant. Depuis la rentrée, les étudiants paient 1.850 € par an, contre 811 € auparavant. "Cette hausse est nécessaire pour augmenter nos ressources propres, dans un contexte de déménagement sur le plateau de Saclay à la rentrée 2017. Nous doublons notre surface et pourrons ainsi proposer à nos étudiants davantage de salles de cours, de recherche, mais aussi de véritables lieux de vie", déclare Julien Pouget, directeur de l'établissement. L'école compte actuellement 450 étudiants, elle en vise 750 dans ce nouveau bâtiment, qui accueillera aussi les chercheurs du département d'économie de l'École polytechnique.

Une insertion professionnelle toujours au beau fixe

Même si les coûts de scolarité augmentent, investir dans des études d'ingénieurs permet une certaine sérénité quant à son insertion professionnelle, de plus en plus aisée pour les jeunes diplômés. Selon l'enquête insertion 2016 de la CGE (Conférence des grandes écoles), le taux d'emploi des diplômés 2015 à six mois est de 83 %, contre 80 % l'année précédente. Et ces bons scores se confirment quelques années après : 96 % de la promotion 2013 sont en emploi. Et neuf sur dix sont cadres et en CDI (contrat à durée indéterminée).

Côté rémunérations, les chiffres sont également encourageants pour les futurs ingénieurs : 33.300 € brut par an pour un premier emploi selon la CGE. Plusieurs secteurs tirent leur épingle du jeu, avec des rémunérations supérieures : l'assurance, la communication, l'énergie, les technologies de l'information et la finance. Parmi les écoles revendiquant des salaires élevés à la sortie, on compte l'École polytechnique, avec 44.000 € de salaire brut médian, CentraleSupélec et l'ENSAE ParisTech (42.000 €), Mines ParisTech et ESPCI (41.000 €).

Un écart de rémunération demeure, néanmoins, entre les hommes et les femmes : les jeunes ingénieurs gagnent en moyenne 33.700 €, contre 32.000 € pour les ingénieures, soit 6 % de différence. Pauline, diplômée de l'IPSA en 2015 et actuellement ingénieure intégration, validation, vérification, qualification pour les systèmes terrestres armés chez Thalès, ne l'a cependant pas vraiment ressenti. "J'ai bien négocié lors de mon embauche, en mettant en avant mes stages en lien avec l'armée, et je ne suis pas moins payée que les hommes", raconte-t-elle.

En revanche, Pauline met en avant une autre inégalité de rémunération, liée à l'école. "Je n'ai pas pu négocier davantage, car la RH disposait d'une grille de salaires en fonction des écoles : la mienne ne me permettait pas d'obtenir plus. Un collègue embauché au même moment, diplômé d'une école plus cotée, est payé 2.000  € de plus. Je trouve que les compétences et l'expérience devraient primer sur le diplôme", estime l'ingénieure.

Centrale Nantes dispose de six laboratoires de recherche, dont ce bassin de houle. // © Thomas Louapre/Divergence pour l'Etudiant

15 % des étudiants sont étrangers

L'ouverture à l'international prend également une place croissante dans la stratégie des écoles d'ingénieurs. D'après les chiffres du ministère de l'Éducation nationale, les étudiants étrangers représentent environ 15 % des effectifs des cycles ingénieurs.

Certains établissements se sont engagés dans cette voie, à l'instar de l'École des Ponts ParisTech ou de l'ESIGELEC, dont le cycle ingénieur est composé de plus d'un tiers d'étudiants non français.

De même, les élèves français sont de plus en plus nombreux à partir le temps d'un stage ou d'un séjour académique à l'étranger. Ils étaient ainsi 26 000 en 2013-2014, selon la CGE (+ 10 % par rapport à 2012). Pour encourager leurs étudiants à découvrir un autre pays, certains établissements rendent les séjours à l'international obligatoires. C'est le cas de l'EEIGM, à Nancy, dont les diplômés doivent avoir passé quatorze mois hors de France.

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Des recrutements de plus en plus diversifiés

Autre axe essentiel pour les écoles d'ingénieurs : diversifier les portes d'entrée et ainsi les profils d'étudiants. La voie classique de passage par une CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles) – concours en fin de seconde année de cursus – n'est pas l'unique voie. Elle représente, selon la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs), environ 40 % des nouveaux inscrits en 2014-2015. Les titulaires d'un BTS (brevet de technicien supérieur) ou d'un DUT (diplôme universitaire de technologie), quant à eux, pèsent 13 %, tandis que les diplômés d'une licence de deuxième ou troisième année, ou d'un master première année représentent 5 % des admis.

Certaines écoles, telles l'ISAE Supaéro ou l'École des ponts ParisTech, ne recrutent que les élèves issus de classes préparatoires. D'autres se sont spécialisées dans l'accueil de BTS et de DUT, comme l'EI.CESI, l'UTBM ou l'INSA Strasbourg.

Quant à l'ENSIBS, à Lorient, 83 % des élèves ingénieurs ont été recrutés par admissions parallèles. Le cursus de Pierre est un bon exemple de cette tendance. Après un DUT hygiène sécurité environnement à l'IUT de Lorient, il a intégré cette école, en génie industriel et management des risques, dont il vient d'être diplômé. "Sur les matières techniques, comme les maths ou la mécanique, j'ai dû beaucoup travailler, notamment en première année, pour rattraper le niveau de mes camarades issus de CPGE. En revanche, j'étais avantagé sur les projets et les stages, grâce à mon cursus professionnalisant", explique-t-il.

La classe préparatoire intégrée est également un cursus qui a le vent en poupe. Première option : une classe au sein de l'école, comme à l'ESILV. Seconde option : des classes liées à des groupements d'écoles, à l'instar des CPI (classes préparatoires intégrées) de la Fédération Gay-Lussac, qui permettent d'entrer dans 20 écoles de chimie et de génie chimique, ou de celles des INP, qui offrent la possibilité d'entrer dans n'importe quelle école du groupe INP.

L'école Oniris, à Nantes, accueille 69 % d'étudiantes parmi ses élèves. // © Martial RUAUD/ Andia pour l'Etudiant

L'engouement pour les ingénieurs-managers

Dans cette volonté de diversifier les profils des élèves, une autre formation se développe : celle d'ingénieur-manager. 34 % des ingénieurs ont un deuxième diplôme de niveau master ou supérieur, d'après l'association IESF (Ingénieurs et scientifiques de France). Plus de la moitié des écoles d'ingénieurs proposent désormais ce type de cursus : Centrale Lyon et l'EM Lyon, l'ISEN Brest et Brest Business School, l'ECE et l'ESCE, les Mines d'Alès et Kedge Business School...

C'est aussi le cas de Centrale Lille, qui propose deux formations d'ingénieur-manager : un MSc en partenariat avec l'EDHEC (grande école de commerce), permettant aux élèves ingénieurs d'obtenir un double diplôme ; et un cursus ingénieur de cinq ans, nommé ITEEM, pensé avec Skema Business School.

"La demande des entreprises pour ces profils est forte, nous proposons un mélange des deux cultures, une nouvelle façon de réfléchir et d'entreprendre. L'insertion professionnelle est excellente", détaille Emmanuel Duflos, directeur de Centrale Lille. Tout comme les rémunérations : d'après l'IESF, le salaire annuel médian d'un ingénieur-manager, tous âges confondus, est de 75.000 €, contre 55.200 € pour un ingénieur. De quoi tenter bien des candidats.

Bientôt un Bachelor d'assistant ingénieur

Pour répondre à une forte demande des entreprises, une nouvelle formation pourrait apparaître : un Bachelor technologique, décernant le titre d'"assistant ingénieur", d'une durée de trois ans. C'est le souhait de la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs). Ce cursus permettrait aux étudiants qui ne souhaitent pas poursuivre jusqu'au bac+5 de s'insérer professionnellement et d'occuper des postes jusqu'alors confiés à des ingénieurs souvent surqualifiés, faute de profils adéquats.

Arts et Métiers propose, depuis 2014, une formation qui va dans ce sens, mais qui reste très spécialisée et réservée aux bacheliers STI2D (sciences et technologies de l'industrie et du développement durable). Étudiante mexicaine en troisième année sur le campus de Bordeaux, Maria souhaite néanmoins poursuivre ses études. "Je voulais un diplôme en trois ans, avec de la pratique et un bon encadrement. Mais je veux désormais aller jusqu'au doctorat pour devenir chercheuse en bionique", explique-t-elle. Selon l'école, sur cette première promotion, "une majorité d'élèves souhaite poursuivre leurs études en formation d'ingénieur".

Une autre école se prépare à se lancer : l'École polytechnique, à la rentrée 2017. Le public visé est différent : l'école souhaite attirer des étudiants étrangers et les encourager "à poursuivre leurs études jusqu'au doctorat".

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