DOSSIER : BÂTIR LA BONNE STRATÉGIE D’ORIENTATION POUR VOTRE ENFANT
Réussir sa stratégie d’orientation est d’autant plus complexe que, à l’exception de certaines filières conduisant précisément à un métier (médecine, architecture, écoles vétérinaires...), le lien emploi-formation n’est pas toujours évident.
Jusqu’ou poursuivre ses études ?
La course au diplôme n’est pas forcément payante. La preuve la plus éclatante est celle des doctorants (minimum bac +8) qui peinent à trouver du travail (particulièrement dans certaines disciplines comme la chimie ou les lettres et sciences humaines) alors que les diplômés à bac +2/3 sont courtisés par les employeurs avant même leur sortie d’école.
Plusieurs chercheurs spécialisés dans l’éducation ont tenté d’analyser ce décalage. C’est ainsi que la sociologue Marie Durut-Bellat explique dans son ouvrage l’Inflation scolaire (paru aux éditions du Seuil) que "la valeur du diplôme sur le marché de l’emploi est déterminée par les employeurs, pas par le système éducatif".
D’autre part, la mise en place du système LMD (licence, master, doctorat) au début des années 2000, a renforcé ou accompagné cette tendance à l’allongement. Ce nouveau schéma d’études propose 3 principaux paliers, à bac +3, bac +5 et bac +8, communs à tous les pays partenaires de la zone Europe.
Résultat : là où l’on s’arrêtait traditionnellement à bac +2, on poursuit au minimum d’une année, et ainsi de suite. Et la démocratisation des études entraîne des effets d’emballement. Par exemple, les candidats aux concours de la fonction publique recrutant à bac +3 sont de plus en plus nombreux à attendre de décrocher le niveau master (bac +5) avant de se présenter. Pour les candidats aux concours de l’enseignement, le niveau de recrutement s’est également élevé, passant de bac +3 à bac +5 (sur la réforme des concours de l’enseignement). Ce grade de master semble devenir la norme dans bien des secteurs : ingénieurs, commerce, sciences politiques, psychologie, etc.
Des besoins à bac +2/3
Autrefois conçus comme des diplômes destinés à intégrer rapidement le marché de l’emploi, les BTS (brevets de technicien supérieur), et surtout les DUT (diplômes universitaires de technologie), sont de plus en plus utilisés comme des premiers cycles à risques limités. Aujourd’hui, la grande majorité des diplômés de DUT continuent leurs études (pour 70 % d’entre eux) en licence professionnelle, voire en école d’ingénieurs ou école de commerce.
Quant à ceux qui souhaitent travailler rapidement, il existe plusieurs diplômes à bac +2 activement recherchés par les entreprises. C’est le cas notamment des BTS du secteur du BTP (bâtiment et travaux publics), de la banque, de l’hôtellerie-restauration, ou celui qui prépare au métier d’opticien-lunetier, qui affiche quasiment 100 % d’insertion ("Après un BTS-DUT : études ou emploi ?"). Le succès des licences professionnelles sur le marché de l’emploi rappelle que de réels besoins de main d’œuvre existent pour ceux qui ne souhaitent pas trop prolonger leurs études.
Progresser par étapes
Progresser par étapes peut constituer une solution pour les jeunes les plus indécis quant à leur projet d’orientation. Il est important de rappeler que celui-ci est un processus évolutif qui peut comporter des échecs ou des périodes de doute et qu’il importe de relativiser. Dans une étude sur les jeunes inscrits en année de maîtrise (bac +4) en 2002 et observés jusqu’au bac +5, on constate que la majorité d’entre eux ont redoublé durant leur scolarité, ou suivi d’autres formations que celles proposées par la fac, voire temporairement interrompu leurs études. De fait, seuls 42 % ont décroché leur bac quatre ans plus tôt, ce qui correspond au délai prévu pour accomplir son cursus à la fac sans accident de parcours.
De même, l’année suivant l’obtention de la maîtrise, le parcours des étudiants se caractérise par une grande variété. Si 62,7 % d’entre eux valident leur quatrième année, moins d’un tiers des jeunes inscrits en maîtrise (29,6 %) poursuivent en cinquième année. Certains s’inscrivent dans une autre formation universitaire (7,5 % de réorientations ou bifurcations). D’autres quittent l’université sans pour autant abandonner tout projet d’études : 13,1 % intègrent un IUFM (institut universitaire de formation des maîtres) afin de préparer les concours de l’enseignement, et 11,4 % reviennent à l’université l’année suivante après un an d’interruption.
Il importe aussi de faire le point régulièrement et de s’informer sur les possibilités réelles de chaque filière. "À chaque fin de cycle, il est utile de faire un bilan du cursus écoulé, conseille la directrice d’un centre de formation en apprentissage d’Île-de-France. L’étudiant doit pouvoir dire : voilà ce que j’ai appris, ce qui m’a été utile, et voilà ce qui m’a déplu. C’est un bon moyen de préciser son projet pour mieux rebondir." L’aide d’une personne extérieure, professionnel de l’éducation, conseiller d’orientation, voire le recours à un bilan de compétences, peuvent aussi permettre de clarifier ses idées.












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