1. Palmarès des grandes écoles de commerce 2018 : les ESC dans le grand bain de l'innovation 
Palmarès des grandes écoles de commerce 2018 : les ESC dans le grand bain de l'innovation 
Cécile Peltier
Publié le 06.11.2017

De gauche à droite, de haut en bas : © Barbara Grossmann/IESEG, Jean-Marc Biais/HEC Paris, EM Lyon, ESSEC.De gauche à droite, de haut en bas : l'ESEG, HEC Paris, l'EM Lyon et l'ESSEC. // © Barbara Grossmann/IESEG / Jean-Marc Biais/HEC Paris / EM Lyon / ESSEC.

Face à un marché très concurrentiel, les écoles de management doivent sans cesse innover. Elles offrent à leurs étudiants des parcours quasi sur mesure, en prise directe avec les évolutions de l'entreprise. Un dépaysement garanti.

Palmares-des-ecoles-de-commerce-postbac-en-4-ou-5-ansDécouvrez tous les résultats de notre palmarès des grandes écoles de commerce 2018

Vastes locaux stylés et hyperconnectés, étudiants par milliers venus du monde entier, pédagogie tournée vers l'action... Quelle que soit votre formation antérieure, votre entrée dans une école de commerce risque de vous provoquer un petit choc. Et le passage dans une autre dimension. D'abord, en matière d'espace-temps. Fini, comme en prépa, en DUT (diplôme universitaire de technologie) ou au lycée, la classe d'une cinquantaine d'élèves où tout le monde suit les mêmes cours en même temps.

50 % d'alternants à Montpellier Business School

En école de management, les promotions comptent plusieurs centaines d'étudiants venus de tous les horizons, qui suivent des parcours quasi sur mesure composés parmi un large choix d'options. 

En quête de la fameuse "taille critique", qui leur permettrait de survivre sur un marché où règne une concurrence féroce, les écoles n'ont pas cessé de grossir. Le vivier d'élèves issus de classes préparatoires n'augmentant pas ou peu, elles ont ouvert leurs portes via des admissions sur titre à d'autres profils issus de BTS, de DUT ou de licence. Un mélange qui, conjugué au développement de l'alternance, permet d'introduire une relative diversité sociale dans ces établissements (25 % de boursiers du CROUS [centre régional des œuvres universitaires et scolaires] en moyenne, selon la Conférence des grandes écoles) encore souvent considérés comme des établissements de "fils à papa".

C'est aussi la promesse d'une ouverture culturelle indispensable dans un monde où le travail se conçoit de plus en plus en "mode projet", avec une organisation moins hiérarchique et plus décloisonnée. "La performance en entreprise dépend fondamentalement de la diversité qui est une source centrale de l'innovation", assure Didier Jourdan, directeur général de MBS (Montpellier Business School), qui revendique presque 50 % d'alternants et 33 % de boursiers.

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Des heures de théâtre ou de chant à l'ESCE

Les managers ne peuvent plus s'en tenir à la maîtrise des fondamentaux du management et de la gestion. "Dans un monde où les métiers changent énormément, les entreprises ont de plus en plus besoin de managers dotés d'une vision globale", assure Alice Dufour, directrice de la communication de la Business School du groupe ESC Troyes.

À côté des matières classiques type comptabilité, finance, marketing..., la scolarité comprend des enseignements d'histoire, d'histoire de l'art ou de géopolitique et des activités favorisant le développement des compétences comportementales, appelées "soft skills". À l'ESCE, outre les nombreuses conférences, les étudiants ont droit à plusieurs heures de théâtre ou de chant par semaine. "C'est ce socle qui permet de se forger une culture générale et un esprit critique", estime le directeur, Jean Audouard. Dans ce monde digitalisé, les managers ne peuvent plus non plus ignorer les bases du codage, les enjeux du big data ou de l'intelligence artificielle, qui font l'objet de cours ou d'ateliers.

Car, à tous les étages, l'heure est à l'hybridation des compétences. Les écoles qui proposent depuis des années des doubles diplômes, manager ingénieur, manager juriste, ou manager designer, favorisent de plus en plus les rencontres entre les profils pendant le cursus. ICN en a fait l'une de ses spécialités dans le cadre de l'Alliance Artem. Depuis six mois, ses étudiants partagent le même campus que leurs camarades des Mines de Nancy et de l'ENSAD (ou les Arts-Déco). Habitués à travailler ensemble sur des projets, ils vont encore gagner en proximité.

48 nationalités différentes à Skema

Sur les campus, la diversité n'est pas qu'académique, elle est aussi culturelle. En quête de relais de croissance et d'ouverture, les Business Schools accueillent de plus en plus d'étudiants étrangers : ils représentent plus d'un élève sur deux à l'ESCP Europe, où se côtoient pas moins de 30 nationalités et 38 % des effectifs à Skema qui réunit 48 nationalités différentes. Séminaire d'intégration comme BSB, où alternent cours d'improvisation, de krav maga [méthode d'autodéfense] ou des tests de personnalité, et partout de nombreux travaux de groupe... Les occasions de se mélanger et d'échanger ne manquent pas.

Rennes Business SchoolAvec plus de 36 nationalités représentées dans son corps professoral, Rennes School of Business est une des écoles les plus internationalisées. // © Rennes Business School

Au fur et à mesure que les établissements ont investi dans la recherche pour satisfaire aux standards internationaux, le pourcentage d'enseignants-chercheurs étrangers a également progressé. À l'IESEG, 71 % des professeurs ont obtenu leur Ph.D à l'étranger, ils sont 58 % à HEC et 53 % à RSB (Rennes School of Business), conçue dès l'origine dans une perspective internationale. Dès la première année, presque tous les cours sont dispensés dans la langue de Shakespeare. "L'année dernière, je n'avais que des professeurs étrangers : américains, brésiliens, bulgares... Chacun d'entre eux ont une approche pédagogique un peu différente. C'est intéressant. Les Américains, par exemple, demandent moins d'apprendre de par-cœur et davantage de réflexion. Les cours sont aussi plus interactifs", témoigne Alexis, 23 ans, en troisième année au sein de l'école bretonne.

L'expatriation, un must

Cette "internationalisation à la maison" n'est qu'un prélude à l'expatriation, incontournable. Les écoles ont signé des dizaines d'accords avec des universités étrangères, où leurs élèves viennent s'immerger un ou deux semestres. Une expérience fondatrice, à l'instar du semestre passé par Pauline, diplômée de La Rochelle Business School, au Bimtech (Birla Institute of Management and Technology), à New Delhi, en Inde : "Ce sont quatre mois qui m'ont marquée à vie. J'ai été frappée par les contrastes entre le nord et le sud de l'Inde, mais surtout par les codes culturels et les réalités économiques, à des lieues de ceux de la France."

Les plus mordus peuvent opter pour un double diplôme. La tendance est aux cursus intégrés. HEC vient de lancer un portefeuille d'accords avec les meilleures institutions de la planète (FGV Escola de Administração de Empresas de São Paulo, Hong Kong University of Science and Technology Business School, Sauder School of Business University of British Columbia et Yale School of Management aux États-Unis). Passeport assuré vers une carrière internationale !

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Les business schools hexagonales, qui se présentent comme des institutions globales, ont aussi ouvert des campus à l'étranger. De TBS (Toulouse, Barcelone), à l'ESSEC (Cergy, Singapour et Rabat) en passant par ESCP Europe (Paris, Berlin, Londres, Madrid et Turin), les étudiants circulent d'un campus à l'autre où ils suivent leurs cours, tout en s'initiant à la culture et aux enjeux économiques de la zone. Pour accompagner les étudiants dans leurs déplacements, les écoles ont investi des millions d'euros dans des plates-formes et des outils de visioconférence. À Skema, tous les ans, la rentrée a lieu en simultané sur les six campus et tout au long de l'année des centaines d'étudiants peuvent suivre le même cours ou participer au même groupe de travail en même temps.

Une pédagogie en classe inversée

Pour capter l'attention des étudiants, biberonnés aux réseaux sociaux, les écoles ont fait évoluer leur pédagogie. Exit l'amphi et le Powerpoint un peu soporifique, et bienvenue dans le règne de l'interactivité. Dans la "classe inversée", les élèves préparent le cours en amont grâce à des textes ou des supports disponibles sur des plates-formes en ligne, en interaction avec l'enseignant, explique la directrice du programme grande école de TBS, Isabelle Assassi, qui vient de s'équiper d'une sorte de "Facebook éducatif". L'heure de cours est dédiée au débat et à l'approfondissement de notions, tandis que des outils permettent au professeur d'organiser des quizz, des mini-sondages auprès des étudiants et d'individualiser son enseignement.

Acteur de votre formation, vous serez de plus en plus invités à coproduire des pans du cours, comme dans le cadre de l'Imagination Week de l'ESSEC, ou de proposer des innovations pédagogiques.

Réalité augmentée immersive à Neoma

Plus ludique, et plus engageant, le cours est conçu comme une expérience, qui permet une mise en pratique directe. Après les business games et les challenges, la période est aux cours délocalisés en entreprise ainsi qu'à la "réalité augmentée immersive", comme à Neoma. Grâce à une application mobile insérée dans un casque de réalité virtuelle, les élèves pourront visiter et analyser, de manière active, le fonctionnement d'un drive du groupe Leclerc. La logistique est une matière difficile à enseigner ; cette plongée devrait la rendre plus parlante...

À GEM, le nouveau "shop connecté" – un magasin de vêtements de ski reconstitué – permet aux étudiants de vivre l'expérience client de demain. En entrant, ils sont scannés par un logiciel de reconnaissance faciale qui va définir leur profil morphologique. Selon ces caractéristiques et des paramètres sensoriels (chaleur, son), le logiciel va être capable d'anticiper leur comportement d'acheteur, tandis qu'il pourra grâce à un casque 3D tester son blouson ou sa combinaison dans les conditions réelles d'une piste de ski. "Une petite heure suffit pour tout comprendre aux systèmes d'informations, aux comportements d'achat", estime Jean-François Fiorina, directeur adjoint de GEM. Mais aussi d'avoir "une réflexion sur l'éthique".

À l'ISC Paris, missions humanitaires au Bénin ou à Madagascar

Soucieuses de leur impact sur la société, les écoles de management accordent de plus en plus d'importance aux questions d'éthique ou de développement durable. "Nous ne sommes plus sur le modèle du management arrogant des années 1980. On apprend aujourd'hui à manager intelligemment, dans le respect de l'autre", assure Alice Dufour, de l'ESC Troyes.

La vie associative est riche à Toulouse Business School. Dans le programme grande école, une vingtaine d'associations ont investi les locaux. // © Manuel Huynh/ Toulouse Business School

MBS, déjà titulaire du label diversité, est le premier établissement d'enseignement supérieur à décrocher le label égalité hommes-femmes, notamment dans le recrutement des étudiants. Des questions centrales pour les futurs managers, en quête de sens. À l'ISC Paris, des dizaines d'étudiants participent chaque année dans le cadre des "entreprises étudiantes" à des missions humanitaires au Bénin ou à Madagascar.

À chacun sa trajectoire

"Dans un monde où les entreprises ne proposent plus de trajectoire de long terme, les jeunes, en quête d'autonomie, préfèrent construire leurs propres perspectives", analyse Stéphan Bourcieu, directeur général de BSB. Si les écoles continuent de former des auditeurs pour les "big four" ou des chefs de produit pour l'agroalimentaire, un nombre croissant de diplômés briguent des postes dans le digital, le big data, dans l'associatif ou même au sein d'ONG (organisations non gouvernementales).

Marianne, 23 ans, à la sortie d'ESCP Europe, a décroché un poste en RH dans une start-up en croissance : "Au cours de mes stages dans des multinationales, j'ai été surprise par la rigidité, le temps de la prise de décision et j'ai voulu voir s'il y avait plus de marges de manœuvre dans les start-up", explique-telle. "Les étudiants envisagent leur carrière comme une suite d'aventures. L'école de commerce leur offre cette confiance en soi et cette polyvalence qui leur permettra, par exemple, d'intégrer rapidement un grand groupe, puis de s'arrêter un an pour faire le tour du monde, avant de décider de créer son entreprise", observe Delphine Manceau, toute nouvelle directrice générale de Neoma.

L'EDHEC et HEC tissent des partenariats avec des maxi-incubateurs

La digitalisation permet de créer son entreprise sans un gros investissement de départ, et un nombre croissant d'étudiants n'hésitent plus à se lancer. Entré dans les écoles au début des années 2000, l'enseignement à l'entrepreneuriat est pensé pour stimuler la créativité via des bootcamps, des hackathons et des concours de pitches.

Les start-up, les plus prometteuses, sont maturées dans des incubateurs maison. Livia, 24 ans, fait grandir son projet de réseau social pour les porteurs de maladies rares, dans la business nursery de Kedge BS, dont les diplômés des trois dernières années ont créé plus d'une cinquantaine d'entreprises. Elle bénéficie d'une place dans un espace de coworking, d'ateliers thématiques et d'un coaching individuel. "Travailler chez soi n'est pas facile, c'est aussi une ambiance d'échanges qui permet de se motiver", détaille la jeune diplômée.

À l'instar de l'EDHEC ou HEC qui ont intégré la Station F, les business schools élargissent leur réseau, en tissant des partenariats avec des maxi-incubateurs, en France ou à l'étranger. Objectif : suivre leurs élèves et leurs diplômés qui veulent pouvoir créer où ils le souhaitent. Le virus start-up n'est pas prêt de se calmer : qu'il fonctionne ou non, un projet entrepreneurial est valorisé sur un CV par les grands groupes et les organisations, en quête "d'intrapreneurs".

Les frais de scolarité continuent de grimper

Professeurs stars, bâtiments ultra-modernes, équipements numériques haut de gamme... Se moderniser et s'internationaliser coûte très cher et face à la chute de leurs ressources publiques (taxe d'apprentissage, dotations des chambres de commerce et d'industrie), la plupart des écoles n'ont guère eu d'autre choix que de revoir leurs tarifs à la hausse.

En 2017-2018, une année dans l'une des 38 écoles "masterisées" de notre classement coûtera en moyenne 10.500 € (entre 6.350 et 14.800 €). C'est 3 % de plus qu'il y a un an, et 6,5 % de plus qu'il y a deux ans.

Les écoles de commerce postbac pratiquent des frais de scolarité un peu plus doux (9.255 € en moyenne par an), que les écoles postprépa, mais au final sur la durée – cinq années au lieu de trois –, la facture est plus élevée.

Pour compenser, la plupart des établissements ont mis en place des systèmes de bourses au mérite et/ou sur critères sociaux, plus ou moins généreux qui viennent s'ajouter aux aides versées par le CROUS. Exigeante, l'alternance (apprentissage ou contrat de professionnalisation) est aussi une bonne option : les frais de scolarité sont pris en charge par votre employeur, qui vous verse également un pourcentage du SMIC. De quoi éviter de grever son budget avec un prêt à rembourser dès la sortie de l'école.

Si vous voulez comparer avec le palmarès 2017
- Palmarès général 2017 des grandes écoles de commerce

Si vous voulez comparer avec le palmarès 2016
- Palmarès 2016 des grandes écoles de commerce, selon le critère de l'excellence académique
- Palmarès 2016 des grandes écoles de commerce, selon le critère de l'excellence internationale
- Palmarès 2016 des grandes écoles de commerce, selon le critère de la proximité avec les entreprises