1. Palmarès des écoles d'ingénieurs 2018 : leurs nouveaux défis
Palmarès des écoles d'ingénieurs 2018 : leurs nouveaux défis
Laura Makary
Publié le 05.12.2017

À Génie industriel, école du groupe INP, située à Grenoble, les frais de scolarité sont fixés à 615 € par an. // © Alexis Chézière / Grenoble INP

Face aux évolutions technologiques et numériques, dans un contexte de plus en plus mondialisé, les écoles d'ingénieurs doivent s'adapter pour former leurs élèves à ces nouveaux enjeux. Mais, surtout, leur permettre de s'insérer sur un marché du travail exigeant.

Palmares-des-ecoles-de-commerce-postbac-en-4-ou-5-ansDécouvrez tous les résultats de notre palmarès des écoles d'ingénieurs 2018

L'ouverture à de nouveaux publics : c'est le tout nouveau critère que l'Etudiant a décidé de mettre en avant dans son palmarès cette année. Il s'agit de donner "un bon point" à toutes les écoles d'ingénieurs tendant la main à de nouveaux profils d'élèves. Plusieurs moyens sont à la disposition des établissements, comme celui de favoriser la présence d'élèves boursiers en leur sein. Ainsi, 34 % des étudiants en écoles d'ingénieurs, en 2015-2016, reçoivent une bourse sur critères sociaux. En comparaison, en 2010-2011, ils étaient 28 %, soit une belle hausse en seulement cinq ans.

Autre point d'importance : l'apprentissage. Un choix intéressant pour les étudiants, puisque leurs frais de scolarité – y compris dans les écoles privées – sont pris en charge par l'entreprise, dont ils sont salariés. Résultat : en 2004, seules 19 écoles proposaient leur diplôme d'ingénieur par la voie de l'apprentissage, elles sont dorénavant plus de 130 à le faire. Et près de 15 % des ingénieurs diplômés le sont via le statut d'apprenti. Un beau succès pour cette filière, qui permet à tous d'accéder à des études supérieures.

Pour les apprentis, aucune inquiétude sur les augmentations, pourtant généralisées, des frais d'inscription. Pour les autres, qui souhaiteraient intégrer une école publique dépendant du ministère de l'Enseignement supérieur, l'année leur coûtera 615 €. En revanche, pour les établissements publics relevant d'autres ministères, il faudra se renseigner plus en détails sur leurs frais de scolarité : ils sont plus élevés et en hausse depuis quelques années, allant d'environ 1.000 à 3.000 € l'année. Pour une école privée, il faut compter, en moyenne, entre 6.000 et 8.000 € par an.

Lire aussi : 164 écoles d'ingénieurs au banc d'essai

Avec ce nouveau critère, nous avons fait le choix de vous faire découvrir dans notre palmarès les écoles accueillant des boursiers, friandes d'apprentissage et/ou aux frais de scolarité mesurés.

À l'ESB, un quart des élèves ingénieurs ont un bac STI2D

Diversifier leur recrutement, c'est justement l'un des objectifs des écoles d'ingénieurs. Alors que la classe prépa est considérée par le grand public comme la voie royale, elle ne représente pourtant que 40 % du vivier des écoles d'ingénieurs.

La CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles) conserve, néanmoins, de nombreux avantages. "Elle est idéale pour des bacheliers pas forcément sûrs de leur choix et offre une formation de haut niveau. Les élèves s'ouvrent davantage de débouchés et ont accès à toutes les écoles d'ingénieurs. Ils découvrent vraiment les sciences, mais aussi leur propre niveau. Certains, peu ambitieux au départ, intègrent des écoles dont ils n'osaient pas rêver", explique Michèle Henri, professeure au lycée Camille-Guérin à Poitiers (86). La prépa demeure donc un accès de choix. Mais si la CPGE inquiète le bachelier, la classe préparatoire intégrée est un bon moyen d'entrer rapidement dans le bain, avec une vie étudiante et associative. Autre option, qui gagne en force : se tourner vers un DUT (diplôme universitaire de technologie) ou une licence, voire un BTS (brevet de technicien supérieur), puis postuler à une école d'ingénieurs via les admissions parallèles. Ces profils sont complémentaires : les élèves issus des classes prépas seront plus à l'aise dans les matières théoriques, ceux venant de BTS ou de DUT auront moins de difficultés lors des travaux pratiques.

Si les bacheliers S demeurent le principal vivier des écoles d'ingénieurs, ces dernières s'intéressent désormais aux élèves issus des filières technologiques, le bac STI2D en tête. Plusieurs écoles spécialisées sont également attirées par ces profils, comme l'ESB (École supérieure du bois), où un quart des élèves ingénieurs viennent de cette filière. Chloé, étudiante en deuxième année, est dans ce cas : après un bac STI2D et une prépa TSI (technologie et sciences industrielles), elle poursuit ses études à l'ESB. "Le rythme de la prépa était soutenu ; j'y ai appris beaucoup et elle m'a permis d'entrer en école d'ingénieurs ! La première année, les différences de niveau se voient : les ex-prépas sont bons en maths, les anciens BTS en travaux pratiques. Je me suis vite sentie à l'aise et je ne regrette pas du tout mon parcours", raconte Chloé, ravie de ses études.

À 3IL Limoges ou EPITA, moins de 9 % des effectifs sont des filles

En 2016, seuls 28,5 % des ingénieurs diplômés sont des filles. Un chiffre qui peut sembler bas, mais qui n'a cessé de grimper, ces dernières décennies. D'après l'association IESF (Ingénieurs et scientifiques de France), elles n'étaient que 20 % en 1996, 15 % en 1986 et 4 % en 1966.

Derrière cette moyenne, se cachent de fortes disparités. Dans les secteurs de l'agroalimentaire ou de la chimie, les filles sont nombreuses. À l'ENSTBB ou AgroSup Dijon, elles représentent plus de 70 % des effectifs. Résultat : dans la vie professionnelle, 45 % des ingénieurs de l'industrie alimentaire sont des femmes. Elles sont aussi très présentes dans l'agriculture et l'industrie pharmaceutique.

Lire aussi :  Être une fille dans une école "de mecs", c'est comment ?

À l'inverse, les futures ingénieures sont rares dans les secteurs de l'informatique. À 3IL Limoges ou EPITA, moins de 9 % des effectifs sont des filles. Et à l'ISAT, spécialisée dans la mécanique et l'automobile, elles ne sont que 5 %. Parmi elles, Adeline, étudiante passionnée : après un BTS, la jeune femme entre à l'ISAT. Dans sa promotion, 6 filles pour 113 élèves. "En BTS, certains élèves estimaient qu'on ne peut pas avoir des ongles et toucher aux moteurs. Ici, les garçons me traitent avec respect. Mais sans traitement de faveur, je n'en veux pas. Il n'y a aucune différence à faire", tranche-t-elle. Plus tard, elle aimerait travailler dans le sport automobile. La preuve que les filles ont tout autant leur place dans ces secteurs.

L'ENSGSI propose un double diplôme ingénieur-manager

Les transformations des écoles d'ingénieurs ne se révèlent pas qu'au recrutement, loin de là. Les formations évoluent également pour mieux s'adapter aux besoins des entreprises. Le numérique est désormais présent dans toutes les formations d'ingénieurs, quel que soit le secteur. Mais il n'est pas le seul. L'internationalisation, elle aussi, détient une place croissante dans la formation des futurs ingénieurs. Les écoles sont nombreuses à proposer de nouvelles langues vivantes et à les rendre obligatoires. À l'EEIGM ou aux Mines Nancy, il n'y a plus de langues facultatives. Tous les étudiants doivent prendre une LV1 et une LV2. Et dans les écoles Centrales, le score élevé de 850 au test du TOEIC conditionne l'obtention du diplôme.

L'EI.CESI, présente sur 23 sites en France, accueille majoritairement des étudiants de BTS et de DUT : 85 % de ses élèves ingénieurs sont en apprentissage. // © CESI

Autre tendance : la présence de matières non scientifiques, qui représentent souvent un tiers des cours. Et nombreuses sont les écoles d'ingénieurs proposant un double diplôme avec un établissement non scientifique, notamment celui d'ingénieur-manager. L'étudiant suit alors un double cursus, grâce à un partenariat avec une école de commerce, et reçoit, à l'issue de quatre années d'études dans les deux établissements, le diplôme d'ingénieur et celui du programme grande école de la business school partenaire.

C'est le cas de l'ENSGSI Nancy (École nationale supérieure en génie des systèmes et de l'innovation), qui propose un double diplôme avec l'ICN, une école de commerce voisine. "Ce double diplôme valorise les deux compétences. Pour les entreprises, c'est un plus : l'insertion professionnelle est immédiate, avec des salaires avoisinant les 50.000 € annuels contre 35.000 € en moyenne", détaille Valérie Rault, enseignant-chercheur de l'école.

Des fusions d'écoles pour gagner en visibilité

Autre tendance dans les écoles d'ingénieurs : les fusions et regroupements. L'objectif est de gagner en taille et en visibilité, en France ou à l'international. Plusieurs fusions se sont achevées tout récemment : CentraleSupélec (Centrale Paris et Supélec), l'ENSIL-ENSCI à Limoges, IMT Atlantique (Mines Nantes et Télécom Bretagne), ou encore IMT Lille-Douai (Mines Douai et Télécom Lille), pour n'en citer que quelques-unes.

Lire aussi : Les meilleures écoles d'ingénieurs dans 11 domaines

De nouveaux projets sont en cours, telle la fusion de l'EFREI et l'ESIGETEL, devenant l'EFREI Paris. "Les deux années de prépa intégrée, puis la première année de cycle ingénieur, seront communes à tous les élèves, qui se spécialiseront ensuite, sur les deux années de master. Ils auront le choix entre 12 majeures, qui reprendront les thématiques des deux écoles", détaille Philippe Volle, directeur de l'enseignement de la nouvelle école, située aux portes de Paris, à Villefuif [94].

Autre regroupement, celui de trois écoles lilloises, HEI, ISA et ISEN Lille, désormais gérées par une seule association, Yncréa Hauts-de-France. Explications de Jean-Marc Idoux, directeur général de la structure. "Nous conservons les marques et spécificités des trois établissements. Pour les étudiants, ce rapprochement démultiplie les parcours et privilégie chaque projet", souligne-t-il.

Les élèves ingénieurs sont de plus en plus initiés à l'entrepreneuriat

À l'issue du cycle ingénieur, les nouveaux diplômés ont plusieurs choix : poursuivre leurs études, trouver un emploi ou créer leur entreprise. Et ce dernier attire. La preuve en chiffres, d'après la Conférence des grandes écoles, 2,3 % des ingénieurs diplômés, en 2016, ont créé leur société. Lors de la même enquête en 2013, ils n'étaient que 0,6 %. À noter que tout dépend du secteur : il est plus aisé de se lancer en informatique qu'en chimie ou dans le bâtiment, où de forts investissements sont nécessaires d'entrée de jeu.

ISEN Lille, HEI et ISA sont en cours de regroupement. // © ISEN

Les écoles ont flairé cette inclination des élèves et agissent en conséquence, développant incubateurs et accélérateurs, afin d'aider étudiants et diplômés à se lancer dans de bonnes conditions. Les élèves ingénieurs sont de plus en plus initiés à l'entrepreneuriat dès le début de leur cursus dans la plupart des écoles. Comme l'ESTIA, dans le Pays basque : le taux de création d'entreprise à la suite du diplôme y est de 5 %, un score élevé. "Nous disposons d'un incubateur et de trois pépinières. Surtout, nous sensibilisons les étudiants dès la première année, avec des modules et des ateliers thématiques", déclare Hélène Marty, responsable du service entrepreneuriat de l'ESTIA. Et, selon elle, cette tendance devrait se confirmer. "L'intérêt pour l'entrepreneuriat va continuer à croître. Aujourd'hui, la concrétisation reste faible. Nous plantons des graines, qui ne germent pas forcément tout de suite", s'enthousiasme Hélène Marty. Les jeunes ingénieurs n'ont donc pas fini d'innover.

Un taux de chômage de seulement 3 % pour les jeunes ingénieurs

Quelles que soient les évolutions des écoles d'ingénieurs, elles gardent un avantage : une insertion professionnelle record. Pas de chômage pour les jeunes ingénieurs, trois ans après leur diplôme, ils ne sont que 3 % à la recherche d'un emploi. Rares sont donc les élèves peinant à trouver un emploi. C'est l'expérience de Julie, fraîchement diplômée de l'INSA Rouen. Après un stage dans une grande société de consulting, qui ne lui convient pas, elle part à la recherche d'un emploi. "Il ne m'a fallu que deux semaines avant de trouver le travail dont je rêvais, dans une petite entreprise suisse. Et encore, j'ai dit non à plusieurs propositions d'emploi. Aujourd'hui, j'ai des tâches très diverses, ce qui me plaît beaucoup", lance l'ingénieure.

Pour la rémunération, tout dépend du secteur. La moyenne est, cependant, honorable pour les jeunes ingénieurs : 33.500 € brut annuels. Mais les salaires s'élèvent à 40.000 € annuels dans les activités financières et les assurances, par exemple. Mais quels que soient l'école ou le secteur, une chose est sûre : les jeunes ingénieurs sont toujours plus recherchés par les entreprises. De quoi donner envie aux derniers hésitants.

Les écoles d’ingénieurs, passeport pour l’international

Pour les jeunes scientifiques rêvant de partir vivre à l’étranger, pas de doute, l’école d’ingénieurs est un parfait passeport pour l’international. Les établissements ont bien flairé l’attirance de leurs étudiants en la matière et proposent des dispositifs toujours plus nombreux et renforcés dans ce sens.

Désormais, rares sont les écoles où vous n’êtes pas obligé de partir au moins un semestre dans un autre pays, que ce soit pour un échange académique ou un stage à l’étranger. L’exigence en langues ne cesse de grimper : LV1 et LV2 souvent obligatoires, LV3 facultative, tests d’anglais (tel le TOIEC, Test of English for International Communication), demandés, cours scientifiques en anglais, les futurs ingénieurs sont attendus au tournant.

Certains établissements poussent leurs élèves à enchaîner les expériences à l’étranger, voire à réaliser un double diplôme avec une université partenaire. Résultat qui saura en séduire plus d’un : 11 % des jeunes ingénieurs partent travailler à l’étranger après leur diplôme. Et le tout avec des salaires souvent élevés : 48.000 € brut annuels contre 40.000 € en Île-de-France, pour les ingénieurs diplômés en 2016.