Bac 2021 : la crainte d'une épreuve de philo inégalitaire et dévaluée

Par Thibaut Cojean, publié le 10 Juin 2021
5 min

Entre les demi-jauges localisées et les profs absents non remplacés, tous les élèves de terminale n’ont pas eu les mêmes conditions de préparation à l’épreuve de philosophie pour le bac 2021. Et au lieu de favoriser la réussite de tous, les profs de philo craignent que les aménagements mis en place par le ministère renforcent les inégalités.

Peut-on efficacement se préparer à une épreuve du bac quand les profs ont été absents une partie de l’année ? Dans un récent sondage de l’Etudiant, 79% des lycéens se positionnaient pour l’annulation de l’épreuve écrite de philosophie. Les différentes raisons invoquées gravitent toutes autour des deux mêmes thématiques : le manque de préparation et les inégalités entre lycéens.

Préparation inégale à l'épreuve de philo

D’abord pointé du doigt, les demi-jauges au lycée, qui n’ont pas été appliquées de la même manière sur tout le territoire. "Tous les lycéens n’ont pas été en distanciel", nous écrit un élève. "Il y a des inégalités entre les lycéens à temps plein et ceux à mi-temps", abonde un autre. Conséquence observée de cette organisation, "on a fait 0 bac blanc", se désole un troisième.

Mais au-delà des cours à distance ou "une semaine sur deux", plusieurs élèves se sont inquiétés de ne pas assez voir leurs professeurs. Des profs absents "trop souvent", parfois "deux mois", parfois "un trimestre", voire "presque toute l’année".

"Globalement et incontestablement, l’année s’est mal passée car l’organisation a été chaotique et très diverse selon les établissements", relate Nicolas Franck, professeur de l’Association des professeurs de philosophie de l’enseignement public (APPEP).

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Pas assez de profs remplaçants

Si son association ne dispose pas de chiffres concernant les professeurs absents non remplacés, il juge "vraisemblable qu’il y ait eu des problèmes", particulièrement avec la crise sanitaire et les conditions d'isolement pour les personnes infectées ou cas contact. Il explique : "Il y a encore 10 ans, un volant de profs titulaires étaient disponibles pour les remplacements. Aujourd’hui, ça n’existe plus. On fait appel à des vacataires qui ne sont pas suffisamment nombreux."

Les aménagement de la philo ne convainquent pas

En raison de la crise sanitaire, l’épreuve de philo a toutefois été aménagée. Ces nouveautés ont été annoncées début mai par le ministère de l’Education nationale : il y aura trois sujets de dissertation au lieu de deux, et le jury retiendra la meilleure note entre celle de l’épreuve et la moyenne de l’année. Pour Nicolas Franck, "une mesure absurde qui transforme l’épreuve en simulacre d’épreuve".

Pour le professeur d’autres solutions existaient, comme "doubler le nombre de sujets". Opposée au contrôle continu en raison des "inégalités", l’APPEP avait proposé cette solution dès le mois de novembre 2020, mais "le ministère l’a refusée".

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Risque de prendre l’épreuve à la légère

Le professeur craint également que l’ambiance des épreuves ne soit pas propice à la composition. "Dans nos classes des élèves prévoient des concours pour savoir qui fera les copies les plus marrantes, et nous demandent s’ils pourront les prendre en photo à la fin de l’épreuve."

Une légèreté qui ne conviendra pas à ceux qui ont besoin d’une bonne note pour remonter leur moyenne. De fait, dans le sondage de l’Etudiant, les élèves favorables au maintien de l’épreuve expliquent souvent ce choix par l’espoir d’avoir une meilleure note à l’épreuve qu’au contrôle continu.

Au final, selon le professeur, les aménagement décidés "incitent à l’abandon au lieu d’inviter au travail". "Les élèves satisfaits de leur moyenne feront acte de présence, poursuit-il. C’était la seule épreuve écrite de leur lycée, on leur en prive !"

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