Lectures de l'été #8 : Etenesh, l'odyssée d'une migrante en bande dessinée

Durant tout l'été, Trendy vous propose des idées de lecture pour agrémenter vos vacances. Romans jeunesse ou young adult, BD, polars... il y en aura pour tous les goûts. Aujourd'hui, l'histoire d'Etenesh, qui fuit l'Ethiopie avec l'espoir d'une vie meilleure en Italie. Un témoignage poignant et indispensable pour mieux comprendre la "crise des réfugiés" et lutter contre l'indifférence.

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Comment ne pas s'habituer à l'horreur d'une telle situation ? En s'informant, pour comprendre pourquoi des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants risquent leur vie et donnent tout ce qu'ils possèdent à des passeurs pour quitter leur pays. En ne considérant pas les migrants comme une masse informe et dangereuse, mais comme des personnes qui ont chacune une histoire, une famille, des amis, et qui rêvent d'une chose : avoir un avenir. 

 

Un long et dangereux périple

Parmi eux, une jeune femme éthiopienne qui porte le joli nom d'Etenesh ("tu es ma sœur"). Elle n'en pleut plus de sa vie à Addis-Abeba, où elle est domestique - presque d'esclave. Une seule solution : l'exil. Mais avant de partir, il faut trouver de l'argent : 1.000 dollars, l'équivalent de trois années de salaire moyen. Impossible de partir par ses propres moyens : seuls les passeurs connaissent les filières pour franchir les frontières, traverser le Soudan et rejoindre la Libye, avant la traversée de la mer Méditerranée. Un long et dangereux périple.

Les passeurs entassent dans des camions ceux qui fuient les conflits, les dictatures ou la misère. Réduits à l'état de bétail, les migrants venus d'Erythrée, d'Ethiopie ou de Somalie ne savent pas combien de temps durera le voyage, encore moins s'ils parviendront à destination. Face à la violence de leurs accompagnateurs armés jusqu'aux dents, ils ne peuvent qu'obéir aux ordres : descendre du camion, remonter dans le camion...

 

Le trafic juteux des êtres humains

Le récit d'Etenesh montre la solidarité de ceux qui n'ont rien. Pour survivre, ils s'échangent quelques mots de réconfort, un peu d'eau ou un biscuit. En plein Sahara, on les menace de les laisser dans le désert s'ils ne paient pas encore. C'est loin d'être la fin du calvaire : à Sabha, au sud de la Libye, les migrants sont enfermés dans un centre - une prison - où viols et passages à tabac sont monnaie courante. 

Après tant de violence, de morts, de larmes, c'est la folie qui guette Etenesh. Les passeurs, eux, s'enrichissent à chaque passage de frontière, revendant des êtres humains pour une poignée de dollars. Un trafic très rentable face auquel quelques milliers de morts ne pèsent pas lourd.

 

Pudeur et violence

Dans cet album de l'italien Paolo Castaldi, postfacé par Amnesty International, seule la tenue rouge sang d'Etenesh se détache des autres couleurs, voilées de gris. Peu de mots, les dessins en disent déjà beaucoup. S'il n'épargne pas le lecteur l'atrocité de ce voyage en enfer, l'auteur ne fait pas dans le sordide ou le trash. Des variations de cadres, des ombres suggèrent l'intensité de la violence en gardant la pudeur nécessaire. 

"Etenesh, l'odyssée d'une migrante" permet de mettre un visage sur le mot "migrant" en prenant un peu de distance : la bande dessinée est moins choquante que des images des journaux télévisés, et permet d'appréhender sous un autre angle la "crise des réfugiés". Fuir parce qu'on n'a pas le choix, fuir en sachant qu'on risque d'y perdre la vie, fuir pour trouver quoi ? L'espoir, ténu, de retrouver la dignité d'être humain que l'on a perdue dans son pays.

Etenesh, l'odyssée d'une migrante, de Paolo Castaldi, éditions Des ronds dans l'O/Amnesty International, janv. 2016 (2011 pour l'édition italienne), 126 p., 22 €.

nullJournaliste à la rédaction de l'Etudiant, Natacha est aussi chroniqueuse des vidéos Breaking BD sur Trendy, où elle partage ses albums coups de cœur.
À ses heures perdues, elle tient un blog où vous pouvez retrouver d'autres idées de lecture en tous genres : rendez-vous sur Tamaculture.
Culture, patrimoine lycée

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