1. Passer son bac en étant athlète de haut niveau : une question d’équilibre
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Passer son bac en étant athlète de haut niveau : une question d’équilibre

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Sportif de haut niveau et élève de terminale, Victor Levecque a deux fers au feu cette année : sa carrière et son bac. // © Louise Pluyaud
Sportif de haut niveau et élève de terminale, Victor Levecque a deux fers au feu cette année : sa carrière et son bac. // © Louise Pluyaud

Comment bien se préparer au baccalauréat quand on est double champion d’Europe d’équitation ? Entre les entraînements quotidiens et les compétitions, difficile pour Victor Levecque d’être à cheval sur les révisions. Ce lycéen de 17 ans a pourtant trouvé un équilibre pour exceller à la fois dans sa discipline et ses études. Rencontre.

Dans sa salle de cours, assis au premier rang, Victor écoute avec attention sa professeure. À lapproche du bac, l'éve de terminale reste concentré sur son objectif sans montrer le moindre signe de fatigue. Ce matin, tandis que ses camarades de classe dormaient encore, Victor était déjà debout. "Je me suis levé aux aurores pour emmener mon cheval Mac à sa visite médicale. Mes journées commencent souvent sur les chapeaux de roue", confie avec le sourire cet adolescent à la double vie.

"Chaque sportif de haut niveau est assez bon à l’école car il a le goût de leffort et du travail"

En plus d'être lycéen, Victor est aussi le grand espoir de l'équitation française. En 2015, il a été sacré champion de France et en 2014 double champion d'Europe d'équitation. Au classement national, il est le 32e meilleur cavalier professionnel et le 1er des moins de 21 ans. Un palmarès aussi impressionnant que ses résultats scolaires. "De manière générale, je pense que chaque sportif de haut niveau est assez bon à l'école car il a le goût de l'effort et du travail." 

Une déduction que ne contredira pas sa mère Odile qui a longtemps veillé à ce que son fils ne délaisse pas sa scolarité pour les entraînements. "Au niveau où il est maintenant, Victor a prouvé quil pouvait faire les deux. Son temps est très bien réparti. Il nous bluffe par la quantité de travail quil fournit à cheval et à la maison."

De limportance d’être constant

Effectivement, les journées de Victor sont très chronométrées. De 9h à 17h, il est au lycée. De 18h à 20h, il s'entraîne au centre équestre. Puis il rentre chez lui. Il dîne vers 20h30 et fait ses devoirs entre 21h et 23h. "Je révise le bac un peu chaque soir. Comme pour réussir un concours d'équitation, je me prépare bien en amont. C'est important de rester constant." Quand il a un contrôle le lendemain, il s'organise la veille pour gagner du temps. "Je monte mes chevaux, c'est tout. Je ne perds pas une heure à faire les soins."

À l'étranger pour concourir ou au haras pour s'entraîner, il lui arrive aussi de manquer les cours. Ce mardi après-midi, Victor ratera la philosophie. "Je n'ai pas d'emploi du temps aménagé. Si je rate un examen, c'est tant pis pour moi. Ma moyenne ne compte parfois qu'une seule note. Avec mon statut de haut niveau, les professeurs ne peuvent pas s'opposer à mes absences mais je dois me débrouiller pour tout rattraper." Pour cela, il peut compter sur ses camarades qui lui envoient leurs prises de notes et les devoirs.


Victor Levecque - Etudes et équitation

"Les compétitions mont rendu plus mature et plus confiant"

C'est à l'âge de six ans que ce jeune garçon un brin timide découvre la discipline du concours complet (dressage, cross et saut d'obstacles). C'est le coup de foudre et l'envie immédiate de débuter les compétitions. "J'y ai pris goût et depuis ma première médaille, je fais tout pour arriver premier", assure ce passionné de chevaux qui, en dehors de son sport, a su rester humble et même plutôt discret. "Quand mes amis sont en soirée ou sur Facebook, je suis en concours. C'est un choix de vie différent, mais je ne regrette rien."

L'équitation lui apporte tant sur le plan physique que moral. "Les compétitions m'ont rendu plus mature et plus confiant. Au collège, j'étais assez stressé. Aujourd'hui, grâce à un préparateur mental, j'ai appris à rester serein en toutes circonstances. Je dois en effet créer un équilibre avec mon cheval qui ressent toutes mes émotions." Une parfaite maîtrise de soi que Victor aura mise à profit dès le mercredi 15 juin, jour de la première épreuve du baccalauréat.

Après le grand saut

La plupart des athlètes de haut niveau arrêtent leurs études le brevet sinon le bac une fois en poche. Victor lui ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Intégrer le parcours aménagé "Nouveau Talent" d'une école prestigieuse telle que Paris-Dauphine ou Sciences po est l'un de ses vœux, lui permettant ainsi de poursuivre sa carrière sportive. L'ambition à terme est de pouvoir gérer sa propre écurie grâce à une formation en gestion. "Les sportifs qui participent aux mondiaux ne sont pas seulement des cavaliers chevronnés, ce sont aussi des hommes qui savent gérer leur entreprise et leurs sponsors", affirme ce jeune garçon ambitieux et pragmatique.

Sans nul doute la ténacité, le travail et la polyvalence emmèneront Victor jusqu'à son rêve : celui de participer aux Jeux Olympiques. Le Comité régional d'équitation d'île-de-France (CREIF) vient même de le sélectionner en tant qu'ambassadeur pour soutenir la candidature de Paris aux JO 2024. Mais pour l'heure, son prochain défi, c'est le bac.