1. Pour les meilleurs, les grandes écoles
Décryptage

Pour les meilleurs, les grandes écoles

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Écoles d’ingénieurs et "business schools" ont aussi ouvert leurs portes aux apprentis. Plus besoin de passer par les prépas, mais la sélection reste rude.

Apprentissage dans les grandes écoles : une tendance en essor

C’est une vague que tous ont vu venir mais dont l’ampleur les surprend encore : depuis quelques mois, la demande des grandes entreprises souhaitant accueillir des apprentis a littéralement explosé. Pionnières de la première heure comme l’ESSEC ou future convertie comme Centrale Paris, toutes les grandes écoles de management et d’ingénieurs signalent le même phénomène. Qu’est-ce qui a bien pu amener les grandes entreprises, qu’on disait plutôt réfractaires à ce mode de formation, à en découvrir enfin les vertus ? 

Tout a commencé par un discret volet de la loi sur l’égalité des chances de mars 2006 : cet article incite les entreprises de plus de 250 salariés à augmenter leur effectifs de jeunes en alternance, faute de quoi elles auront à payer une taxe d’apprentissage plus élevée. Mais ce texte de loi n’explique pas à lui seul cet intérêt exponentiel pour l’apprentissage.
Pour beaucoup de grandes écoles, le recrutement de jeunes destinés à être formés en alternance est aussi une bonne façon d’ajouter une touche de diversification sociale à leurs promotions. A la CTI (Commission des Titres d’ingénieurs), on incite d’ailleurs les écoles d’ingénieurs à profiter du développement de l’apprentissage pour recruter des jeunes issus de DUT ou de BTS et ainsi diversifier des promotions jusque là surtout composés d’anciens élèves de prépas. A l’ESIGELEC, une école d’ingénieurs généraliste, on relève d’ailleurs que si les enfants d’ouvriers ne représentent  que 17%  des effectifs d’étudiants en cursus classique, ils constituent près du quart des effectifs d’étudiants en alternance. 

Une formule qui a fait ses preuves

Pionnière des grandes écoles de commerce, l’ESSEC a fait ses premiers pas dans le monde de l’alternance en 1994 : "A l’époque, nous avons été très critiqués sourit Françoise Rey, la directrice générale adjointe du groupe ESSEC. Aujourd’hui, cette formule a fait ses preuves : 30% de nos élèves sont apprentis, les entreprises qui les accueillent sont ravies, et, constatant ces bons résultats, nous avons largement développé l’alternance pour tous les autres étudiants".
Sup de co Reims s’est lancée quelques années après l’ESSEC, avec seulement 37 élèves – aujourd’hui, plus d’un quart de ses étudiants a choisi de préparer son diplôme en apprentissage. "Notre première motivation était d’offrir une solution de financement aux familles qui n’avaient pas les moyens de payer les frais de scolarité se rappelle Pascal Choquet, responsable de l’apprentissage à Sup de Co Reims. Nous souhaitions aussi créer davantage de proximité avec les entreprises de notre région, pour faciliter l’insertion de nos jeunes diplômés".

À réserver aux plus motivés

L’apprentissage dans les grandes écoles, une affaire qui marche ? Même la prestigieuse école Centrale de Paris s’est laissée convaincre, qui s’apprête à lancer une formation en apprentissage ! Pourquoi ? "C’est le meilleur moyen de faire progresser la qualité de nos formations explique Gilles Gleyze, le directeur du développement. Cette décision répond également à une volonté d’ouverture sociale : grâce à l’apprentissage, nous espérons accueillir d’avantage d’admis sur titre, et des jeunes issus de milieux modestes, qui deviendront à l’issue de leurs études des centraliens à part entière". Convaincu des vertus de l’apprentissage, Gilles Gleyze résiste pourtant à un excès d’enthousiasme : "Tous les élèves ne sont pas destinés à devenir des apprentis. Ce mode de formation est à réserver aux plus mûrs d’entre eux, qui ont déjà une idée du secteur dans lequel ils veulent exercer, et qui sont prêts à travailler beaucoup". À bon entendeur…

Sommaire du dossier
Écoles d’ingénieurs Écoles de commerce "Un échange 'gagnant-gagnant' entre l’entreprise et le jeune"