Micro-trottoir : le bizutage en médecine, comment l’avez-vous vécu ?

Rituel pour souder les groupes ou pratique humiliante d’un autre âge… le "bizutage" est toujours bien présent dans notre système scolaire. Et c’est davantage le cas en faculté de médecine. Devez vous le redouter ? Ou en avez-vous franchement peur ? Les avis sont partagés.

Noémie, 22 ans, en 4e année de médecine à Nantes

"C'est un week-end dont je me souviendrai toute ma vie, ça, c'est sûr. Bizarrement, je suis incapable de dire si c'est un bon ou un mauvais moment. On était un peu hors du temps, hors de tout. Déconnectés et complètement dépendants des troisièmes années.

Il y a eu quand même des moments pénibles : on m'a forcée à manger du poisson et des légumes pourris… c'était immonde, j'ai vomi mes tripes ensuite !

Mais dans l'ensemble, il y a eu pas mal de bons moments. Le meilleur ? Celui de l'"adoubement" par les bizuteurs, à la fin du week-end. Ça peut paraître ridicule, mais j'étais très fière d'avoir réussi à aller jusqu'au bout. Si c'était à refaire ? Je le referais bien sûr !"

Le bizutage : jusqu'où ça peut aller ?

Redouane, 20 ans, en 3e année à l'université de Dijon

"C'était un super week-end, complètement délirant. Beaucoup d'alcool, de débauche… On méritait bien ça après avoir travaillé comme des fous pour réussir le concours !

Mon pire souvenir ? Franchement, je n'en ai aucun. Peut-être la gueule de bois du lendemain ? Ça n'a été que des bons moments et du délire. Si c'était à refaire ? Plutôt deux fois qu'une ! Je suis partant pour remettre ça chaque année !"

Ana, 24 ans, en 5e année à l'université d'Aix Marseille

"Ça a été un moment vraiment atroce. On a le sentiment d'être déshumanisé, réduit à l'état d'objet. Nos bizuteurs prenaient un tel plaisir à nous humilier. Ils nous ont emmenés dans les bois, nous ont fait passer par un parcours commando assez spécial : nous avons dû ramper dans les excréments ! C'était vraiment immonde. Je ne comptais pas participer à ce week-end d'intégration, et puis je me suis laissé entraîner. Je pensais surtout faire la fête.

J'ai dû abandonner avant la fin tellement j'étais fatiguée, ils m'ont humiliée devant tout le monde et les surnoms graveleux qu'on vous donne ce jour là vous collent à la peau toute l'année. Si j'avais su, je n'aurais jamais participé à cette mascarade d'intégration."

Inès, 26 ans, interne au CHU de Caen

"C'était une très bonne expérience, faite dans la joie et la bonne humeur. N'y allaient que ceux qui voulaient participer. Ça a été une super façon de connaître ma promo ainsi que celle au dessus de moi.

Ça n'a pas été qu'une partie de plaisir non plus : c'était un week-end du mois de novembre et il faisait très froid, exactement -8°C, nous avons dormi dans des tentes. Au petit matin, à 6h00 exactement, la fermeture éclair de la tente avait du mal à s'ouvrir tellement elle était gelée. Un "bizuteur" nous attendait à la sortie pour boire un verre de vin avec un œuf cru à l'intérieur !

Mais il y a eu de très bons moments, on a même eu droit, le second soir, à une soirée organisée au chaud. Et puis ça reste avant tout un week-end avec tous nos amis. À aucun moment on n'est forcé à faire quoi que ce soit. Si c'était à refaire ? Et bien je l'ai refait un an plus tard, mais cette fois, c'est moi qui bizutais."

Marina, 22 ans, en 4e année, à Amiens

"Franchement, ça fait partie des plus mauvais souvenirs de mes années d'étudiante. Au-delà des traditionnels parcours du combattant dans la boue ou les ordures, nos bizuteurs nous ont forcés à nous déshabiller complètement et à "mimer" des actes sexuels avec des gens qu'on ne connaissait pas… Tout le monde était ivre mort à la fin, il aurait pu y avoir des comas éthyliques, c'était dangereux.

C'est vrai qu'officiellement, on n'est pas obligé de participer à ce week-end ou d'aller jusqu'au bout, mais si on ne le fait pas, on risque d'être mis à part et de ne pas vraiment faire partie de la promo.

Si c'était à refaire ? Je ne crois pas que je m'infligerais ça à nouveau…"

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