DOSSIER : N'AYEZ PAS PEUR DES FILIÈRES D’EXCELLENCE POUR VOTRE ENFANT !

Trop de bons lycéens n’accèdent pas aux études qu’ils méritent parce qu’elles coûtent cher, ou parce qu’elles leur semblent lointaines. Ayez de l’ambition pour vos enfants !

Filières d'excellence : halte à l’autocensure

Anne, en terminale S, a les prérequis nécessaires pour faire partie de l’élite des élèves de classe préparatoire. Pourtant, elle est à deux doigts de jeter l’éponge. "Mes profs insistent pour que je fasse une prépa BCPST [biologie, chimie, physique et sciences de la Terre]. Mais je ne veux pas passer mes vacances à rattraper mon retard scolaire." Elle pencherait plutôt pour la fac, en sciences de la vie. Pourquoi de bons élèves comme Anne renoncent-ils ainsi aux filières prestigieuses ?

Surtout les élèves de milieux modestes

L’autocensure constitue un problème crucial qui toucherait surtout les élèves issus de milieux modestes, selon Christian Vauthier, président de l’ADEPPT (Association de développement des classes préparatoires technologiques). "Il nous faut inciter les élèves de la série STG [sciences et technologies de gestion], qui compte deux fois plus de boursiers que les autres filières, à oser aller en prépa ! Leur principale interrogation est : "Est-ce que j’ai le niveau ?" On leur a tellement dit qu’ils n’avaient pas les capacités de faire S ni ES, qu’ils étaient dans une voie de garage…"

Plus que le niveau, c'est le budget qui préoccupe. La question du "niveau" est pourtant mise en avant pour masquer des problèmes plus concrets, et d’abord financiers. Le phénomène ne se limite pas aux seuls élèves boursiers, comme l’observe Jean-Alain Hiver, proviseur du lycée Masséna à Nice. "Certains non-boursiers déclarent des revenus très bas au moment des demandes d’internat en classes préparatoires. Ce sont de bons élèves qui ont échappé à la vigilance des équipes pédagogiques, de santé ou de vie scolaire. Quand il leur faut se délocaliser pour les études, le problème financier apparaît. Or nos établissements ne disposent pas d’assez de bourses ni de places d’internat pour répondre à toutes les demandes."

La "qualité" du lycée d'origine : un autre frein potentiel

Certains élèves à "haut potentiel" ne parviennent même pas à l’étape où ils poseraient leur candidature. Suivant qu’on est bon élève dans un lycée de centre-ville ou dans un lycée réputé "difficile", les chances d’accéder à certaines filières ne sont pas les mêmes. À niveau égal, on peut être orienté vers le BTS (brevet de technicien supérieur) "maison", considéré comme une consécration dans certains établissements, lorsqu’on serait encouragé à s’inscrire en classe prépa ou en médecine dans d’autres. Le témoignage de Meg-Anne, qui ne prétend pas entrer en prépa, est édifiant.

Tant pis pour les meilleurs... "J’aimerais devenir kiné, explique la jeune fille, en terminale L. J’ai appris depuis peu qu’il aurait mieux valu que je fasse une série S pour y parvenir. Je ne vois pas comment mes parents, qui sont chauffeur et mère au foyer, pourraient m’aider à m’y retrouver. Et mes profs ne semblent pas plus renseignés que moi…" "Les établissements dont les résultats sont les plus faibles tirent les meilleurs vers le bas. Ceux-ci sont d’ailleurs souvent chahutés par les autres élèves, dès la sixième", regrette Jean-Alain Hiver, qui prône la mise en place d’unités pilotes protégées dans des collèges et des lycées hors des centres-villes, pour les élèves repérés comme les plus doués dès l’école primaire.

La proximité joue un grand rôle
Autre élément déterminant, qui passe par la famille : la proximité géographique entre l’établissement et le foyer. Qu’elle soit psychologique, géographique ou relationnelle, c’est cette proximité avec les filières d’excellence qui incite les étudiants à tenter leur chance. Une proximité qui n’est pas la même pour tous, et que quelques militants de l’ouverture sociale essaient de rétablir. Les professeurs de classes préparatoires ont conscience de l’importance de cette proximité avec les institutions les plus prestigieuses. "Nos élèves sont allés assister aux oraux de HEC à Jouy-en-Josas, explique l’un d’eux, dont les élèves ont vu leurs résultats aux concours s’améliorer brutalement, d’une année sur l’autre. Beaucoup ont réalisé que cette épreuve était à leur portée."

Géraldine Dauvergne

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