Le bac n’est pas de plus en plus facile, il est de plus en plus démocratisé

Par Thibaut Cojean, publié le 17 Juin 2020
5 min

INFOGRAPHIES. À partir de 2021, le bac introduira une dose non négligeable de contrôle continu. Jusque-là, l’importance des épreuves terminales et les taux de réussite en constante augmentation ont parfois donné à cet examen la réputation d'être de plus en plus facile. En réalité, rendre le bac plus accessible permet d’augmenter le niveau moyen d’études.

C’est un refrain bien connu que l’on entend chaque année : "De toute façon maintenant ils donnent le bac à tout le monde !" Une autre maxime résonne au moment de la publication des résultats, à chaque session toujours meilleurs : "Les épreuves sont de plus en plus faciles."

À première vue, difficile de faire un autre constat : 74,9 % de réussite en 1995, 79,5 % en 2000, 85,6 % en 2010 et un record de 88,6 % en 2016. On pourrait dire que le niveau des élèves est meilleur, mais les enquêtes Pisa le trouvent au contraire plutôt stable.

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Les sujets d’aujourd’hui plus accessibles

"Evidemment, si on regarde les sujets des années 70, 80, 90, on se dit que ceux d’aujourd’hui sont plus accessibles, reconnaît Bertrand Galliot, professeur de maths à Paris, qui enseigne depuis 25 ans. Mais ce débat existe depuis que le bac existe."

Pour lui, la comparaison est hasardeuse car "en 1970, 20% d’une classe d’âge avait le bac. C’était un diplôme sélectif pour les élites, on pouvait se permettre de donner des sujets difficiles". Or, aujourd’hui, "le bac s’adresse à tout le monde". Depuis quelques années, c’est en effet près de 80% d’une classe d’âge qui est désormais diplômée du bac.

Taux bacheliers sur une génération depuis 1946

Claude Lelièvre, historien de l’éducation, appelle aussi à "distinguer les deux valeurs" du diplôme. Au départ, le bac servait de moyen d'entrer à l’université. Aujourd’hui, c’est "la sanction d’une fin d’études". "Il vient valider le travail fait depuis le CP", abonde Bertrand Galliot. Une autre lecture de ces résultats pourrait donc être que près de 9 candidats sur 10 (88% en 2019) ont validé "15 ans de scolarité".

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Le résultat de différentes politiques éducatives

L’évolution de la difficulté de l'examen se lit également dans les taux de mention : 1 bachelier sur 4 avait une mention en 1997, 1 sur 3 en 2006 et presque 1 sur 2 en 2016. Pour Bertrand Galliot, c’est une simple histoire de notation. "Les correcteurs acceptent plus facilement de mettre d’excellentes notes, considère-t-il. Il y a 20 ans, il était impensable de mettre un 20/20".

Taux bacheliers sur une génération depuis 1946

En réalité, permettre à un plus grand nombre d’élèves d’obtenir le baccalauréat résulte de différentes politiques éducatives, comme la création des bacs technologique (1969) et professionnel (1987). En 1985, le gouvernement se donne déjà l’objectif de diplômer 80% d’une classe d’âge avant l’an 2000.

"Les gouvernements ont compris qu’un bac plus accessible signifie plus d’étudiants", se félicite aujourd’hui Bertrand Galliot. Pour autant, il pense que "le bac n’est pas donné. Il est plus accessible, mais il faut encore travailler." Et quand bien même il serait plus facile : "Non seulement cela ne serait pas grave, mais je dirais même tant mieux !"

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Des compétences différentes

Car qui dit bac plus facile ne dit pas forcément niveau scolaire affaibli. Marc a passé le bac deux fois. En 2004, à 17 ans, il obtient un bac S, alors considéré comme "la voie royale". Dix ans plus tard, devenu ingénieur en informatique, il se lance dans un bac L, "pour l’exercice intellectuel et la curiosité".

À part "la LV2 espagnol qui était vraiment plus facile", le reste était "différent". S’il a trouvé que certaines épreuves étaient "devenues plus simples parce qu’[il avait] évolué, comme la philo", le double bachelier a aussi "réalisé le volume de choses à absorber, notamment en histoire-géo".

Cofondateur du site de soutien scolaire Les Bons Profs, Bertrand Galliot accompagne des candidats depuis 10 ans et a observé cette différence dans la durée. "Non, le niveau des élèves ne baisse pas, tranche-t-il, mais ils développent des compétences différentes. Même s’ils sont un peu moins bons en orthographe ou en calcul, nos étudiants d’aujourd’hui sont bien plus forts en travail collectif et en recherche d’information qu’il y a 20 ou 30 ans."

Un rite de passage immuable

S’il conditionne l’entrée à l’université, le bac est donc un diplôme qui sanctionne avant tout la fin d’un cycle d’études. Les taux de réussite en hausse ne témoignent pas d’une baisse de niveau des candidats, mais de la démocratisation des études en France, et le diplôme a su s’adapter dans le temps.

Ce qui n’a pas changé, c’est son importance dans la vie d’un adolescent. "Le bac est un marqueur de passage", rappelle l’historien Claude Lelièvre. Marc l’a senti : "Le stress, l’ambiance, c’était pareil en 2004 et en 2014 !"

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