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Annulation des épreuves du bac : un événement historique rarissime

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À cause du coronavirus, écoles, collèges, lycées et universités sont fermés depuis le 16 mars et le resteront au moins jusqu’à début mai. // © Adobe Stock/smgoloviznin
À cause du coronavirus, écoles, collèges, lycées et universités sont fermés depuis le 16 mars et le resteront au moins jusqu’à début mai. // © Adobe Stock/smgoloviznin

En raison de la crise sanitaire, les épreuves écrites du bac et du brevet 2020 sont toutes annulées, faisant écho aux décisions déjà prises dans l'enseignement supérieur. C'est la deuxième fois dans l'histoire du bac qu'une telle décision est prise. Même en temps de guerre ou de forte tension sociale, les épreuves ont été moins perturbées que cette année.

Ce devait être sa toute dernière session avant de laisser la place à une nouvelle version, plus légère, plus progressive, moins stressante. Et pourtant : le bac 2020 n’aura pas lieu. La faute à un virus qui se propage beaucoup trop vite dans la population avec une indifférence insolente envers les échéances nationales.

Ecoles, collèges, lycées et universités sont fermés depuis le 16 mars et le resteront au moins jusqu’à début mai. Le gouvernement a dû faire un choix. Pour sauver les apprentissages et la continuité pédagogique, il était nécessaire de sacrifier les examens.

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L’annulation d’un rite de passage

"Ce bac sera un véritable bac", a tenté de rassurer Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, vendredi 3 avril, alors qu’il annonçait l’annulation de toutes les épreuves écrites du bac et du brevet. N’en déplaise au ministre, ce bac sera un véritable diplôme. Mais ce bac ne sera pas un véritable bac.

En annulant les épreuves écrites, le gouvernement a fait le choix difficile mais nécessaire de priver toute une génération d’un rite de passage unique, celui du lycée au supérieur, celui de l’adolescence à l’âge adulte. Une marche que les jeunes Français gravissent d’ordinaire en groupe. Mais que cette année, ils graviront au mieux en famille, au pire pas du tout.

Surtout, le sens de la formule du ministre ne suffira pas à convaincre les 750.000 candidats au bac général, technologique ou professionnel, qui s’inquiètent aujourd’hui de savoir si leur diplôme aura une réelle valeur.

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1968 : un pavé dans l’histoire du bac

Il faut remonter très loin dans l’histoire du bac pour trouver une session aussi fortement perturbée : la dernière (et seule) fois que toutes les épreuves écrites ont été annulées, c’était en 1968, alors que le pays était en proie à de violentes manifestations enseignantes, lycéennes et étudiantes.

Cette année-là, la décision d’annuler les épreuves écrites n’intervient que le 7 juin, après des semaines de manifestations et la démission du ministre de l’Éducation, Alain Peyrefitte. À la place, les 200.000 candidats ont donc passé entre cinq et sept épreuves orales, toutes sur la même journée, et ont connu leurs notes le soir même.

En raison des circonstances, les correcteurs ont fait preuve d’une bienveillance exceptionnelle. Résultat : un taux de réussite record de 81,3% ! L’année précédente, il était de 62% ; l’année suivante, il retombera à 67%. Longtemps, on dira à cette génération que le bac lui a été donné.

1944 : pas d'annulation des épreuves

Un peu plus de 20 ans auparavant, ils étaient encore dix fois moins nombreux à se présenter à l’examen national du bac. Et pour ces 27.000 candidats, la Seconde Guerre mondiale aura eu moins d’incidence que la pandémie en cours. Prévues les 3 et 4 juin 1944, soit deux jours avant le débarquement allié, les épreuves écrites du bac se sont déroulées presque sans problème.

Les maths et l’histoire ont toutefois souffert d’une pénurie de papier et des difficultés de transports. Quant aux oraux, ils ont été annulés par manque d’examinateurs. En réalité, les difficultés ont surtout concerné les corrections, car une grande partie des copies avait disparu.

Bien des années plus tard, le bac est devenu un examen ordinaire. Presque indispensable pour entrer dans le supérieur, il s’est largement démocratisé et concerne une grande majorité de jeunes : en 2019, le taux de réussite atteignait 88%, permettant à 80% des personnes nées en 2001 de décrocher le diplôme.

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2019 : mauvais climat pour les examens

Pourtant, l’année dernière a aussi connu son lot de complications. Des professeurs hostiles à la fois au nouveau bac et au ministre Jean-Michel Blanquer, auquel ils reprochait un manque d’écoute et des décisions unilatérales et précipitées, ont décidé d’une grève de la surveillance, puis d’une rétention de notes.

La réponse entêtée du ministre, qui a demandé de remplacer les notes manquantes par des moyennes parfois arbitraires, n’a pas aidé à apaiser les tensions. En janvier et février 2020, les premières épreuves du nouveau bac ont à leur tour souffert de la gronde des enseignants et des élèves. De nombreux lycées ont été bloqués, parfois jusqu’à faire intervenir les forces de l’ordre.

Des souvenirs qui nous paraissent déjà lointains, alors qu’un virus inconnu a suffi pour fermer les portails de tous les établissements de France. De quoi nous remémorer qu’une situation naturelle exceptionnelle a beaucoup plus d’impact sur nos quotidiens que des conflits et désaccords politiques.

On en avait pourtant eu un avant-goût en 2019, lorsqu’une canicule était parvenue à faire reporter, à la dernière minute, la totalité des épreuves du brevet.