Bac L 2015: sujet et corrigé de littérature sujet 1

Français - littérature
Terminale L

Le sujet de Littérature question 1 :


Les scénarios d'ensemble centrent la fin du roman sur "la petite fille de Charles [...] envoyée aux écoles gratuites". Mais c'est sur le triomphe du pharmacien Homais que s'achève la version définitive de Madame Bovary. Que pensez-vous de cette modification ?

Le corrigé de Littérature question 1, Bac L :


PISTES DE CORRECTION BACCALAUREAT EPREUVE DE LITTERATURE TERMINALES L


A) REMARQUES GLOBALES

Du point de vue de la forme :

- votre devoir doit développer les deux réponses séparément.

- chaque réponse contient : une brève introduction (présentation de l'œuvre et de son contexte, du sujet et annonce du plan), un développement organisé en grandes et sous-parties, une brève conclusion qui répond à la question posée.

Du point de vue de la méthode, il fallait :

- éviter le hors-sujet en analysant correctement la question au brouillon.

- justifier chaque idée par une référence précise au texte ou une courte citation.

- ne pas paraphraser les œuvres : ne pas réciter son cours ou relater l'intrigue mais sélectionner uniquement les éléments qui répondent à la question.

Etant donné le court temps imparti, le correcteur n'attend pas un développement exhaustif de chaque question mais une analyse pertinente du sujet qui permet un développement construit et argumenté ayant recours à des exemples précis de l'oeuvre.



B) CORRECTION DETAILLEE DE LA 1ERE QUESTION (8 points)

Les scénarios d'ensemble centrent la fin du roman sur « la petite fille de Charles […] envoyée aux écoles gratuites ». Mais c'est sur le triomphe du pharmacien Homais que s'achève la version définitive de Madame Bovary. Que pensez-vous de cette modification ?

Difficultés du sujet, analyse :

- Le sujet porte sur la « genèse » de l'oeuvre, c'est-à-dire sa période de création comme le stipule d'emblée l'expression « Les scénarios d'ensemble ». Il s'agit d'envisager le plan d'écriture de Madame Bovary et ses modifications.

- Il invite donc à réfléchir sur le travail de l'écrivain ce qui vient réfuter l'idée d'inspiration : le roman naît de la création et de la correction : c'est un corps textuel en perpétuelle mutation jusqu'à la publication.

- Le danger est de raconter la fin du livre (simple paraphrase illustrative) sans réfléchir à ces notions de genèse et de travail de l'écrivain.

- La difficulté du sujet : il ne porte que sur la fin du roman. Toutefois, il peut être utile de faire allusion à d'autres moments du roman qui éclairent la fin. Expl : l'incipit peut servir de comparaison efficace.

- Le terme « centrent la fin du roman » : le verbe « centrer » est surprenant pour évoquer la fin. Il faut voir en quoi la fin change la perception de l'oeuvre entière !

- Reformulation du sujet : pourquoi Flaubert a-t-il changé la fin ?

Le petit plus : connaître et citer exactement la dernière phrase du roman « Il vient de recevoir la croix d'honneur ».

Plan possible :
 

I) UNE PREMIERE FIN AMBIVALENTE : « la petite fille de Charles envoyée aux écoles gratuites »


1) un excipit péjoratif ?

- contraste entre la situation du ménage au début de l'oeuvre et à la fin.

Début : aisance, argent.

Fin : Charles est ruiné (dépenses inconsidérées d'Emma, notamment à cause de Lheureux, le marchand de nouveauté).

- « envoyées aux écoles gratuites » : l'expression relate donc une déchéance sociale. L'éducation de Berthe va pâtir de la situation finale désastreuse. L'argent manque pour assurer son avenir.

- Le terme « envoyée » est péjoratif. Idée de sanction, de punition, de fatalité.

2) mais l'espoir reste palpable

- L'école reste une dernière chance pour Berthe désormais orpheline.

- L'avenir lointain de la fillette n'est pas révélé. Evolution ? Marge de liberté dans cette omission ?

3) une fin purement littéraire qui se borne à clore l'histoire sans autre portée (philosophique, historique, sociale)

- le sort des personnages principaux est réglé : Emma, Charles, Berthe.

- Il s'agit donc d'une fin « logique ». On termine là où on avait commencé : Charles entre à l'école dans l'incipit // Berthe à la fin. Effet de bouclage, le roman forme un tout.



II) UNE MODIFICATION PESSIMISTE ET CRITIQUE : LE TRIOMPHE D'HOMAIS

Cinq ans plus tard, Flaubert retravaille ses ébauches et décide de changer la fin. Terminer sur le triomphe d'Homais change la portée de l'oeuvre. En effet, il ne s'agit plus seulement de clore le roman en mettant un point final à l'histoire mais de faire émerger la réflexion chez le lecteur !

1) L'éloge d'une réussite sociale ?

- le dernier mot du récit devient « honneur » ce qui semble être connoté positivement.

- Homais, paradigme de la réussite sociale et du modèle bourgeois.

- Importance de l'argent mais aussi de la renommée au mépris des valeurs humaines incarnées par Charles.

2) Un blâme : le triomphe de l'escroc...

- Phrase finale lapidaire : « Il vient de recevoir la croix d'honneur ».

- Homais pratique illégalement la médecine : on récompense officiellement un escroc.

- Ironie de cette fin.

3) Une fin à vocation de contraste

- Ne pas clore le roman sur la mort de Charles et l'avenir incertain de Berthe est tragique. Mais le terminer par le triomphe de l'escroc est encore plus corrosif... Le lecteur est non seulement dépité et compatissant (Emma, Charles, Berthe) mais aussi révolté (Homais).

- Le personnage secondaire détient le premier rôle aux dernières lignes. Effet de surprise qui désoriente le lecteur. Procédé de frustration.



III) UN DENOUEMENT FINAL QUI CRITIQUE LA SOCIETE

1) pessimisme littéraire : l'anti-héros

- le refus de l'histoire qui finit bien // souci du romancier réaliste = peindre le monde tel qu'il est sans embellissement.

- inversion du manichéisme du conte dans le roman de Flaubert : les bons meurent ou sont fragilisés (Charles, Berthe), les mauvais triomphent (Hommais).

2) pessimisme historique

- évolution historique négative entre la phase des scénarios et la rédaction de l'oeuvre : 1852, début du Second Empire (Napoléon III). A l'image de l'Histoire, Flaubert change l'histoire et la rend également plus despotique.

- l'autorité et l'ambition triomphent : le roman se durcit encore davantage avec une fin sans appel pour la société.

3) pessimisme social 

- déterminisme du milieu qui annonce Zola : la petite Berthe ira travailler dans une fabrique à 12 ans. Le déterminisme du milieu ne lui laisse aucune chance.

- En même temps que la fin, Flaubert change l'incipit et instaure ce « Nous étions à l'étude » qui exclut Charles Bovary tout comme la petite Berthe sera exclue à la fin...

- critique du milieu bourgeois et de ses valeurs : argent et gloire.

- Versant péjoratif de la gloire : Homais usurpe un titre qu'il ne mérite pas. A travers Homais et le symbole officiel de la croix d'honneur », c'est toute une société que fustige Flaubert.

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