Bac L 2015: sujet et corrigé de philosophie-sujet 2

Philosophie
Terminale L

Le sujet de Philosophie sujet 2 :


Suis-je ce que mon passé a fait de moi ?

 

Le corrigé de Philosophie sujet 2, Bac L :

Suis-je ce que mon passé a fait de moi ?

 

Problématisation possible :

 

Ce sujet invite à interroger la question de l’identité. On pourrait penser que ce que nous avons été participe de ce que nous sommes aujourd’hui, mais la question est justement de savoir quelle est la part de ce passé dans notre être et surtout dans notre définition de nous-mêmes par nous-même. La forme passive de « ce que mon passé a fait de moi » invite à interroger l’idée d’un déterminisme, l’idée d’un moi qui ne serait que l’effet, le résultat d’un passé qui n’est plus, qui m’échappe désormais, remettant ainsi en question l’idée d’une liberté, d’une responsabilité vis-à-vis de moi-même. Il s’agit donc de s’interroger sur la nature de ce « je », de ce moi que je suis, sur sa construction dans le temps et sur la possibilité de se définir, de se réduire à une identité faite. Suis-je fait une fois pour toute ou suis-je à me faire sans cesse ? Puis-je dire qui je suis ?

 

Un plan possible parmi d’autres :

 

I. Mon passé semble me constituer en soi


Le « je », c’est ce qui fait que je suis le même (un et pas un autre), dépend en effet de mon passé, qui m’a permis peu à peu de me distinguer des autres, de me construire en passant par différentes étapes et d’éprouver ce que je suis (somme d’expériences).

Le « je » a et est une histoire, donc le passé explique en partie ce que je suis aujourd’hui, à travers mes appartenances sociales, culturelles, mon hérédité et mes héritages (tout comme l’homme se fait peu à peu homme, la culture comme réalisation ou arrachement).

Le passé, c’est aussi un certain nombre d’engagements pris qui comme le disait Sartre dans L’Être et le néant, « pèsent sur moi (…) limitent mes possibilités et me dictent ma conduite ». On peut aussi penser ici aux retours du passé refoulé chez Freud, qui fait qu’au présent, on rejoue inconsciemment le passé, aux traumatismes qui peuvent déterminer notre présent).

 

Je serais donc fait par mon passé mais l’identité personnelle est-elle substantielle ? Comme le suggère Paul Ricœur, ne peut-on pas distinguer « idem » et « ipse » ? Ce que je suis prétendument en soi et ce que je suis pour moi ? Si le passé a fait pour partie ce que je suis, ne suis-je pas aussi « comme le lecteur et le scripteur de ma propre vie » ce que je fais de moi? Suis-je pour moi ce que le passé aurait fait de moi ?

 

II. je ne réduis pas pour moi à ce que j’ai été

 

Par delà le fait que le « je » pourrait n’être qu’une illusion substantialiste comme l’ont suggéré Hume et Nietzsche, faire de ce que l’on est, le simple effet de ce qu’on a été et traversé (lien de causalité pure et déterminisme), ce serait négliger le fait que, comme nous sommes des êtres libres et conscients, qu’on ne se réduit pas en conséquence à ce que l’on est en soi. Ce que je suis, c’est ce que je suis pour moi. C’est ce que souligne bien la notion d’identité narrative chez Ricœur, qui selon lui « ne cesse de se faire et de se défaire ».

Mon passé dessine certes une situation, dans laquelle je demeure libre. On peut ici penser évidemment à Sartre, qui, en un sens, inverse le rapport passé/présent/futur, en faisant dépendre la « force » déterminante du passé, de la signification que va lui donner le projet présent. Le passé ne détermine pas qui je suis, mais c’est ce que je serai qui déterminera ce qu’il a été pour moi, de sa valeur pour moi. « Qui peut décider de la valeur d’enseignement d’un voyage, de la sincérité d’un serment d’amour, de la pureté d’une intention passée, etc. C’est moi, toujours moi, selon les fins par lesquelles je les éclaire. » Il peut cependant m’aider à m’affirmer tel que je suis, comme lorsque le passé, les engagements passés viennent supporter un choix difficile ou redonner un choix qui semble retirer. C’est ce qu’illustre Merleau-Ponty avec cet homme seul face à la torture que le passé vient supporter.

Se dire que l’on est fait par le passé peut à l’inverse être un moyen de s’excuser de ne pas se faire au présent. Le poids du passé vient parfois alléger de celui d’une liberté difficile à assumer.

 

III. je « suis » ce que je fais de moi

 

On peut considérer que ce n’est pas le passé qui fait de moi ce que je suis, mais que c’est ce que je fais au présent qui me fait dans une perspective sartrienne, que le sujet conscient est « essentiellement » projet, en tant que conscience associée à une intentionnalité. L’homme est, comme le dit Sartre « condamné à être libre », et donc à ne pouvoir goûter au confort du « gros plein d’être », de l’opaque « coïncidence avec soi-même » qui caractérisent les choses, dénuées de conscience.

Donc il est difficile de dire ce que je suis, non seulement parce que je ne me réduis pas à mon existence en soi, mais aussi parce que je me découvre ou m’éprouve ou me fais au gré des expériences que le passé ne m’a pas forcément permis encore de rencontrer

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