“Je ne peux pas m’empêcher de me comparer aux autres”

“Ma note en maths, elle est plutôt dans la moyenne ?” “Pourquoi je suis parmi les plus petits de la classe ?” “Toutes les autres ont de la poitrine, sauf moi”… “Suis-je normal(e) ?” : voilà la grande question qui vous titille, et vous amène à vous comparer aux autres… où vous trouvez forcément quelque chose qui ne va pas ! Voici comment le faire avec recul pour ne pas inutilement vous faire mal.

“Je ne peux pas m’empêcher de me comparer aux autres”
Se comparer, par exemple pour ses résultats scolaires, ça peut aider à se rassurer, se mesurer et à avancer. À condition de ne pas se focaliser sur ça. // ©  PlainPicture

"On se compare tout le temps entre nous au lycée. D'abord physiquement, pour savoir si on est comme il faut, si on entre dans les codes de normalité d'une fille d'aujourd'hui, des fringues correctes, des cheveux entretenus, une taille de guêpe, un maquillage à la mode ; ensuite psychologiquement, il faut être parfaite dans sa tête, à l'aise, sans gros problèmes ; enfin socialement, on doit être populaire, entourée d'amis, jamais seule... Le pire, c'est déjeuner seule à la cantine, c'est très mal vu !" Coline, 16 ans, en 1re section photographie au lycée professionnel Saint-Joseph-La-Salle du Mans (72), trouve cela "épuisant" !

"La dictature de la norme est omniprésente. J'essaie de résister et de me rebeller, mais c'est difficile. Moi, je m'en sors parce que j'ai mon copain et que je sais que le lycée est bientôt terminé, mais c'est dur quand même."

"Bien de se mesurer aux autres, mais il ne faut pas être dans la compétition"

Que signifie être "normal" ? Qu'y a-t-il derrière cette question existentielle ? "Les adolescents, tout en cherchant à s'éloigner des parents pour s'émanciper et devenir autonomes, cherchent d'autres modèles, qu'ils trouvent dans le groupe de pairs, explique Olivier Revol, pédopsychiatre à Lyon (69), auteur de 'On se calme !' (éditions Jean-Claude Lattès). Ils ont besoin d'un sentiment d'appartenance à un groupe, qui les rassure. Cette question de la normalité est importante, elle les conforte dans l'idée qu'ils ont raison d'évoluer comme ils le font."

La difficulté peut advenir lorsque le décalage est trop important et que l'on ne se sent pas à sa place, voire exclu. Sans compter que l'actualité joue un rôle catalyseur : le monde est instable, l'actualité démontre que la vie ne tient qu'à un fil. Voyez le phénomène YOLO [You Only Live Once, NDLR]. "Maintenant et tout de suite est leur credo, poursuit Olivier Revol. Les jeunes sont pressés d'être heureux parce qu'on ne sait pas de quoi demain sera fait..." Bonjour la pression !

Vous êtes souvent préoccupé par les résultats des autres ? Cela vous rassure... lorsque vous constatez que vous n'êtes pas en difficulté. C'est le cas de Didier, 16 ans, en 1re S au lycée Victor-Hugo à Carpentras (84) : "C'est toujours bien de se mesurer aux autres, mais il ne faut pas être dans la compétition, dit-il. Au niveau des notes, on se compare entre copains, mais le regard de l'autre est amusant, il m'intéresse comme un jeu. Si j'étais nul et si je n'y arrivais pas, ces regards m'importeraient plus, sans doute, mais ce n'est pas le cas. Me comparer aux autres, c'est me dire que ça va, que, côté études, je vais réussir, c'est important... En même temps, je suis en S, c'est-à-dire sur l'autoroute, et j'ai pu y entrer sans problème."

"Ce qui m'intéresse, ce sont les infos que ces moyennes donnent sur mon travail"

Comme Didier, Violaine, 20 ans, en L3 de droit à Paris 1–Panthéon-Sorbonne, n'a cessé, au cours de sa scolarité, de se mesurer aux autres. "Depuis que je suis au collège, je regarde les résultats de mes amis. Pas pour faire mieux ou pour arriver en tête – même si j'aime bien gagner –, ce qui m'intéresse, ce sont les informations que ces moyennes donnent sur mon travail, sur mes progrès et mes marges de manœuvre, pas sur ceux des autres. Les classements permettent de se situer par rapport à des demandes, des exigences du système. Je ne suis pas naïve : lorsque tu commences à avancer dans les études supérieures et que tu veux, par exemple, passer des concours, ta position, ton niveau dans la masse ont du sens. Les questions viennent rapidement, elles sont en relation avec les méthodes de travail, l'efficacité personnelle, le bien-être, l'espace de liberté et de jeu que tu peux garder pour avancer."

"J'ai vu énormément de jeunes en comparaison constante, qui pouvaient aller jusqu'au dénigrement"

Mais, attention, se rassurer, vouloir avancer peut parfois être un prétexte qui masque un besoin constant de réassurance. La question "suis-je normale ?", sous-entendu "suis-je comme les autres ?", en appelle plein d'autres sur soi, sur sa place dans le groupe, la société. "J'amenais mes élèves à réfléchir à tout cela, se souvient Brigitte Calame, professeure d'espagnol à la retraite. J'ai vu énormément de jeunes en comparaison constante, qui pouvaient aller jusqu'au dénigrement de celui qui ne se trouvait pas dans le clan. Heureusement, il y a toujours des électrons libres qui ne souhaitent pas choisir de clan et affirment leur différence."

Pour Olivier Revol, ces électrons-là ont raison : "Ils mangent d'abord leur pain noir, ils ont besoin d'être patients parce qu'ils ne sont pas tendres entre eux, mais, en avançant dans la vie, les études, cela ira de mieux en mieux. Ils vivent ensuite comme ils l'entendent, en jeunes responsables, avec des choix de vie."

"N'ayez pas peur d'être différent"

Léo, 17 ans, qui est en 1re STI2D [sciences et technologies de l'industrie et du développement durable] au Lycée d'altitude, à Briançon (05), se sent "différent" et... normal. Une équation qu'il a mis des années à résoudre. "Lorsque j'étais au collège, c'était plus compliqué, j'avais moins de personnalité, je voyais bien que je n'étais pas tout à fait dans le moule, témoigne Léo. Je suis baba cool et on est peu nombreux. Je me sentais décalé et je me demandais si je n'avais pas un problème. Puis, avec le temps, ça s'est imposé, j'assume de ne pas penser comme la masse... Je conseillerais aux jeunes de ne pas avoir peur d'être différent. Essayez, vous verrez, vous ne risquez rien, il ne va rien se passer de grave, le monde ne va pas s'écrouler ! Au moins, vous serez fiers de vous et des valeurs que vous assumez."

Même message de la part de Lola, 14 ans, en 3e au collège de Pernes-les-Fontaines (84). Elle s'est crue inférieure aux autres filles pendant des années. Elle se sent désormais à sa place. "Je sais que les autres filles sont plus belles que moi et ont de meilleures notes, elles sont plus intelligentes. Moi, je suis l'avant-dernière de la classe. J'ai des difficultés car je n'ai pas fait ce qu'il fallait. Je me suis toujours comparée aux autres et, même si je parle à beaucoup de filles dans ma classe, je me sens rejetée par une grande majorité d'entre elles. En primaire, elles m'insultaient car je n'étais pas comme elles. En même temps, je n'essaie pas de leur ressembler, ni de m'habiller de la même manière. Je suis comme je suis et mes amies m'acceptent telle quelle."

"J'ai pris de la distance, grâce à des copines avec qui j'ai beaucoup parlé"

La patience est la meilleure des alliées. L'amitié et le collectif aussi. C'est la philosophie de Rebecca, en terminale L au lycée Colbert à Paris. Après avoir passé des années à vouloir ressembler aux autres, elle a compris qu'elle se débattait pour rien. "Je luttais contre le regard des gens, parce qu'il avait trop d'importance, je prenais la mouche et j'étais un peu agressive. L'année dernière, j'ai pris de la distance, grâce à des copines avec qui j'ai beaucoup parlé. J'en ai tiré une leçon personnelle : la force, c'est d'être entourée. Ensemble, on assume davantage ce sentiment d'exclusion que l'on peut ressentir."

Même conseil de Jean-Pierre Hadad, professeur de philosophie, qui répète à ses élèves qu'ils sont tous... normaux ! "Je leur dis que l'originalité est dans l'action et les idées. Ce qui compte, c'est s'approprier sa vie, construire sa personnalité, en étant soi-même et en suivant son désir !" Alors... êtes-vous normal(e) ? Eh oui !

Kenza, 16 ans, en 2nde au lycée Pierre-Gilles-de-Gennes, à Digne (04) : "À trop s'attacher à ce qu'on raconte, on peut en souffrir"

"Nous, les adolescents, voulons tous être 'normaux', pour appartenir à un groupe, être pareils, bien rangés. Moi, j'essaie de ne pas penser à ce que les autres peuvent dire de moi. Je passe par-dessus. À trop s'attacher à ce qu'on raconte sur soi ou à trop vouloir ressembler à la masse, on peut en souffrir. J'ai une copine gothique qui a enduré des moqueries. Nous sommes parfois très crus entre nous. Dès que tu t'écartes du moule, du groupe, tu te fais rejeter. Il faut apprendre à résister. Je crois que l'essentiel est de réussir à trouver quelques personnes qui nous aiment comme on est, notre personne réelle, pas notre apparence ! C'est quoi, être normale ? C'est être habillée comme il faut, mince, grande ? Moi, je m'insurge contre cela. Cela ne produit rien de bon. Nous sommes tous comme il faut !"

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Audrey.

Lorsque j'étais dans un groupe (surtout à la cantine) et que je ne connaissais pas forcément ce dont parlait le groupe (il parlait de la sage le labyrinthe pour ne citer que cela), j'en ai parlé à une des filles de ce groupe qui m'a dit que c'était à moi de faire des efforts pour m'intégrer. Là, c'est vrai que j'aurais pu me demander si j'étais normale, si c'était normal que j'ai d'autres références. Mais, non, je ne me suis pas posée la question. Ce n'est pas parce que l'on n'a pas les mêmes références qu'un groupe que l'on n'est pas normal. Au contraire. On est tous différents, aussi bien sur le physique que sur le mental et que sur les connaissances. Et pour moi, être différent des autres, c'est tout à fait normal. Si on était tous pareils, vous ne trouverez pas ça embêtant, au bout d'un moment, vous ?

Camille.

Pendant longtemps, j'ai souffert de cette comparaison, qui amenait beaucoup de moqueries de la part d'autres élèves... Mon apparence physique en prenait toujours pour son grade et des élèves étaient jaloux de mes notes. Combien de fois ai-je entendu : "De toute façon, tu n'as pas à te plaindre, tu as toujours des bonnes notes." Ces mêmes élèves qui mettaient le bazar dans la classe et ne travaillaient pas. Au moins, je me rassurais en me disant que niveau études, je suivais la bonne voie ! Mais sur le plan physique, j'ai beaucoup souffert : j'en suis arrivée à me négliger, à ne pas prendre soin de mon apparence... J'en étais même arriver à détester mes boucles -la mode des cheveux lisses- alors qu'aujourd'hui, je les adore ! Ce que je fais aujourd'hui : je m'achète de jolis vêtements -et je me fiche que je ne sois pas à la mode- je prends soin de ma peau, de mon corps... J'ai même quelqu'un dans ma vie et je me sens beaucoup mieux dans ma tête. Peu à peu, je me dis que je ne suis pas aussi moche qu'ils le prétendaient et que la beauté est avant tout subjective. Il y aura toujours des gens pour me reprocher un truc ; j'en prends mon parti. S'ils n'ont que ça à faire, leur vie doit être bien vide ^^. J'ai aussi beaucoup travaillé sur cette timidité qui me bouffait la vie -merci la fac qui est le premier endroit où je me suis vraiment sentie bien- et je parle avec bien plus de gens aujourd'hui. J'ai une vie sociale et j'en suis heureuse :D. Le meilleur rempart contre les insultes est de montrer qu'on s'assume sous toutes ses facettes !

Charlotte.

Je trouve que le plus dur c'est quand on est "différent" et prêts à s'accepter tel quel mais que d'autres nous reprochent d'être différents ! Le pire est quand les autres les suivent dans cette démarche pour ne pas paraître "anormal" ! Cela m'est arrivé quand j'étais en 6e et résultat, depuis, je suis constamment en train de demander à ma meilleure amie si je suis bien coiffée, si je suis pas habillée bizarrement, ect... mais en ce moment, ça va mieux, les petites moqueries ont cessé depuis 2 ans et je me pose beaucoup moins ce genre de question.

Gordon.

Merci "Letudiant" pour cet article, mais on aurait peut être aimé des témoignages d'étudiants, justement. Et non d'adolescents de 14 ans en classe de 3ème...

lolane (14 ans).

Merci beaucoup pour votre article !!! C'est très intéressant et je commence à comprendre ce genre de chose... mais comment faire quand l'on se sent exclu(e) de son propre groupe ? Je ne dis pas toujours ce que je pense et mon amie en profite. De plus, je ne comprend pas ce qu'il y a de marrant à dire des trucs sur les autres même si je ne les porte pas das mon cœur.

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