À la fac, dans la rue… alerte au sexisme ordinaire

Mathilde Saliou  |  Publié le

Vous les avez déjà entendues ou encaissées : ces petites phrases sexistes, balancées en cours ou dans les couloirs d’universités. Le tumblr "Paye ta fac" jette une lumière crue sur cette réalité souvent sous-estimée. Pour combattre le sexisme au quotidien, des experts peuvent vous aider.

Un exemple de phrases recueillies sur un blog qui dénonce le sexisme.
"Paye ta fac" recense les remarques sexistes entendues dans les établissements d'enseignement supérieur. // © Tumblr Paye ta fac

"Le ménage est une catharsis pour les femmes", "Libérez les salopes", "Que faisaient les femmes ? Oh et bien, comme d'habitude, pas grand-chose..." Si elle s'offusque de ces remarques, une étudiante se verra trop souvent rétorquer : "T'as pas d'humour" par ses camarades et même par des professeurs. Quand il s'agit de nier les capacités intellectuelles d'une femme, est-ce encore du registre de la blague ? Là est toute la difficulté autour du sexisme : comment tracer une ligne entre ce qui relève de l'ironie, et ce qui tend vers le harcèlement ?

 

Paye ta fac recense les phrases sexistes dans l'enseignement supérieur

En recensant les vexations que subissent des étudiant(e)s partout en France, le tumblr "Paye ta fac" met justement en lumière une situation difficile à quantifier. Le projet est né dans le cours de Marianne Alex, Ater (attachée temporaire d'enseignement et de recherche) intervenant sur les questions d'égalité femmes-hommes à l'université d'Avignon. La doctorante a demandé à ses étudiants de monter un projet mettant en évidence le sexisme dans la société.

Un groupe, composé de six femmes et un homme, a arrêté son choix sur un tumblr à l'image de "Paye ta schneck" ou "Paye ta blouse", qui pointent le harcèlement dont sont victimes les femmes dans la rue ou dans le milieu médical. "Même si l'on voit l'université comme un espace où l'on réfléchit, le sexisme y est bien présent, déclare une membre du projet. Nous avons été pris de cours par le succès de 'Paye ta fac'. Nous avons reçu beaucoup de messages de soutien, aussi bien de la part de femmes que d'hommes."

 

Face au sexisme, que faire ?

Concrètement, si vous êtes victime de sexisme, la seule solution, c'est d'en parler. Dans de nombreux établissements, il existe une cellule d'écoute ou un pôle dédié aux questions d'égalité femmes-hommes. Les médecins présents sur le campus sont aussi de bons interlocuteurs : tenus au secret professionnel, ils sont formés pour vous écouter et pourront vous orienter vers les bonnes personnes.

Si vous êtes témoin d'une situation de sexisme ou de harcèlement, dans la mesure du possible, aidez la victime à se défaire de son agresseur. Rozenn Texier, présidente de la Conférence permanente des chargé(e)s de mission égalité et diversité (CPED) enjoint à "faire diversion, attirer l'attention pour permettre à la victime de sortir de cette relation malsaine. Le Projet Crocodile, notamment, donne de bons conseils sur les réactions à avoir."

 

Si le sexisme va jusqu'au harcèlement sexuel

En cas de harcèlement sexuel, à l'échelle nationale, vous pouvez composer le 3919, Violences Femmes Info, numéro d'écoute anonyme et gratuit. Régine Serra, référente égalité hommes-femmes à Sciences po, l'affirme : "Il est fréquent qu'une victime ne s'identifie pas comme telle, même si elle ressent un réel mal-être. Il faut donc essayer de la faire réfléchir à ce qu'elle vit, lui signifier que cela n'est pas normal."

Dans tous les cas, allez en parler avec la personne concernée. "Avertir, notamment dans les cas d'agressions plus aggravées, relève du devoir d'alerte du citoyen", rappelle Régine Serra. Un rôle que remplit donc parfaitement "Paye ta fac". 

 

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