Bac 2016 : pour 7 candidats sur 10, c’est l’angoisse

Par Isabelle Dautresme Baptiste Legout, publié le 12 Juin 2016
11 min

Le bac, une formalité ? Pas pour ceux qui le passent cette année. À l’approche de l’examen, l’Etudiant a recueilli quelque 1.500 réponses de lycéens à son baromètre Bac 2016. Ils ont beau entendre que le bac est "donné", ils sont loin d’envisager les épreuves sereinement.

Le bac reste une source d'angoisse. C'est en tout cas ce qui ressort de notre baromètre réalisé à quelques semaines du coup d'envoi. Vous êtes près de 73 % à redouter l'échéance, alors même que les taux de réussite à l'examen n'ont jamais été aussi élevés : près de 88 % tous bac confondus en 2015 et plus de 90 % pour le bac général. Pire, à peine plus de 10 % des quelque 1.500 répondants au baromètre l'Etudiant se disent "confiant(e)s". "Le bac est une épreuve extrêmement angoissante. Quand j'y pense, j'ai envie de fondre en larmes. Mes parents ont beau me répéter que je suis une bonne élève et que j'ai travaillé toute l'année, rien n'y fait. Les oraux sont les épreuves que j'appréhende le plus" témoigne, dans notre questionnaire, Léa (1), en terminale ES à La Réunion.

Moins vos résultats ont été bons pendant l'année, plus vous vous sentez angoissés. Mais le fait d'avoir été un bon élève ne vous protège pas pour autant du stress. Ainsi, près de 65 % des répondants dont les résultats en terminale se situent dans le premier quart de la classe se déclarent angoissés, contre plus de 87 % pour ceux dont les résultats se situent dans le dernier quart.

Pour Dominique Monchablon, psychiatre et chef de service du Relais Étudiants Lycéens, cela n'a rien de surprenant : "Plus un jeune a un niveau de compétence élevé, plus il sera en capacité de mesurer l'écart entre celui-ci et le niveau d'excellence." (lire interview).

La mention est devenue un enjeu

Ce n’est pas tant la probabilité de rater votre bac qui vous angoisse que celle de passer à côté d’une mention. Comme l’illustre Célia (1), en terminale S à Créteil : "Ce n’est pas le bac en lui-même qui est angoissant mais le fait d’être entre deux mentions et de louper la meilleure à quelques points."

Plus de sept répondants sur dix visent en effet au moins une mention assez bien, et un quart une mention très bien. Sans surprise, le niveau de la mention brigué correspond aux résultats obtenus pendant l’année. Quand près d’un élève situé en tête de classe sur deux vise une mention très bien, 34 % de ceux qui se situent en queue de classe ont pour objectif de décrocher "juste" le bac. "Décrocher le bac sera une grande joie. Si j’obtiens la mention bien, cela m’aidera à avoir une meilleure estime de moi. Je serai heureuse de l’annoncer à mes proches", reconnaît Jessie (1), en terminale ES à Versailles.

Les révisions, angoissante perspective

Selon notre baromètre, vous êtes près de 47 % à vous sentir débordés, voire à paniquer, à la perspective des révisions. Et ce d'autant plus que vos notes n'ont pas été brillantes en terminale : 70 % des répondants qui se situent dans le dernier quart de la classe sont dans ce cas.
Mais pour les meilleurs d'entre vous préparer le bac n'est pas une sinécure non plus. Pour preuve, 40 % des répondants situés dans le premier quart de la classe déclarent que réviser va leur demander un effort important. "C'est surtout la quantité de travail à fournir avant le bac qui me fait peur, pourtant je suis bonne élève", avoue Hortense (1), en terminale ES à Créteil. Sarah (1), en série S à Montpellier, a la même appréhension : "Je ne sais pas comment m'organiser pour les révisions. Plus l'échéance approche, plus je me sens stressée et plus j'ai du mal à me mettre au travail."

"Tout se joue sur une semaine"

"Le bac c'est très stressant, notamment parce que tout se joue sur une semaine. Et un accident est vite arrivé", panique Marie (1), qui prépare un bac ES à Nancy. Comme elle, huit répondants sur dix se déclarent nerveux ou angoissés à l'idée de se rendre aux épreuves, comme s'ils avaient le sentiment de jouer "leur avenir" sur quelques jours. Baptiste (1), en S à Nice, ne dit pas autre chose : "J'ai eu de bons résultats au cours des trois années que j'ai passées au lycée, et je trouve à la fois angoissant et ridicule d'imaginer ne pas l'avoir pour une ou plusieurs épreuves ratées sur un cycle de réussite."

Rien d'étonnant alors à ce que près de 69 % des répondants se disent favorables au fait que le bac évolue en contrôle continu et ce, quels que soient les résultats en cours d'année. "Si le bac prenait la forme d'un contrôle continu, cela nous motiverait pour travailler davantage au cours de l'année", assure Léa (1), en terminale L à Créteil. Céline (1), dans la même série à Toulouse, y est aussi favorable : "C'est moins stressant et surtout plus révélateur de notre niveau." Comme le résume Marion (1), en S à Bordeaux : "Le bac est un bon moyen de se donner un objectif à atteindre. De là à juger toute une scolarité à l'aune d'un examen."

Vos parents ? Plutôt encourageants

Qui a dit que les parents mettaient la pression ? Car, vous, vous les trouvez plutôt encourageants (33 %), surtout si vous avez obtenu de bons résultats au cours de l'année de terminale (44 %). C'est moins vrai si vous faites partie de la catégorie des moins bons élèves : là, vous avez plutôt tendance à juger que vos parents vous mettent un peu trop la pression (44 %). "Mes parents me répètent sans arrêt que si je ne travaille pas davantage, je n'aurai jamais mon bac", s'agace Yann (1), en S à Versailles.

Pour le psychiatre Dominique Monchablon : "Au moment des épreuves, le jeune a besoin d'un soutien affectif. Là, ce sont les parents qui sont en première ligne. Ils doivent aider leurs enfants à prendre du recul et à relativiser l'enjeu."

Le bac, plus angoissant qu'APB

À cette époque de l'année, il n'y pas que le bac qui vous empêche de dormir. Pour 41 % d'entre vous, les résultats d'APB (Admission-postbac), connus le 8 juin, le sont aussi. De façon plus générale, l'après-bac est anxiogène. Près de 40 % d'entre vous se disent angoissés par ce qu'ils vont faire une fois le bac en poche, et seulement 21 % trouvent le choix d'orientation excitant. Et, là encore, plus vous êtes un bon élève plus vous vous sentez angoissé (42 % des répondants qui se situent dans le premier quart de la classe se disent stressés par leur choix d'orientation postbac), alors même que l'éventail des possibles est plutôt large.

Un diplôme dévalué ?

Alors le bac ne vaut plus rien ? Faux ! Vous êtes près de 44 % à ne pas être d'accord avec cette affirmation, contre 30 % à être plutôt d'accord. Mais 47 % d'entre vous trouvent que le bac est plus facile à obtenir aujourd'hui qu'à l'époque de leurs parents.

Alors pourquoi tant de stress ? C'est que, pour 80 % d'entre vous, le bac est déterminant pour la suite des études. Il est un sésame pour accéder à l'enseignement supérieur. "Le bac est une étape et un challenge que je souhaite relever pour prouver à tous ceux qui ont douté de mes capacités qu'ils ont eu tort", explique Justine (1), en L à Dijon. Sans lui, impossible d'aller plus loin. Lucide, Inès (1), en STMG à Versailles, en est persuadée : "Le bac ne sert à rien, mais on ne peut rien faire sans." Pour certains, le symbole du diplôme est très fort, presque une libération. En témoigne Candice (1), en terminale ES à Toulouse : "Le bac est peut être de moins en moins important, pourtant il va déterminer toute notre vie."

Un avis que partage largement le docteur Dominique Monchablon : "Le bac est bien plus que la reconnaissance d'un parcours scolaire, c'est un véritable rite initiatique." Et, comme l'affirme Maya (1), qui vise un bac L à Strasbourg, "c'est une fierté personnelle de l'obtenir".

(1) Tous les prénoms ont été modifiés.

"Pour gagner en confiance, le jeune doit travailler régulièrement et s'appuyer sur ses succès antérieurs"

Entretien avec le Docteur Dominique Monchablon, psychiatre au Relais Étudiants-Lycéens

Alors que le taux de réussite au bac approche les 90 %, l'examen reste une source de stress. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Les résultats du baromètre correspondent à ce que nous constatons dans nos consultations. Le bac est source de stress pour tous les élèves, y compris les meilleurs. Ces derniers ont en effet tendance à être perfectionnistes. Ils sont très soucieux de leurs performances personnelles ainsi que de leur image. Rien d'étonnant alors à ce que le niveau d'angoisse monte avec le niveau de compétence.
Par ailleurs, les bons élèves ont généralement un très grand niveau d'ambition. Il y a encore quelques années, ils se réjouissaient d'avoir le bac, maintenant, ils veulent une mention bien ou très bien. La massification de l'enseignement supérieur a clairement déplacé le curseur.
Certains parents et les enseignants ont également leur part de responsabilité dans ce climat anxiogène. S'ils soutiennent les jeunes au moment des épreuves, très souvent ils leur ont mis la pression avant, parfois dès l'entrée au collège. Certains élèves subissent au lycée une pression comparable à celle que l'on trouve généralement en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE).

Comment aider les jeunes à être moins angoissés ?

Pour éviter l'anxiété face au bac, le jeune doit élaborer des stratégies de protection, de résilience. Travailler régulièrement en fait partie. Il peut également s'appuyer sur des succès antérieurs - dans le cadre scolaire mais pas seulement - de façon à gagner la confiance en soi qui fait tellement défaut à de nombreux élèves.

47 % des répondants au baromètre disent se sentir débordés à la perspective des révisions. Comment expliquez-vous cela ?

La question des efforts à fournir en vue de l'obtention du bac se pose avec d'autant plus d'acuité que le travail fourni pendant l'année scolaire n'a pas été régulier ou suffisant.
Mais les très bons élèves aussi peuvent avoir le sentiment d'être débordés. Ils ont en effet tendance à se perdre dans les détails, au risque de se noyer. Cependant, pour eux, la préparation du bac ne pose pas réellement de problèmes. Pour ceux qui sont en difficulté en revanche, c'est plus compliqué. Au moment des révisions, ils se heurtent à des questions méthodologiques : Quelles matières réviser en priorité ? Est-il préférable de se présenter aux épreuves en ayant fait des impasses ou d'opter pour des connaissances minimales sur tous les chapitres ? Le problème, c'est que les jeunes en difficulté n'osent pas demander conseil à leurs professeurs par crainte de renforcer une image qu'ils pensent déjà écornée ou négative.
En France, les professeurs sont perçus par les élèves comme des évaluateurs, pas comme des coachs. Alors que c'est à eux d'aider les jeunes à faire des choix stratégiques.

Les candidats interrogés se disent plutôt favorables au contrôle continu. Qu'en pensez-vous ?

Le contrôle continu aurait pour vertu d'éviter aux élèves une épreuve qu'ils jugent anxiogène. Mais ce serait une erreur. Les stratégies d'évitement renforcent l'anxiété. Or, à 18 ans, les jeunes sont prêts à se confronter à une épreuve et à être évalués. Face à la peur de l'examen, le pire serait justement l'évitement.

Quel rôle jouent les parents au moment du bac ?

Au moment des épreuves, le jeune a besoin d'un soutien affectif. Là, ce sont les parents qui sont en première ligne. Ils doivent aider leurs enfants à prendre du recul et à relativiser l'enjeu en rappelant que, même s'ils n'obtiennent pas exactement les résultats qu'ils espèrent, il existe de nombreuses sorties possibles. Avoir un plan B, voire C, permet de faire baisser le niveau d'anxiété.

Au-delà du bac, les jeunes se disent très inquiets quant à leur orientation...

Oui. Comme si le fait de ne pas obtenir son premier choix avait des conséquences irréversibles sur la vie du jeune. Les parents et les enseignants participent, là aussi, largement à ce climat anxiogène. Il faut relativiser cette question de l'orientation. On ne joue pas sa vie sur une épreuve d'examen, ni sur un clic APB. Les choses sont beaucoup plus complexes.

Selon vous, le bac a-t-il encore de la valeur ?

Oui, beaucoup. Pour preuve, tout le monde se souvient de son bac, des notes qu'il a eues, de la mention qu'il a décrochée ou, au contraire, à côté de laquelle il est passé. Ne pas l'avoir constitue une blessure narcissique très forte, et ce d'autant plus que le taux de réussite est très élevé (88 %).
Si le bac revêt une telle importance, c'est qu'il est bien plus que la reconnaissance d'un parcours scolaire, c'est un véritable rite initiatique. Une sorte de rituel de passage qui marque la limite entre le monde de l'enfant et celui de l'adulte.

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