Convocations tardives, parents surveillants, mauvais sujets : les couacs du bac des candidats libres et hors contrat

Par Thibaut Cojean, publié le 14 Juin 2021 - Mis à jour le 15 Juin 2021
8 min

Le bac 2021 connait déjà ses premiers couacs. La semaine du 7 juin 2021, les épreuves de spécialités des 4.300 candidats libres et lycéens d'établissements hors contrat ont été perturbées par la distribution de convocations tardives et faussées, un manque de personnel qualifié pour la surveillance et la présence d'erreurs dans les sujets.

Pour les candidats libres et les lycéens du hors contrat, les épreuves écrites du baccalauréat 2021 ont commencé les 7, 8 et 9 juin par les épreuves de spécialités. Une semaine marquée par de nombreux dysfonctionnements, tandis que les garants de l’organisation s’en renvoient la responsabilité.

Convocations tardives

Première étape : les convocations. "On n’a jamais vécu ça !" s’indigne Jérôme Coignard, CPE du lycée privé Ipécom Paris. "D’habitude, on reçoit les convocations un mois avant", explique-t-il. Cette année, "certaines sont arrivées trois jours avant les épreuves." "Parfois le jour même, " surenchérit Annie Reithman, directrice de la même école.

"Ma convocation est arrivée deux semaines avant, c’était super tard", témoigne Joséphine, élève du lycée Diagonale, à Paris (75). En plus d’un délai serré, la jeune fille a dû jongler avec quelques difficultés techniques. "Les convocations ont été envoyées sur Cyclades (logiciel de gestion des examens et concours administré par l’Éducation nationale, NDLR), mais, pour la moitié des élèves, ça n’a pas marché."

Finalement, c’est son école qui les a imprimées et envoyées aux élèves. "Pour le tronc commun, c’était n’importe quoi, souffle Joséphine. Certains avaient une épreuve dans un lycée et une deuxième dans un autre le même jour, avec très peu de temps pour se déplacer. Moi, j’avais deux numéros de candidats et des codes différents."

Des erreurs dans les convocations ont aussi été observées par l’équipe d’Ipécom. "Pour la spécialité théâtre en première, les convocations sont arrivées trois jours avant l’épreuve, raconte Jérôme Coignard. Les élèves ont envoyé leur dossier au lycée indiqué comme centre d’examen, qui a répondu qu’il ne faisait pas passer les épreuves ! Le Siec (service interacadémique des examens et concours) n’a pas donné le bon établissement sur la convocation !" Autre exemple, une professeure qui a été convoquée comme examinatrice de l’oral d’une matière qu’elle n’enseigne plus depuis cinq ans.

Le CPE ne blâme pourtant pas le Siec, mais le basculement des convocations sur le logiciel Cyclades : "Ils sont victimes comme nous. Ils ne savaient plus quoi faire avec le système informatique."

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Des parents sollicités pour surveiller les épreuves

Deuxième étape : la surveillance. Dans le cadre d’une épreuve organisée par l’Éducation nationale, qui est habilité à surveiller les épreuves ? Dans l’académie de Versailles, un lycée hors contrat a demandé à des parents d’élèves de surveiller bénévolement les épreuves de spécialité.

Dans un courriel que l’Etudiant a pu consulter, la direction de l’établissement écrit que "l'académie est dépassée, et demande aux établissements hors contrat de prêter main forte pour la surveillance de leurs élèves. L'académie ne pouvant obliger nos professeurs (qui, en outre, sont occupés par ailleurs) à effectuer ces surveillances, il ne reste que la solution du bénévolat."

Selon Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école, des professeurs du hors contrat, donc non-salariés de l’Éducation nationale, ont aussi été sollicités pour surveiller des épreuves. "On ne peut pas envoyer n’importe qui, s’exclame-t-elle. Juridiquement, ça ne tient pas la route : en cas d’accident ou de triche, qui est responsable ?" La présidente craint du "travail dissimulé" et trouve que "c’est un manque de considération pour les élèves".

De fait, des lycéens ont remonté que les surveillants ne connaissaient pas toujours les modalités des épreuves qu’ils devaient, pour certains, animer. Dans le cas du théâtre, les surveillants doivent diffuser trois fois la captation d’un extrait de pièce, comme indiqué dans les textes officiels. Le lundi 7 juin, trois centres d'examen parisiens accueillaient cette épreuve. Dans l'un d'entre eux, les élèves ont témoigné qu'ils ont dû demander à la surveillante de passer trois fois la captation vidéo. Dans un autre, l'extrait ne correspondait pas au sujet de l'épreuve.

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Erreurs dans les sujets

Troisième étape : les épreuves. Malgré ces difficultés, les candidats ont pu passer les épreuves dans des conditions globalement bienveillantes, même si des difficultés de respect des horaires ont été notifiées dans plusieurs centres d’examen. Une lourde erreur est toutefois à déplorer dans le sujet de la spécialité mathématiques en première. "Les élèves ont eu le sujet du Liban de 2018", explique Annie Reithman. Or, "c’est un sujet de terminale, qui n’est pas au programme en première."

L’incident étant remonté au Siec, l’exercice devrait être neutralisé. "Mais les élèves ont été déstabilisés et le temps passé à composer est perdu", regrette la directrice d’Ipécom.

Ces difficultés interviennent alors que les candidats libres, hors contrat ou scolarisés à domicile sont les seuls à passer les épreuves de spécialités cette année. Une situation qu’Aurélie Meynard, responsable des élèves de terminale de l’école Cours Progress, juge comme délicate. "C’est psychologiquement atroce pour les élèves, qui se sont sentis marginalisés", estime-t-elle.

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Si elle n’a constaté aucun souci organisationnel de son côté, elle considère que les élèves n’ont globalement pas été mis "dans de bonnes conditions" cette année. "De plus, ils n’ont pas eu la même dynamique que les autres pour préparer le grand oral, car tout le calendrier est chamboulé et il est difficile de savoir quoi prioriser."

Si les candidats de la semaine dernière étaient moins de 5.000, leurs mésaventures pourraient aussi toucher les quelque 1,2 million d'élèves de première et de terminale sous contrat qui commencent les épreuves cette semaine. Des retards dans l'envoi des convocations ont en effet déjà été annoncés par l’antenne Île-de-France du Snes, premier syndicat enseignant.

Reste à savoir qui est responsable. Contacté par l’Etudiant au sujet du manque de surveillants, le rectorat de Versailles nous a redirigé vers le Siec, qui explique que "les centres d’épreuves sont généralement des établissements publics ou privés sous contrat, mais pas des établissements hors contrat" et que s'il "peut être fait appel à des personnels des établissements hors contrats pour prêter main forte, (…) les parents d’élèves ne sont pas mobilisés pour faire de la surveillance".

Concernant les convocations, le Siec indique à l'Etudiant qu'elle ont été envoyées "pour tous les candidats le 2 juin", mais qu'il est "possible que certains candidats des établissements hors contrat n’aient pas su où trouver leur convocation, mise à disposition sur Cyclades". Le ministère de l’Éducation nationale ne donne pas la même version : il reconnaît que l’envoi des convocations a pris du retard en Île-de-France, en raison de "la volumétrie des candidats, de la nouveauté des épreuves et de la diversité des combinaisons d’enseignants à identifier pour tenir compte des spécialités choisies par le candidat".

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