1. Exprimer son opinion au bac, un pari risqué ?
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Exprimer son opinion au bac, un pari risqué ?

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Au-delà de votre opinion, ce qui intéresse le correcteur, c'est la manière dont vous construisez votre argumentation. // © iStockphoto
Au-delà de votre opinion, ce qui intéresse le correcteur, c'est la manière dont vous construisez votre argumentation. // © iStockphoto

Certaines épreuves du bac invitent à confronter des idées. Mais attention ! Si les correcteurs n'attendent pas des lycéens qu'ils se cachent derrière leur petit doigt, tout dépend des épreuves.

L'argumentation au baccalauréat est un exercice d'équilibriste. Connaître les attentes pour les épreuves concernées est le plus sûr des filets de secours.

En langues vivantes : prendre ses précautions

"Pour toutes les épreuves, le candidat qui fait l'apologie des drogues ou du terrorisme, qui tient des propos racistes, sexistes ou encore obscènes à l'écrit comme à l'oral, peut être sanctionné dans la notation, voire poursuivi en justice", rappelle Christian Champendal, inspecteur pédagogique régional d'anglais.

Les opinions personnelles respectueuses de la loi sont bienvenues, et même sollicitées. L'expression écrite de langue vivante 1, par exemple, évalue "l'aptitude du candidat à exprimer de façon nuancée et argumentée une opinion ou un avis [...] dans une langue correcte, aussi précise que possible". Christian Champendal recommande de prendre le temps de penser et de peser chaque argument, puis d'exprimer le tout en des termes à la fois clairs et simples – le fameux speak simply des professeurs d'anglais.

En français : selon le contexte

"Je crois que ne pas prendre parti, c'est encore en prendre un (le mauvais)", écrit Francis Ponge dans Le Parti pris des choses. La maxime du poète, dont les textes sont régulièrement au programme, vaut-elle pour l'épreuve de français ? "La capacité à exprimer un point de vue personnel ne figure pas dans la liste des principales compétences attendues, rappelle Thomas Guyard, professeur de français au lycée Léonard de Vinci, à Melun (77). Néanmoins, cette capacité peut être pertinente aux épreuves anticipées, à l'oral ou dans le travail d'écriture. Tout dépend du sujet et des questions."

En off, les professeurs qui corrigent les épreuves de français s'entendent pour dire que les candidats ont parfois des réactions épidermiques sur des sujets sensibles tels que le racisme, le sexisme, l'antisémitisme, la politique ou encore la religion. "À l'oral, quand je sollicite le point de vue d'un élève, je n'attends pas de lui qu'il se cache derrière son petit doigt. Je suis alors attentif à l'ouverture d'esprit et à la manière dont se construit l'argumentation", confie le professeur de français, examinateur des différentes séries depuis une dizaine d'années.

En histoire-géographie : critiquer, c'est questionner

À l'épreuve d'histoire-géographie, les candidats sont notamment invités à "faire l'étude critique d'un ou deux document(s)". Ici, la critique n'est pas un point de vue mais bien un questionnement. "Le rôle d'un professeur consiste à mettre les bons outils dans les mains de ses élèves", affirme Claire Guéville, professeure d'histoire-géographie et responsable des questions lycée au syndicat SNES-FSU.

"En ce qui concerne ma matière, ajoute t-elle, ces outils sont les statistiques, les données, l'analyse des sources, la contextualisation et la confrontation. Ils permettent de formuler le jugement critique attendu par les examinateurs.". Un jugement critique s'appuie donc sur un travail de réflexion et non pas sur ce qui paraît évident, les expériences personnelles ou les émotions.

En philosophie : l'opinion comme point de départ

Jean-François Dejours est professeur de philosophie au lycée Condorcet de Lens (62). Il participe aux réunions qui visent à harmoniser les corrections sur l'académie de Lille. Les élèves de première et de terminale lui demandent régulièrement s'ils peuvent faire part de leur point de vue je jour J. "Je leur réponds que l'opinion commune, ce que l'on pense spontanément, est justement le point de départ de la dissertation", rapporte Jean-François Dejours. Il poursuit : "Ce préjugé, qui semble évident, doit ensuite être confronté au doute et à la question 'ai-je raison de penser cela ?'"

La dissertation de philosophie est un exercice périlleux, comme le rappelle la note de service qui définit les attentes : "La nature de l'épreuve, peut-on lire, n'appelle pas la simple restitution de connaissances. L'exigence d'une culture philosophique accompagne un effort de pensée qui comporte lui-même, inévitablement, une part de risque". Traduction : l'une des épreuves les plus redoutées consiste à sortir des sentiers battus et à se mouiller. "Je me souviens d'une année où le sujet était : 'À quoi sert la philosophie ?', s'amuse Jean-François Dejours. Peu d'élèves ont osé partir de la réponse qui leur venait immédiatement à l'esprit : 'À rien'."

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