1. Pourquoi le bac vaut encore quelque chose
Décryptage

Pourquoi le bac vaut encore quelque chose

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Le bac est-il vraiment donné à tout le monde ? // © Fotolia
Le bac est-il vraiment donné à tout le monde ? // © Fotolia

Des taux de réussite qui battent des records, des commentateurs qui répètent à l’envi que le niveau des candidats baisse dramatiquement, une inscription dans le supérieur qui se joue avant même les résultats… Chaque année, c’est la même rengaine : le bac serait "donné" et ne vaudrait plus rien. Pas si sûr !

Si la valeur d'un diplôme est inversement proportionnelle au nombre de personnes qui le décrochent, alors le bac ne vaut plus grand-chose. C'est du moins ce qu'affirment ceux pour qui les taux de réussite – 88,5 % en 2016 – traduisent immanquablement une baisse de niveau. Le bac est-il de plus en plus facile ? Les professeurs subissent-ils des pressions pour remonter les notes ? Les études supérieures se décident-elles vraiment avant le bac ? Qu'en est-il vraiment ?
 

6 bonnes raisons de devenir bachelier


fleche-rouge Non, tout le monde n'a pas le bac
fleche-rougeNon, le bac n'est pas bradé
fleche-rougeNon, aujourd'hui, le bac n'est pas plus facile
fleche-rougeOui, le bac a de la valeur : il vous oblige à vous mobiliser
fleche-rougeOui, le bac a de la valeur : il vous ouvre les portes du supérieur
fleche-rougeOui, le bac a de la valeur : il vous fait "grandir"
fleche-rougeLe bac ne vaut rien ? "Rien ne vaut le bac" pour les lycéens



 

Spécial master(e)s et 3e cycles Non, tout le monde n'a pas le bac

En 1945, 3 jeunes sur 100 décrochaient le bac, en 1975, ils étaient 25, en 2016, 78. Le taux de bacheliers dans une génération progresse donc. Mais de là à en conclure que tout le monde a le bac, il y a un pas qu'il serait imprudent de franchir. D'abord, 78 % ce n'est pas 100 %. Autrement dit, 22 % d'une génération ne décrochent pas le sésame indispensable à la poursuite d'études supérieures. Un peu plus d'un tiers d'une génération (39,5 %) est titulaire d'un bac d'une série générale, contre 23,7 % pour les séries professionnelles et seulement 15,5 % pour les séries technologiques.

Certes, on se rapproche de l'objectif fixé en 1985 par Jean-Pierre Chevènement de porter 80 % d'une classe d'âge au niveau bac, mais on est encore loin de l'idée selon laquelle tout le monde serait bachelier.
 

Spécial master(e)s et 3e cycles Non, le bac n'est pas bradé

De la même manière, l'idée que le bac serait "donné" mérite d'être balayée. Le taux de réussite au bac bat certes des records chaque année. C'est vrai surtout pour le bac général (plus de 9 candidats sur 10 l'ont décroché en 2016). C'est vrai aussi pour le bac technologique (90,7 %) mais un peu moins vrai pour le bac professionnel, dont le taux de réussite est de 82,2 %.

Des résultats qu'Emmanuel Sulzer, chercheur au CEREQ (1) juge pour le moins normal : "À partir du moment où le bac est un diplôme de fin d'études secondaires, il est logique que la très grande majorité des candidats le réussissent. L'inverse signifierait que les enseignants n'ont pas fait leur boulot !" Quant à l'idée selon laquelle les notes feraient l'objet d'un marchandage pour atteindre un certain plancher de reçus, pour Xavier Till, professeur de français à Versailles (78), cela relèverait de "la légende". Et Philippe Watrelot, professeur de SES (sciences économiques et sociales) à Savigny-sur-Orge (91) d'ajouter : "Au moment des délibérations des jurys, on peut décider collectivement d'augmenter une note si elle est jugée trop basse au regard des résultats habituels de l'élève. Et il peut y avoir une harmonisation entre les différents jurys sur un même centre d'examens, mais il n'est nullement question de pression."

Même son de cloche du côté d'Agnès Serval, professeure de mathématiques à Créteil (94) : "Nous gardons le même niveau d'exigence au moment du bac que pendant l'année. La seule différence, c'est qu'on hésite peut-être moins à mettre de très bonnes notes comme de très mauvaises."

Et côté élèves ? "Laisser entendre que le bac est bradé, c'est non seulement très méprisant pour les élèves mais, en plus, ça les maintient dans l'illusion que même sans travail, ils peuvent réussir", regrette Xavier Till. Or "le bac est une confirmation de ce qui s'est fait dans l'année et, au final, il y a assez peu de surprises", confirme Philippe Watrelot. En témoigne Victoria, qui double sa terminale S à Dijon (21) : "L'an dernier, je ne travaillais pas beaucoup, mais comme autour de moi on disait que le bac était très facile, qu'on le donnait à tout le monde, j'étais persuadée que ça passerait. Eh bien non...", regrette la jeune fille qui dit avoir d'autant plus mal vécu son échec que son entourage ne l'a pas compris.

(1) Centre d'études et de recherches sur les qualifications

Examens, ficheLa fameuse copie d'examen. // © Fotolia

 

Spécial master(e)s et 3e cycles Non, aujourd'hui, le bac n'est pas plus facile

C'est que le discours sur la baisse de niveau des bacheliers ou la facilité des épreuves est courant. Ils sont en effet quelques-uns à partager l'avis de Christophe Guillard, professeur de sciences physiques en BTS (brevet de technicien supérieur) à Bordeaux, qui lâche : "Le bac ne certifie plus la maîtrise d'un niveau académique minimum." Un avis auquel ne souscrivent pourtant pas certains, comme Hubert Tison, secrétaire général de l'APHG (Association des professeurs d'histoire-géographie) pour qui le bac, au contraire, est toujours exigeant. Ce que confirme Philippe Watrelot : "Il ne suffit pas d'avoir des connaissances pour réussir. On attend des élèves qu'ils réfléchissent. J'aurais donc tendance à dire que le niveau monte." Et Valérie Sipahimalani, secrétaire générale du SNES (Syndicat national des enseignants du second degré) d'insister: "Les sujets font appel à des capacités d'analyse et de synthèse. Le corollaire de ces exercices plus difficiles, c'est que les barèmes sont plus larges, c'est tout !"

Conclusion : le bac n'est pas plus facile même si vous êtes de plus en plus nombreux à le décrocher ! "C'est un peu comme le marathon. Réservé à une élite il y a encore quelques années, il s'est fortement démocratisé. Pour autant, la distance à parcourir reste la même !", glisse Philippe Watrelot, un brin facétieux. Et ce n'est pas Tristan, en licence d'histoire à l'université de Bourgogne après un bac S, qui le contredira : "Le bac facile ? C'est tout le contraire. On nous demande de maîtriser des notions complexes que l'on ne peut pas acquérir sans un minimum de travail."

Valérie Sipahimalani le martèle : "Le bac verrouille l'ensemble des enseignements en lycée : savoirs, méthodes, capacités d'analyse... C'est l'assurance qu'une culture commune a été acquise." Hubert Tison insiste : "À travers le bac, l'institution reconnaît le travail accompli par l'élève pendant toute sa scolarité secondaire." Pas question de lui parler de baisse de niveau : "Un élève qui ne maîtrise pas les compétences et les connaissances que l'on est en droit d'attendre de lui ne décrochera pas le diplôme." Même son de cloche du côté des lycéens. Ainsi pour Victoria, en terminale S : "Le bac est la garantie d'un certain niveau intellectuel." "Cela montre que l'on maîtrise un minimum de connaissances, et la mention, c'est la preuve que l'on est très fort !" renchérit Basile, 18 ans, également en terminale S, à Paris.
 

Spécial master(e)s et 3e cycles Oui, le bac a de la valeur : il vous oblige à vous mobiliser

En plus de valider un certain nombre de connaissances, le bac a un autre mérite : celui d'être un examen. Et, comme tout examen, pour le réussir, il vous faut fournir un effort. "C'est l'occasion pour les élèves d'apprendre à planifier leurs révisions, à gérer leur temps, leur stress...", commente ainsi Hubert Tison. Autant de compétences qui vous seront nécessaires dans vos études supérieures, voire dans votre vie professionnelle. Un avis que partage Philippe Watrelot: "En obligeant les candidats à rassembler leurs connaissances et à travailler dans un temps imparti, les épreuves terminales du bac sont très formatrices."

Ce que, d'ailleurs, vous ne contestez pas. Ainsi, tous les jeunes interrogés associent le bac à du "travail" et à des "efforts". "Je serai fière d'avoir mon bac. Ça prouve que je n'ai pas travaillé pour rien. Il aura d'autant plus de valeur qu'il m'aura fallu fournir un effort pour l'avoir", explique Maeliss, 17 ans, en terminale professionnelle boulangerie-pâtisserie à Limoges (87). Basile est sur la même longueur d'ondes : "Contrairement à ce que l'on dit souvent, il faut beaucoup travailler pour l'avoir. Il n'y a qu'à regarder les programmes : on nous demande de maîtriser des notions très pointues, d'être capable d'élaborer des raisonnements complexes." Et cette exigence est aussi, voire plus forte, pour les très bons élèves. "Pour les meilleurs lycéens, l'enjeu n'est peut-être pas tant de décrocher le bac qu'une mention. Mais dans tous les cas, il y a un enjeu", analyse Agnès Serval, professeure de mathématiques à Créteil.

Examens, révisionsPour avoir le bac, pas d'autre choix que de travailler. // © Shutterstock

 

Spécial master(e)s et 3e cycles Oui, le bac a de la valeur : il vous ouvre les portes des études supérieures

Autre argument couramment avancé par les détracteurs du bac : son faible impact sur la poursuite d'études supérieures. Tout se déciderait avant l'année de terminale. Qu'en est-il ? En 2016, vous étiez près de 760.000 à avoir émis au moins un vœu sur le portail APB (Admission-postbac). Pour ceux qui ont choisi une filière sélective et/ou qui ont passé un concours dit "postbac", c'est un fait : la sélection s'opère avant le bac. À l'exemple d'Arnaud, en terminale S à Meudon (92) : "Depuis que je sais que je suis pris à McGill [une université canadienne, NDLR], j'ai moins la pression". Même chose pour Malo qui a enfin obtenu la réponse "accepté" pour entrer dans l'IUT (institut universitaire de technologie) en alternance qu'il visait.

Pour autant, ils intégreront ces cursus... "sous condition du bac". Sous peine de devoir renoncer à leurs projets. Une expérience dont Victor, en terminale ES à Lyon (69) pour la deuxième année, se serait bien passé : "L'an dernier, j'étais pris en BTS tourisme mais j'ai raté mon bac, je n'ai pas eu d'autre choix que de redoubler", témoigne le jeune homme qui dit avoir eu d'autant plus de mal à s'en remettre qu'il "ne rêvait que d'une chose : quitter le lycée et passer à autre chose". Allez lui dire maintenant que le bac ne sert à rien !

"Au plan juridique, le bac est le premier grade universitaire. Il est donc indispensable pour s'inscrire à l'université", tient à rappeler Emmanuel Sulzer,  chercheur au CEREQ. Or, en période de crise, autant mettre le plus de chances de son côté sur le marché de l'emploi, même si vous n'envisagez pas de poursuite d'études : le taux de chômage d'un non-diplômé est près de cinq fois supérieur à celui d'un diplômé de l'enseignement supérieur (respectivement 47 % et 10 %). En témoigne, Damien, qui a quitté le lycée après la seconde, et qui affirme aujourd'hui "porter comme un boulet le fait de n'avoir aucun diplôme, même pas le bac..."

Autre raison de prendre les épreuves au sérieux : dans certaines formations, non seulement il faut avoir le bac mais justifier, en plus, d'une mention. Pas question d'intégrer le collège de droit d'Assas par exemple si vous n'arborez pas un 16/20 de moyenne au bac ou la réussite à un test. De façon plus générale, décrocher une mention peut vous ouvrir des portes que vous pensiez jusque-là fermées. Ainsi, les bacheliers professionnels qui ont une mention bien ou très bien en poche peuvent accéder de droit aux BTS de leur domaine. Autre exemple : à l'IEP (institut d'études politiques) de Rennes (35), la mention très bien donne droit à une admission sur titre et des modalités de recrutement particulières. Autant de raisons de ne pas prendre le bac à la légère.
 

Spécial master(e)s et 3e cycles Oui, le bac a de la valeur : il vous fait "grandir"

Au-delà de permettre la poursuite d'études, le bac a une valeur symbolique forte. "Si je le décroche, mes parents seront super-fiers !" lâche Maeliss. Rien d'étonnant à cela. "Le bac ? C'est un rite de passage. Il y a un avant et un après", lâche Emmanuel Sulzer. Xavier Pommereau, psychiatre spécialiste des adolescents, partage la même analyse : "Comme le BAFA [brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur] et le permis de conduire, le bac marque le passage à l'âge adulte. Une fois en poche, on change de statut : d'élève, on devient étudiant."

Cette idée que le bac ferait grandir, Tristan, en licence d'histoire à l'université de Bourgogne, la partage largement : "Le jour des résultats, j'ai éprouvé un immense soulagement mêlé à une réelle fierté. J'allais, enfin, pouvoir passer à autre chose !" Quant à Alain, en première année d'école de commerce, il s'est même étonné de sa réaction à l'annonce des résultats : "J'ai abordé le bac plutôt cool, voire désinvolte. J'étais sûr de moi. Comme les autres, je répétais que ce n'était qu'une formalité, sans enjeu. Je n'imaginais pas à quel point je serais fier et soulagé de le décrocher, a fortiori avec mention. Depuis, je ne suis plus tout à fait le même. J'ai rejoint le clan des bacheliers."

Car le bac revêt aussi une dimension collective qui renforce son caractère ritualiste. "Il faut les voir, ces jeunes, se précipiter dans les bras les uns des autres et s'embrasser ou se consoler mutuellement le jour des résultats", observe Emmanuel Sulzer qui n'hésite pas à parler de "communion générationnelle". Même Romain Mitre, professeur de biochimie et de génie biologique en BTS, pourtant très sévère avec le bac qu'il juge "bradé", n'en conteste pas la valeur symbolique : "C'est une étape qu'il faut franchir."

Un diplôme à haute teneur symbolique, donc. À écouter Emmanuel Sulzer, "le bac n'est pris à la légère dans aucune famille. Même parmi les plus diplômées. Mais c'est encore plus vrai parmi les bacheliers professionnels. Issus majoritairement de milieux populaires, ils sont nombreux à être les premiers de leur famille à le décrocher." Et Xavier Pommereau de conclure : "Le bac, de par sa valeur symbolique, reste un moment très important, dont on se souvient longtemps." Pour finir de vous en convaincre, faites le test, demandez à vos proches s'ils se rappellent du jour des résultats de leur bac : rares seront ceux qui l'auront oublié !
 

Le bac coûte-t-il cher ?
À en croire une étude du syndicat majoritaire des chefs d'établissements, le SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale), le bac coûterait 1,5 milliard d'euros. Ce montant comprend le coût des épreuves (74 millions), mais aussi celui lié à l'organisation préalable, et notamment aux trois semaines de cours "perdus". Au total, le bac mobilise plus de 175.000 correcteurs payés 5 € la copie et 9,60 € l'heure d'oral. Un coût que d'aucuns jugent prohibitif au regard du nombre d'admis et de la "prédicabilité des notes". D'où l'idée avancée par certains de le supprimer ou, tout le moins, de le toiletter.

"On pourrait faire aussi bien à moindre coût en ne faisant passer, par exemple, que quelques matières sur un temps plus ramassé, les autres épreuves feraient alors l'objet de contrôle en cours de formation [CCF]", explique Philippe Watrelot. Un bon moyen de réduire la facture sans toucher au caractère national du bac auquel vous êtes tellement attachés ?

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Le bac ne vaut rien ? “Rien ne vaut le bac” pour les lycéens