1. Bac 2018 : pouvez-vous rendre vos copies en langues régionales ?
Décryptage

Bac 2018 : pouvez-vous rendre vos copies en langues régionales ?

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La défense de l'identité régionale peut coûter cher aux candidats du bac et du brevet. // © Michel GAILLARD/REA
La défense de l'identité régionale peut coûter cher aux candidats du bac et du brevet. // © Michel GAILLARD/REA

Des lycéens et des collégiens bretons et basques ont rendu certaines de leurs copies de baccalauréat ou de brevet dans leur langue régionale à la session 2018. Or, le règlement l'interdit. Résultat : les réponses formulées en breton ou en basque n'obtiendront aucun point.

Ils sont 15. Quinze lycéens bretons du lycée Diwan de Carhaix-Plouguer (29) où tous les cours sont donnés en breton, à avoir rendu leurs copies d'histoire-géographie et de mathématiques en langue bretonne. Mais aussi 80 collégiens qui ont écrit leur composition de sciences du brevet en breton. Plus au sud, ce sont 179 élèves des collèges Piarres-Larzabal, Xalbador, Manex-Erdozaintzi-Etxart et les élèves de la troisième professionnelle du collège Bernat-Etxepare qui ont rendu leur copie de sciences de l'examen de fin de collège en langue basque.

"La langue des examens est le français"

Problème : ils n'en avaient pas le droit. Dans un communiqué de presse publié le 4 juillet 2018, le rectorat de l'académie de Rennes a rappelé le point de règlement ad hoc. Selon le Code de l'éducation, "la langue de l'enseignement, des examens et concours, ainsi que des thèses et mémoires dans les établissements publics et privés d'enseignement est le français." À cela, une exception toutefois : les épreuves d'histoire-géographie du bac peuvent être proposées en langue régionale "compte tenu notamment d'un nombre de correcteurs garantissant un "brassage" des copies propre à en garantir l'égalité de traitement." Au brevet, toutes les épreuves peuvent être passées en langue régionale sauf les sciences.

Lire aussi : Sujets et corrigés du bac 2018 par série

Zéro point pour les réponses en breton ou en basque

Les copies d'histoire-géographie du bac et celles du brevet de mathématiques et d'histoire-géographie rendues en breton ou en basque seront donc évaluées normalement. Mais ce ne sera pas le cas de l'épreuve de maths du bac ou de sciences du brevet. "Toutes les copies ont été corrigées en valorisant les réponses en français et en langage scientifique (schémas, calculs, formules mathématiques…). Les parties d’exercices rédigées en breton (ou en basque) ne peuvent pas bénéficier de points."

Luca fait partie des lycéens bretons à avoir bravé l'interdit. "On savait qu'on prenait un gros risque, celui de ne pas avoir notre bac. C'est d'ailleurs pour cela que tout le monde ne l'a pas fait. Et si je ne suis pas celui qui prend le plus de risques car je pense avoir mon bac malgré les maths, d'autres, en revanche, comptent sur cette épreuve pour l'avoir et ça risque d'être compliqué."

Une pétition signée par près de 14.000 personnes

Lui et ses camarades ont choisi les maths pour une raison bien précise : les élèves basques de terminale ont depuis 2012 le droit de passer cette matière en basque. Selon le membre de Bak e Brezhoneg, comité qui revendique de passer l'intégralité des épreuves du bac en breton, le nombre de correcteurs était pourtant suffisant pour corriger l'examen dans la langue bretonne. "Le refus du rectorat est donc politique", assure-t-il. Depuis deux ans, le comité a multiplié les actions pour faire bouger les choses : une première pétition signée par 3.500 personnes, des lettres au rectorat, au ministère, un rassemblement… "Mais comme rien n'a changé, nous sommes passés aux actes, notamment pour médiatiser la lutte, " explique-t-il.

Et les lycéens ne comptent pas en rester là. Une nouvelle pétition a été mise en ligne et a récolté jusqu'alors plus de 13.500 signatures. Vendredi 6 juillet, jour de la publication des résultats du bac, le comité prévoit une conférence de presse. Pour engager d'éventuels recours ? "Nous prendrons des décisions à ce moment-là", temporise Luca. Avant de prévoir une mobilisation plus grande l'année prochaine. "Si ça ne marche pas cette année, c'est certain que l'an prochain, d'autres le feront de nouveau et ils seront certainement plus de 15."