Harcèlement à l'école : enfin visible grâce à Youtube et aux séries ?

À l'occasion du 4e prix "Non au harcèlement", 36.000 élèves ont conçu des affiches et des vidéos contre les violences répétées. Trendy a recueilli les conseils des lauréats et des youtubeuses Lola Dubini et Clara Marz, elles-mêmes victimes et ambassadrices du prix.

Clara Marz et Lola Dubini, youtubeuses : "Si vous êtes témoins de harcèlement, intervenez : vous pouvez sauver des gens."
Clara Marz et Lola Dubini, youtubeuses : "Si vous êtes témoins de harcèlement, intervenez : vous pouvez sauver des gens." // ©  Etienne Gless

Depuis quatre ans, le concours "Non au harcèlement" permet aux élèves de 8 à 18 ans de s'exprimer sur le harcèlement à travers la création d'une affiche ou d'une vidéo. Huit lauréats nationaux ont reçu chacun 2.000 € pour réaliser leur projet et ont été reçus à l'Élysée pour recevoir leur prix. Avec un constat : en quatre ans le rapport au sujet a évolué.

En parler pour se libérer

Julianne 17 ans, élève au lycée professionnel de Chars (95) préconise aux victimes de harcèlement d'en parler à tout prix. "J'ai été victime moi-même. Je sais combien c'est dur de parler à des proches, amis ou parents. Je conseille d'aller voir un professionnel. J'ai rencontré une psychologue pour exprimer mon ressenti et ça m'a fait beaucoup de bien." Souvent, on se confie plus facilement à un inconnu. Et si on est témoin de harcèlement, Julianne recommande d'intervenir directement pour faire cesser les agissements. "Et allez chercher quelqu'un si vous avez peur de vous mettre en danger."

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Réconforter, consoler, faire parler, alerter un adulte

"Dans ma classe, nous avons déjà été témoins d'une situation de harcèlement : une fille a été amenée par des garçons dans les vestiaires, ils l'ont mise sous la douche tout habillée", se rappelle Louna, 16 ans, en classe de 3e au collège Thomas-Riboud de Bourg-en-Bresse (01). La vidéo de sa classe a été primée : "Harcèlement scolaire entre cauchemar et réalité". Elle insiste sur la complexité des relations sociales entre élèves, et met en scène les violences insidieuses dont est victime Emma, et les dilemmes de Luna, témoin de ces gestes violents. "Si un  copain ou une copine de classe fait l'objet de harcèlement, j'en parle avec lui, j'essaie de le ou la réconforter. Enfin je l'amène à rencontrer un adulte : un professeur, le CPE, le surveillant, ou encore le principal du collège", témoigne Louna. "Rien de pire que des actes qui restent dans le silence ou qui ne sont pas dénoncés", relève François Hollande dans son discours à propos du harcèlement. "Témoigner n'est pas faire un acte de délation", ajoute le chef de l'État.

Dénoncer sans crainte de "poucaver"

"Le rôle le plus important dans la lutte contre le harcèlement est celui du témoin d'actes de violence", explique Barry Bobo, 18 ans, lycéen en terminale S au lycée Jean-Jacques-Rousseau de Montmorency (95) et ambassadeur lycéen contre le harcèlement. "Le témoin peut parler et dénoncer plus facilement que la victime, qui a davantage peur et ne va pas spontanément dénoncer les agissements dont elle fait l'objet. Même s'il a peur de passer pour un "poucave" [mouchard], le témoin doit agir. La plupart du temps quand il dénonce ces comportements, le harcèlement cesse", poursuit Barry, qui confesse lui-même avoir été, plus jeune, complice de harcèlement : "Je m'étais laissé entraîner par un phénomène de groupe. Je n'avais pas conscience de faire du mal."

Paroles de youtubeuses : ne jamais rester seul(e)

Suivie par 800.000 personnes sur Youtube, Clara Marz, 17 ans, a elle-même été victime d'insultes et de bousculades quand elle était au collège. "Sur le moment, je croyais que c'était normal", confie la jeune youtubeuse. "C'est pourquoi je dis aux témoins de harcèlement d'aider les victimes à prendre conscience que la situation n'est pas normale et qu'il faut en sortir. Et n'ayez pas peur d'intervenir directement. Vous pouvez sauver des gens."

Quant à Lola Dubini, 23 ans, youtubeuse du collectif Rose carpet, elle se souvient avoir été victime de harcèlement à propos de son physique, et ce, à l'école, dans la rue, comme sur le Web : "Le directeur du lycée a assisté à une scène dont j'étais victime. Il m'a demandé si ce genre de scène m'arrivait souvent. Finalement, c'est lui qui a réussi à mettre un terme à la situation !" sourit la jeune femme, qui préconise de ne pas rester isolé(e) : "Dès que vous êtes victime de harcèlement, rapprochez-vous d'un lieu fréquenté pour créer un maximum de témoins. Et appelez le numéro Vert 30.20." Contre le harcèlement, parlez-en toujours pour surmonter l'isolement, la loi du silence et l'indifférence.

Si 10 % des élèves en primaire et au collège restent victimes de harcèlement, selon le ministère de l'Éducation nationale, "pour la première année, nous enregistrons une baisse de 15 % du harcèlement au collège, constate Najat Vallaud-Belkacem. Et cette baisse atteint même 33 % chez les élèves de 6e."

"13 reasons why" la série sur le harcèlement débarque sur Netflix

"Elle est morte pour 13 raisons, tu es l'une d'elle." Hannah s'est suicidée et a laissé sept cassettes pour expliquer son geste. "13 reasons why" se déroule en 13 épisodes, centrés sur 13 personnes qui ont compté dans sa vie, et pesé sur sa décision. La série, adaptée d'un roman Young Adult de Jay Asher, invite à davantage prêter attention à son entourage. Un geste, un mot, un écrit sur les réseaux sociaux, un regard ont un impact sur chacun ou chacune d'entre nous.

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