1. Lycée autogéré : le bac et après ?
Témoignage

Lycée autogéré : le bac et après ?

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Au lycée expérimental de Saint-Nazaire (44) // © Martial Ruaud / Andia pour l'Etudiant
Au lycée expérimental de Saint-Nazaire (44) // © Martial Ruaud / Andia pour l'Etudiant

Que faire après le bac ? Comme tous les autres candidats, les élèves en lycée autogéré qui ont passé les épreuves se posent la question. Trois "anciens" du lycée autogéré de Paris partagent leur expérience postbac.

"Dès 15 ans, j'ai rejoint le LAP (lycée autogéré de Paris)." Au bout du fil, la voix de Jérémy est grave, posée. À 24 ans, il vit à Strasbourg où il anime des ateliers (informatique, radio…) avec différents publics au sein d'associations. En 2002, il décrochait un bac S avec mention au LAP, dès sa première tentative. "J'avais envie de faire des études supérieures en sciences, justifie-t-il. Et puis j'avais le goût du challenge." Avec seulement 25 % de réussite au bac au sein de l'établissement, "l'élève modèle" le reconnaît, son profil est atypique. "Ce qui est encore plus particulier, c'est que je me prédestinais au départ à une filière littéraire." Prêt à abandonner les sciences au collège, Jérémy se retrouve finalement au sortir du LAP à s'engager dans une prépa maths-physique. Une rencontre au lycée autogéré aura tout changé. "Mon prof de maths a complètement désacralisé la matière et m'a donné confiance en moi. Grâce à lui, j'ai su trouver le temps pour réfléchir au sens des choses et essayer de le partager avec d'autres élèves." Après un premier échec dans sa prépa, il s'essaiera pendant deux ans à une licence en maths et informatique qu'il arrêtera en milieu de deuxième année. "Je sentais une vraie différence à la fac avec les autres élèves. Dans leur positionnement par rapport aux adultes, dans l'attente qu'ils avaient qu'on leur donne l'autorisation pour tout… J'avais l'impression que c'était des gamins."

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Direction l'Angleterre, le Canada et la Chine

Un regard largement partagé par Cassiopée. "Au primaire, j'avais fait une école Montessori, commence-t-elle. Lorsque je suis passée en collège général, cela a été vraiment bizarre pour moi…" Discrète, bonne élève, elle ressent pourtant le système de notation comme une "humiliation permanente" et s'étonne de "la façon dont les élèves se traitent entre eux, de la façon dont les profs nous considèrent…" Après des passages infructueux dans trois différents collèges, elle rejoindra en le lycée autogéré de Paris en seconde. "J'y étais bien, dit-elle simplement. J'ai pu y souffler un peu. Et puis c'était ma dernière chance d'avoir le bac !" En 2010, pour ses 19 ans, elle réussira son bac L du premier coup. Elle enchaîne avec un séjour de huit mois à Londres, histoire "d'avoir une expérience de travail", dont elle ressort marquée par "l'aspect artistique" et "l'ambiance très détendue" de la ville.

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De retour à Paris, elle refait très vite ses valises, direction le Canada, où elle reste pendant un an."J'ai voulu y étudier, mais je n'ai pas pu m'inscrire…", explique-t-elle. Là-bas, une rencontre change à nouveau le cours de son histoire. Son copain, en cours à la fac. "Il était très impliqué dans la communauté chinoise de Montréal. Alors, lorsque nous sommes rentrés en France, je me suis inscrite en licence de japonais avec une mineure en chinois à Paris 8." Avec difficulté, elle valide une licence en chinois et commerce, ce qui lui permet, en M1, de partir en échange à Pékin pendant un an. Mais elle ne valide pas son master en France, et voit sa demande de master en Chine refusée. Aujourd'hui, de retour à Paris, elle cherche toujours sa voie. "J'ai essayé de m'orienter dans le cinéma, sans succès. J'essaierai peut-être dans l'artisanat, comme mes parents… ou je repartirai à l'étranger. Le Canada pourquoi pas… je m'y suis bien plue."

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Pour "construire son parcours" selon ses envies

Comme Cassiopée le constate, le LAP n'est pas nécessairement une lieu d'accomplissement personnel. Il offre plutôt, selon William, 28 ans, ancien du lycée, "une manière de se découvrir, dans un milieu moins normé, plus inclusif que le lycée général". Avec le recul, il regarde son passage par le LAP, il y a dix ans, comme une transition nécessaire, qui eut un effet presque salvateur sur son orientation. "Le bac était une nécessité pour moi. Mais j'avais besoin de construire mon parcours comme j'en avais envie. Il me fallait ce temps pour explorer, expérimenter autre chose." En 2010, il passe son bac L hors du lycée, en candidat libre, grâce au soutien de ses parents… et de cours particuliers. "J'avais besoin d'être poussé", explique-t-il.

Après deux tentatives postbac qui tournent court, en notariat puis en éducation spécialisée, il achève actuellement, après une licence en sociologie, un double master en sciences du travail et ingénierie sociale à Bruxelles. "C'est une amie qui m'a conseillé la Belgique. Là-bas, le cursus se construit avec l'étudiant, à l'anglo-saxonne. On a deux cours obligatoires, et le reste au choix." En parallèle de ses études, il travaille dans un job center à Bruxelles. Un lieu qui, ironie du sort, aide les citoyens belges dans leur insertion professionnelle.