Deuxième moitié du XXe siècle - 1953-1968 : coexistence pacifique et guerre froide

Histoire
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1953-1968 : coexistence pacifique et guerre froide

Entre [...] dans le texte = informations complémentaires.

 
Le 16 avril 1953, le président Dwight D. Eisenhower déclarait dans un discours :


"Le monde entier sait qu'une ère a pris fin avec la mort de Staline. (...)Le système soviétique, élaboré par Staline et ses prédécesseurs, est né de la Première Guerre mondiale. Il a supporté l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale grâce à une opiniâtreté et un courage souvent étonnants. C'est pour faire vivre le monde dans la crainte d'une troisième guerre mondiale qu'il a survécu (...).
Une amère sagesse née de l'expérience a enseigné à ce monde que la vigilance et les sacrifices sont le prix de la liberté. Il sait que la défense de l'Europe occidentale exige d'une façon impérative une unité de buts et d'actions que permet l'O.T.A.N. (...)Il sait que l'Allemagne occidentale mérite de devenir un membre libre et égal de cette communauté, et que c'est pour l'Allemagne le seul et sûr moyen de retrouver finalement son unité. Il sait que l'agression en Corée et dans le sud-est asiatique constitue une menace pour le monde libre tout entier et qu'à cette menace doit répondre l'unité. Elle est la forme prise par le monde libre qu'affrontent les nouveaux dirigeants soviétiques. C'est un monde qui accordera toujours ce même respect à tous les autres peuples."

Fait extraordinaire pour les observateurs de l'époque, la Pravda du 25 avril reproduisit ce discours.


 
 
Extrait des mémoires de Susan Eisenhower, petite-fille du président Eisenhower. (1952-1960)

"Il y avait les exercices habituels d'évacuation en cas d'attaque aérienne, qui étaient complètement inutiles et mes parents, comme beaucoup d'autres, se sont renseignés sur la possibilité de construire un abri. On leur a dit que notre cave serait absolument inutilisable comme abri en cas de guerre nucléaire, mais, comme beaucoup d'autres jeunes couples du pays il ont fait des stocks de boites de conserves et de nourriture lyophilisée, au cas où. (...)
Je ne me souviens pas de discussions familiales spécifiques au sujet de la guerre froide, mais l'anti-communisme nous venait naturellement, et le patriotisme était quelque chose que nous ressentions profondément, même si nous ne l'exposions pas ouvertement. Grand-papa croyait que, hormis les atrocités les plus évidentes du communisme, il volait les gens de leur singularité et les empêchait d'être auto-suffisants et de prendre des initiatives. Il croyait aussi à la relation de l'homme avec le Tout Puissant, et méprisait le communisme d'Etat pour son rejet de Dieu.
Bien qu'il eut haït ce que le régime soviétique représentait, il comprenait la différence entre des dirigeants totalitaires - autoritaires et leurs peuples. Dans ses mémoires, publiées en 1964, il a écrit : "Lorsque le jour viendra où les peuples communistes seront aussi bien informés que ceux des nations libres, alors le mécontentement, les troubles, et le ressentiment parmi des centaines de millions de gens conduiront finalement soit à des réformes dans leur gouvernement, soit à la destruction violente des dictatures communistes".
De telles idées pleines de bon sens sur le futur de l'Union Soviétique n'étaient pas répandues à l'époque. Et si même j'ai intériorisé ses idées, étant jeune, j'ai aussi absorbé beaucoup de la crainte et de la suspicion de toute chose Soviétique ou Russe qui envahissait la société américaine. (...) [l'invasion de la Tchécoslovaquie par l'Union Soviétique en 1968] me paraissait la preuve du fait que le danger de la puissance soviétique était réel et omniprésent, et une menace pour notre "mode de vie américain".

EISENHOWER, Susan, "Breaking Free: A Memoir of Love and Revolution", Farrar, Straus, & Giroux, 1995

Traduit de: http://www.psi.net/chapterone/cspan/browse/374-26246.html

 
 
LA CRITIQUE DU STALINISME (1956)
Le Rapport secret de Khrouchtchev au XXe Congrès

A son retour de Belgrade, il prend la décision de faire toute la lumière sur le "règne" de Staline. Et le 25 janvier 1956, au moment où le XXe Congrès du parti communiste va s'achever à Moscou, c'est le coup de théâtre. Dans un long rapport, prononcé en présence des seuls députés de l 'URSS, Khrouchtchev dénonce, avec sa fougue habituelle, les crimes commis par Staline :



«  Durant la vie de Lénine, le Comité Central du Parti fut la réelle expression de la direction collective du Parti et de la nation. Etant un militant marxiste-révolutionnaire, toujours inflexible sur les questions de principe, Lénine n'imposa jamais par la force ses opinions à ses collaborateurs. Il essayait de les convaincre.
Staline n'agissait pas par persuasion, par explication et patiente collaboration avec autrui, mais en imposant ses idées et en exigeant une soumission absolue. Quiconque s'opposait à ses conceptions ou essayait d'expliquer son point de vue et l'exactitude de sa position était destiné à être retranché de la collectivité dirigeante et, par la suite, « liquidé » moralement et physiquement.
Il vaut la peine de signaler le fait que pendant que se déroulait la furieuse lutte idéologique contre les trotskistes, les zinovievistes, les boukhariniens et les autres, on n'avait jamais pris contre eux des mesures extrêmes de répression. La lutte se situait sur le terrain idéologique. Mais quelques années plus tard, alors que le socialisme était fondamentalement édifié dans notre pays, alors que les classes exploitantes étaient généralement liquidées, alors que la structure sociale soviétique avait radicalement changé, alors que la base sociale pour les mouvements et les groupes politiques hostiles au Parti s'était extrêmement rétrécie, alors que les adversaires idéologiques du Parti étaient depuis longtemps vaincus politiquement, la répression contre eux fut déclenchée.
Staline fut à l'origine de la conception de « l'ennemi du peuple ». Ce terme rendit automatiquement inutile d'apporter la preuve des erreurs idéologiques de l'homme ou des hommes engagés dans une controverse : il rendit possible l'utilisation de la répression la plus cruelle, violant toutes les normes de la légalité révolutionnaire, contre quiconque, de quelque manière que ce soit, était en désaccord avec Staline. Pour l'essentiel et en fait, la seule preuve de culpabilité dont il était fait usage, contre toutes les normes de la science juridique actuelle, était la « confession » de l'accusé lui-même, et, comme l'ont prouvé les enquêtes faites ultérieurement, les « confessions » étaient obtenues au moyen de pressions physiques sur l'accusé. Des arrestations et des déportations de plusieurs milliers de personnes, des exécutions sans procès et sans instruction normale, créèrent des conditions d'insécurité, de peur et même de désespoir. (...)
Le danger menaçant suspendu sur notre patrie dans la première période de la guerre était dû en grande partie aux méthodes fautives de Staline lui-même, quant à la direction de la Nation et du Parti. Ceci pour le début de la guerre et l'extrême désorganisation de notre armée qui causa de si lourdes pertes. Mais longtemps après, la nervosité et l'hystérie dont Staline faisait preuve, s'opposant à l'efficacité des opérations militaires, pesèrent d'un poids considérable dans la balance (...). Ce n'est pas Staline, mais bien le Parti tout entier, le gouvernement soviétique, notre héroïque armée, ses chefs talentueux et ses braves soldats, la nation soviétique toute entière, qui ont remporté la victoire dans la grande guerre patriotique. (Longue tempête d'applaudissements).
Camarades, venons-en à d'autres faits. L'Union soviétique est à juste titre considérée comme un modèle d'Etat multinational parce que nous avons, dans la pratique, assuré l'égalité des droits et l'amitié de toutes les nations qui vivent dans notre vaste Patrie. D'autant plus monstrueux sont les actes dont l'inspirateur fut Staline. Nous voulons parler des déportations en masse de nations entières (les Kalmouks, les Tchétchènes, les Ingouches, les Balkars), arrachées à la terre natale avec tous les communistes et komsomols sans exception. Les Ukrainiens n'évitèrent le même sort qu'à cause de leur trop grand nombre ; il n'y aurait jamais eu assez de place pour les déporter tous. Autrement, on n'aurait pas manqué de le faire. (Hilarité et mouvements divers).
L'obstination de Staline se manifesta non seulement dans le domaine des décisions qui concernaient la vie intérieure du pays, mais également dans celui des relations internationales de l'Union soviétique. « L'affaire yougoslave » ne comportait aucun problème qui n'eût pu être résolu par des discussions entre camarades du Parti. Il n'existait pas de base sérieuse pour le développement de cette « affaire ». Il était parfaitement possible d'éviter la rupture de nos relations avec ce pays. (...)
Et quand Staline affirme qu'il a lui-même écrit le Précis de l'histoire du PC (bolchevik) de l'Union Soviétique, on doit pour le moins s'en étonner. Convient-il à un marxiste-léniniste de se mettre ainsi en vedette et de se hausser jusqu'au ciel ? Mais, parlons un peu des prix Staline. Les tsars eux-mêmes n'ont jamais fondé de prix portant leurs noms. Staline a reconnu comme le meilleur texte d'hymne national de l'Union soviétique un poème qui ne contient pas un mot sur le Parti communiste ; mais il contient l'éloge sans précédent de Staline. Est-ce à l'insu de Staline que beaucoup des plus grandes villes et des plus grandes entreprises ont pris son nom ? Est-ce à son insu que des monuments à Staline ont été élevés dans tous le pays ? (...) »


Extraits du rapport au XXème Congrès du Parti communiste de l'URSS, 24 février 1956.
Cité par F.FETJÖ, Chine-URSS, le fin d'une hégémonie, Paris, Plon, 1964, pp. 244-272.

Du même rapport, autres extraits

"Après la mort de Staline, le Comité central du Parti a commencé à mettre en oeuvre une politique d'explications concises et conséquentes du caractère intolérable et étranger à l'esprit du marxisme-léninisme de la glorification d'un individu, de son élévation au rang de surhomme doté de qualités surnaturelles comparables à celles d'un dieu (...)

Tout le monde ne saisit pas encore complètement les conséquences pratiques qui ont résulté du culte de l'individu, le grave préjudice causé par la violation du principe de la direction collective du Parti. Tout le monde ne comprend pas encore complètement ce qui a résulté de l'accumulation d'un pouvoir immense et illimité entre les mains d'une seule personne. Aussi le Comité central du Parti considère-t-il qu'il est absolument nécessaire de porter à la connaissance du XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique l'ensemble des documents relatifs à ces faits (...)

C'est Staline qui a conçu la notion d' "ennemi du peuple". Cette expression rendait automatiquement inutile d'établir la preuve des erreurs idéologiques de l'homme ou des hommes engagés dans une controverse; cette expression rendit possible l'utilisation de la répression la plus cruelle, en violation de toutes les normes de la légalité révolutionnaire, contre tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, n'étaient pas d'accord avec lui, contre ceux qui étaient seulement suspects d'intentions hostiles, contre ceux qui avaient mauvaise réputation. Cette notion d' "ennemi du peuple" supprimait en fait toute possibilité de lutte idéologique, toute possibilité de faire connaître son point de vue sur telle ou telle question même de caractère pratique. Pour l'essentiel, la seule preuve de culpabilité dont il était réellement fait usage, contre toutes les normes de la science juridique contemporaine, était la "confession" de l'accusé lui-même. Et, comme l'ont prouvé les enquêtes ultérieures, les "confessions" étaient obtenues au moyen de pressions physiques contre l'accusé.

Cela a conduit à des violations manifestes de la légalité révolutionnaire, et il en a résulté qu'un grand nombre de personnes parfaitement innocentes, qui dans le passé avaient défendu la ligne du Parti, furent victimes de la répression (...)

La commission a pris connaissance d'une grande quantité de pièces des archives du N. K.V. D. et d'autres documents et établi de nombreux faits relatifs à la fabrication de procès contre des communistes, à de fausses accusations, à de flagrants abus contre la légalité socialiste - qui eurent pour conséquence la mort d'innocents. Il est apparu avec évidence que de nombreux activistes du Parti, des soviets et de l'économie, qui avaient été traités d' " ennemis " en 1937- I938, ne furent jamais en fait ni des ennemis, ni des espions, ni des saboteurs, mais ont toujours été d'honnêtes communistes (...)

Il a été établi que des cent trente-neuf membres et suppléants du Comité central du Parti qui avaient été élus au XVIle Congrès, quatre-vingt-dix-huit avaient été arrêtés et fusillés, C'est-à-dire 70 %, (pour la plupart en 1937-1938)." (Indignation dans la salle.)

Enfin, après avoir évoqué la dernière période de la vie de Staline, " la plus tragique " selon lui, il appelle les délégués communistes à abolir à tout jamais le " culte de la personnalité " :

"Camarades, nous devons abolir le culte de la personnalité d'une manière décisive, une fois pour toutes. Nous devons tirer de cette période des conclusions appropriées concernant le travail idéologique, théorique et pratique.

Il est donc nécessaire, dans ce but :

Premièrement, de condamner et d'extirper, en bolcheviks, le culte de la personnalité parce qu'étranger au marxisme-léninisme et en désaccord avec les principes qui régissent la direction du Parti et les normes de la vie du Parti (...)

Il nous faut aussi mettre effectivement en pratique, dans tous les aspects de notre travail idéologique, les thèses les plus importantes de la science marxiste-léniniste relatives au peuple en tant que créateur de l'histoire et de toutes les valeurs matérielles et spirituelles de l'humanité (...)

A tous ces égards, nous serons obligés d'examiner d'une façon critique, d'un point de vue marxiste- léniniste, et de corriger les idées erronées et largement répandues qui procèdent du culte de la personnalité dans les domaines de l'histoire, de la philosophie, de l'économie et des autres sciences, ainsi que dans ceux de la littérature et des beaux-arts.

Deuxièmement, il faut poursuivre, d'une façon systématique et conséquente, le travail accompli par le Comité central du Parti au cours de ces dernières années; c'est-à-dire un travail caractérisé par l'observation minutieuse, dans toutes les organisations du Parti, de la base au sommet, des principes léninistes relatifs à la direction du Parti; caractérisé surtout par l'observation du principe essentiel de la direction collective; caractérisé également par l'observation des normes de la vie du Parti, telles qu'elles sont inscrites dans ses statuts; et caractérisé enfin par l'observation d'une large pratique de la critique et de l'autocritique.

Troisièmement, il faut remettre jusqu'au bout en vigueur les principes léninistes de la démocratie socialiste soviétique, tels qu'ils sont exprimés dans la Constitution de l'Union soviétique, et lutter contre l'autoritarisme des individus qui abuseraient de leur pouvoir. Il faudrait complètement réparer le mal résultant des violations de la légalité révolutionnaire socialiste accumulées pendant une longue période et suscitées par l'influence négative du culte de la personnalité (...)

Nous sommes absolument convaincus que notre Parti, armé des résolutions historiques du XXe congrès, mènera le peuple soviétique, en suivant la voie du léninisme, vers de nouveaux succès, vers de nouvelles victoires(Applaudissements tumultueux et prolongés.)
Vive l'étendard victorieux de notre Parti - le léninisme ! "(Applaudissements tumultueux et prolongés qui s'achèvent par une ovation. Tous se lèvent.)


Extrait de "Les mémoires de l'Europe", tome VI, l'Europe moderne, sous la direction de Jean-Pierre Vivet, édition Robert Laffont, Paris, 1973
Du même rapport, autres extraits

"C'est pendant la période 1936-1938 qu'est née la pratique de la répression massive au moyen de l'appareil gouvernemental, d'abord contre les ennemis du léninisme (...) depuis longtemps vaincus politiquement par le Parti et également ensuite contre de nombreux communistes honnêtes, contre les cadres du Parti qui avaient porté le lourd fardeau de la guerre civile et des premières et très difficiles années de l'industrialisation. (...)
Staline fut à l'origine de la conception de l' «ennemi du peuple ». Ce terme rendit possible l'utilisation de la répression la plus cruelle contre quiconque n'était pas d'accord avec lui. (...) Il a été établi que des 139 membres et suppléants du Comité central du Parti qui avaient été élus au XVIIe Congrès, 98 avaient été arrêtés et fusillés, c'est-à-dire 70 % (pour la plupart en 1937-1938). (...)
Des conséquences très graves, surtout dans les premiers jours de la guerre, résultèrent de l'élimination par Staline de nombreux chefs militaires et de fonctionnaires politiques entre 1937 et 1941. Pendant ces années, la répression fut instituée contre certaines parties des cadres militaires, (...) allant jusqu'aux plus hautes sphères militaires. Les chefs qui avaient acquis une expérience militaire en Espagne et en Extrême-Orient furent presque tous liquidés.
Le culte de la personnalité a atteint de monstrueuses proportions, surtout en raison du fait que Staline (...) a encouragé la glorification de sa propre personne. Un des exemples les plus caractéristiques (...) est la publication, en 1948, de sa Biographie abrégée. Staline y est flatté et glorifié à l'égal d'un dieu et considéré comme un sage infaillible, « le plus grand des chefs », « le plus grand stratège de tous les temps ». (...)

N. KHROUCHTCHEV, Rapport secret du XXe congrès du PCUS, 25 février 1956
1) Quelle est la nature du plan adopté dans cet extrait du rapport secret ?
2) Relevez pour chaque période les « méfaits » de la politique suivie. Comment appelle-t-on le processus qui vise à ôter l'empreinte de Staline sur la vie politique ?
Autres extraits courts du rapport secret de N. Khrouchtchev lu devant les délégués du XXè Congrès du PCUS ( fevrier 1956).

"Staline n'agissait pas par persuasion, par explication et patiente collaboration avec autrui, mais en imposant ses idées et en exigeant une soumission absolue. Quiconque s'opposait à ses conceptions ou essayait d'expliquer son point de vue et l'exactitude de sa position était destiné à être retrancher de la collectivité dirigeante et, par la suite, « liquidé » moralement et physiquement. (...)
Staline fut à l'origine de la conception de « l'ennemi du peuple ». Ce terme rendit automatiquement inutile d'établir la preuve des erreurs idéologiques de l'homme ou des hommes engagés dans une controverse ; il rendit possible l'utilisation de la répression la plus cruelle, violant toutes les normes de la légalité révolutionnaire (...). Des arrestations et des déportations massives de plusieurs milliers de personnes, des exécutions sans procès et sans instruction normale, créèrent des conditions d'insécurité, de peur et même de désespoir (...).
Pratiquement, Staline ignorait les règles de la vie du parti et piétinait le principe léniniste de direction collective (...). Cette terreur était en fait dirigée, non pas contre les vestiges des classes exploiteuses vaincues, mais contre d'honnêtes travailleurs du Parti et de l'Etat soviétique ; on portait contre eux des accusations mensongères, diffamatoires et absurdes de « duplicité », d' « espionnage », de « sabotage », de préparation de « complots » imaginaires, etc. Une grande partie de ces procès sont maintenant en cours de révision et un grand nombre d'entre-eux ont été classés comme entachés d'arbitraire et de faux.

Cité par M. Laran et J.L. Van Regemorter, La Russie et l'ex-URSS, A. Colin, 1996.


 
 
Documents sur la révolution hongroise

Allocution radiodiffusée du cardinal Mindszenty (3 novembre 1956)

« Nous désirons vivre en toute amitié avec tous les peuples et tous les pays... Nous voulons vivre en bonne amitié avec les grands Etats-Unis aussi bien qu'avec le tout-puissant Empire russe, et nous voulons être en relation de bon voisinage avec Prague, Bucarest, Varsovie et Belgrade... Nous sommes neutres. Nous ne donnons à l'Empire russe aucune raison de faire couler le sang. Mais est-ce que l'idée n'est jamais venue aux chefs de l'Empire russe que nous aurions un plus grand respect du peuple russe s'il ne nous opprimait pas ? D'habitude, c'est l'attaqué qui se précipite sur l'ennemi. Nous n'avons pas attaqué la Russie et nous espérons sincèrement qu'elle retirera très bientôt ses forces de Hongrie... Maintenant il nous faut des élections libres, sans tromperies, dans lesquelles tous les partis pourront être candidats. Ces élections devraient se dérouler sous contrôle international. J'use de toute mon autorité pour mettre en garde les Hongrois contre toute querelle de partis et toute mésentente après ces jours de magnifique union.»
Appel de Imre Nagy (4 novembre 1956, 4h20)

« Ici Imre Nagy, Président du Conseil. Aujourd'hui à l'aube, les troupes soviétiques ont déclenché une attaque contre la capitale avec l'intention évidente de renverser le gouvernement légal de la démocratie hongroise. Nos troupes combattent. Le gouvernement est à son poste. J'en avertis le peuple hongrois et le monde entier. »
Appel de l'Union des écrivains hongrois (4 novembre 1956, 6h56)

« Ici l'Union des écrivains hongrois ! A tous les écrivains du monde, à toutes les fédérations de savants ou d'écrivains, à toutes les académies et associations scientifiques, à l'intelligentsia du monde entier ! Nous demandons à chacun de vous, votre aide et votre soutien. Il n'y a pas un instant à perdre. Vous savez ce qui se passe. Il est inutile d'en dire plus long. Aidez la Hongrie ! Sauvez les écrivains, les savants, les ouvriers, les paysans de Hongrie et notre intelligentsia ! Au secours ! Au secours ! Au secours !»
Discours de Janos Kadar (4 novembre 1956, matinée)

« Bien que des progrès aient été faits au cours des douze dernières années, la clique Rakosi-Gero a commis de nombreuses fautes graves et a sérieusement violé la légalité. Tout cela a mécontenté à juste titre les travailleurs. Les réactionnaires cherchent maintenant à utiliser ce mécontentement à leur profit... En exploitant les erreurs commises dans l'édification de notre système démocratique populaire, les éléments réactionnaires ont fourvoyé de nombreux travailleurs honnêtes, des jeunes surtout, qui se sont joints au mouvement animés des meilleures intentions patriotiques... Nous devons mettre un terme aux excès de la contre-révolution. »
Appel du gouvernement ouvrier et paysan (4 novembre 1956, 21h)

« Les événements du 4 novembre ont amené la complète déroute des forces réactionnaires en Hongrie. Le gouvernement d'Imre Nagy qui avait ouvert le chemin à la contre-révolution s'est effondré et n'existe plus... Les forces socialistes du peuple hongrois, conjointement avec les troupes soviétiques appelées pour les défendre, se sont dévouées aux tâches entreprises par le gouvernement révolutionnaire ouvrier et paysan».

Source : La révolte de la Hongrie, d'après les émissions de radio hongroises, octobre-novembre 1956, Paris, Horay, 1957.

 
 
La coexistence pacifique

A son retour des États-Unis, en octobre 1959, Khrouchtchev définit ainsi dans un discours devant le Soviet suprême sa conception de la coexistence pacifique, imposée par le danger d'une guerre nucléaire.


"Il y a peu de temps encore le feu des passions suscitées par la " guerre froide " était si grand qu'une simple étincelle aurait pu provoquer une conflagration mondiale. La politique étrangère de certaines puissances occidentales était basée sur des calculs nettement agressifs, sur une politique des " positions de force "(...)

Actuellement, une évaluation plus sobre de la situation, une compréhension plus raisonnable de l'équilibre des forces sur la scène internationale se manifestent de plus en plus en Occident. Et une telle compréhension des choses conduit inévitablement à la conclusion que les plans prévoyant l'emploi de la force contre le monde socialiste devraient être relégués dans les archives. La vie elle-même exige que les pays ayant des systèmes sociaux différents doivent apprendre à vivre ensemble sur notre planète, à coexister pacifiquement (...)

La reconnaissance de l'existence de deux systèmes différents, la reconnaissance à chaque peuple du droit de régler lui-même tous les problèmes politiques et sociaux de son pays, le respect de la souveraineté et l'application du principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures, le règlement de tous les problèmes internationaux au moyen de pourparlers, voilà ce qu'implique la coexistence pacifique sur une base raisonnable (...)

Le principe même de coexistence pacifique entre États aux systèmes sociaux différents implique des éléments de concessions mutuelles, la prise en considération des intérêts réciproques car on ne saurait, autrement, édifier les relations normales entre États. Quant aux questions idéologiques, nous nous en sommes tenus et nous nous en tiendrons, inébranlables tel un roc, aux principes du marxisme-léninisme. Les problèmes idéologiques ne peuvent être réglés par la force et on ne peut imposer à un État l'idéologie qui règne dans un autre État. Aucun homme sensé n'a jamais admis que les litiges d'ordre idéologique ou les questions relatives au régime social de tel ou tel autre pays doivent être réglés par la guerre. Les capitalistes n'approuvent pas le système socialiste ; notre idéologie, nos conceptions leur sont étrangères. Dans une égale mesure, nous, citoyens d'États socialistes, nous n'approuvons pas le régime capitaliste et l'idéologie bourgeoise. Mais, il nous faut vivre en paix et régler les problèmes internationaux qui se présentent par des moyens pacifiques seulement. De là découle la nécessité de faire des concessions mutuelles."


Extrait de "Les mémoires de l'Europe", tome VI, l'Europe moderne, sous la direction de Jean-Pierre Vivet, édition Robert Laffont, Paris, 1973

 
 
Khrouchtchev énonce un reproche qui lui est fait en 1959.


"(Les représentants des pays bourgeois) disent : les dirigeants soviétiques affirment qu'ils sont pour la coexistence pacifique et en même temps ils déclarent qu'ils luttent pour le communisme, et ils disent même que le communisme triomphera dans tous les pays. Quelle coexistence pacifique peut donc être réalisée avec l'Union soviétique si cette dernière lutte pour le communisme ?"

 
 
Internationalisation de l'économie et opinion de Khrouchtchev sur le Marché commun

Extrait de l'article de N. S. Khrouchtchev, " Problèmes actuels du système socialiste mondial ", 1962.
"Pourquoi les impérialistes, malgré toutes leurs contradictions, parviennent-ils à réaliser à l'échelle internationale, encore qu'incomplètement, leur coopération économique dans certains secteurs importants ?
Tout d'abord, on a ici la manifestation &emdash; sur une base contradictoire, il est vrai &emdash; de la tendance objective à l'internationalisation croissante de la vie économique, qui s'est considérablement renforcée de nos jours par suite du rapide progrès scientifique et technique.
Ensuite, devant la puissance croissante du système socialiste, dont l'économie est planifiée, devant l'essor rapide du mouvement de libération des peuples, les impérialistes sont amenés à rechercher le moyen d'atténuer les contradictions dans leur camp. Redoutant la compétition économique pacifique avec les pays du système socialiste, et devant la contradiction majeure de notre temps, celle qui oppose le capitalisme au socialisme, les impérialistes s'efforcent de repousser au second plan leurs contradictions internes.
Naturellement, il ne faut pas s'exagérer la portée des groupements impérialistes internationaux. On a beau porter aux nues en Occident l'idée d'intégration européenne et les résultats qu'elle donne, un fait demeure : les alliances créées par les impérialistes ne font pas disparaître les profondes contradictions intérieures et les tares inhérentes au monde capitaliste. Les blocs militaires et les groupements placés sous la direction des Etats-Unis connaissent des crises fréquentes, dues aux profondes contradictions qui existent entre les principales puissances impérialistes. Les intérêts d'un petit groupe d'Etats impérialistes se heurtent également à ceux des autres pays capitalistes, comme ils se heurtent aux intérêts de tous les peuples. Tout cela affaiblit obligatoirement les unions et les alliances impérialistes.
Mais ne pas exagérer les forces de l'adversaire, cela ne veut pas dire les ignorer. Ce serait faire preuve de légèreté et de myopie politique que de ne pas prêter attention aux desseins et aux agissements des chefs de file de l'intégration européenne. Les communistes luttent donc contre les tentatives d'utiliser le Marché commun et les autres groupements de ce genre d'une part pour la préparation d'une nouvelle guerre et le renforcement de la course aux armements, d'autre part à des fins de pression économique et politique sur les autres pays et particulièrement sur les jeunes Etats nationaux en plein développement. Nous avons dénoncé et nous continuerons à dénoncer les conséquences néfastes de l'intégration capitaliste pour les masses travailleuses.
En même temps, nous tenons compte des tendances objectives à l'internationalisation de la production qui agissent dans le monde capitaliste, et nous déterminons notre politique, nous prenons des mesures économiques en conséquence. Et ici se pose la question de la possibilité d'une coopération économique et d'une compétition économique pacifique non seulement entre des Etats ayant des régimes sociaux différents, mais également entre les unions économiques dont font partie les uns et les autres.
La tendance des milieux impérialistes à profiter de l'intégration de l'Europe occidentale pour constituer entre plusieurs Etats des groupements économiques fermés, de caractère agressif, représente un danger qui ne saurait nous échapper. Cette politique de l'Occident dresse des barrières sur la voie du développement du commerce mondial et de la coopération entre les groupements économiques des deux systèmes. Tout autre est l'attitude des Etats socialistes, qui, dans la situation nouvelle, font des propositions tendant à étendre les relations commerciales entre les pays des deux systèmes opposés."
(in "Nouvelle Revue internationale", septembre 1962, p. 14 et suiv.)
Extrait de Jacques Dalloz, "Textes sur la décolonisation", PUF, Paris, 1989.

 
 
Le genre de paix que nous désirons.

Discours de John Kennedy
UNIVERSITE AMERICAINE, WASHINGTON, D.C., le 10 juin 1963


"Il est peu de choses terrestres plus belles qu'une université", écrivait John Masefield dans l'hommage qu'il rendait aux universités anglaises - et ces mots sont également vrais ici. Il ne voulait pas parler des flèches et des tours, des vertes pelouses et des murs couverts de lierre. Il admirait la rayonnante beauté d'une université parce que c'était, disait-il, "le lieu où ceux qui haïssent l'ignorance peuvent s'efforcer de s'instruire, où ceux qui perçoivent la vérité, peuvent s'efforcer de la faire comprendre aux autres".

J'ai donc choisi ce moment et ce lieu pour discuter une question sur laquelle l'ignorance est trop souvent répandue, et la vérité trop rarement perçue. Et c'est pourtant la plus importante question sur la terre : la paix mondiale.

Quelle sorte de paix veux-je évoquer ? Quelle sorte de paix recherchons-nous ? Non une Pax Americana imposée au monde par les armes de guerre américaines ; non la paix du tombeau ou la sécurité de l'esclave. Je parle de la paix authentique, la sorte de paix qui fait que la vie sur terre vaut d'être vécue ; la sorte de paix qui permet aux hommes et aux nations de croître, d'espérer et d'édifier une vie meilleure pour leurs enfants ; non seulement la paix pour les Américains, mais la paix pour tous les hommes, non seulement la paix dans notre temps, mais la paix dans tous les temps.

Je parle de la paix en raison du nouvel aspect de la guerre. La guerre totale est absurde en un âge où les grandes puissances peuvent maintenir de puissantes forces nucléaires relativement invulnérables et refuser de capituler sans avoir recours à ces forces. Elle est absurde en un âge où une seule arme nucléaire représente près de dix fois la force explosive de toutes les armes lancées par les forces aériennes alliées pendant la seconde guerre mondiale. Elle est absurde en un âge où les poisons mortels produits par l'emploi réciproque d'armes nucléaires seraient transportés par le vent, par l'eau, par le sol et par les graines jusqu'aux coins les plus reculés du globe et contamineraient les générations à venir.

Aujourd'hui, les milliards de dollars que nous dépensons tous les ans pour nous procurer des armes dans l'intention de nous assurer que nous n'aurons jamais besoin de les utiliser sont indispensables au maintien de la paix. Mais, sans aucun doute, l'acquisition de tels stocks inactifs - qui ne peuvent que détruire et jamais créer - n'est pas le seul moyen, et encore moins le moyen le plus efficace d'assurer la paix.

Je parle donc de la paix comme de la fin nécessaire et raisonnable que doivent envisager des hommes raisonnables. J'ai conscience que la poursuite de la paix n'est pas aussi spectaculaire que celle de la guerre, et souvent les termes employés par ceux qui la poursuivent tombent dans des oreilles lasses. Mais nous n'avons pas de tâche plus urgente.

Certains disent qu'il est vain de parler de paix mondiale, de droit mondial ou de désarmement mondial, et que cela sera vain aussi longtemps que les dirigeants de l'Union soviétique n'adopteront pas une attitude plus éclairée. J'espère qu'ils le feront , je crois que nous pouvons les y aider. Mais je crois aussi que nous devons examiner notre propre attitude, sur le plan individuel comme sur le plan national, car notre attitude est aussi essentielle que la leur. Et chaque diplômé de cette école, chaque citoyen conscient que la guerre désespère et qui souhaite concourir à l'avènement de la paix, devrait commencer par s'interroger, par examiner sa propre attitude vis-à-vis des possibilités de paix, vis-à-vis de l'Union soviétique, vis-à-vis du cours de la guerre froide et vis-à-vis de la liberté et de la paix ici, dans notre pays.

Premièrement, réexaminons notre attitude vis-à-vis de la paix elle-même. Trop d'entre nous pensent qu'elle est impossible, qu'elle est irréelle. Mais c'est une conception dangereuse, défaitiste. Elle mène à la conclusion que la guerre est inévitable, que l'humanité est condamnée, que nous sommes sous l'emprise de forces que nous ne pouvons contrôler.

Il n'y a pas de raison d'accepter cette façon de voir. Nos problèmes sont créés par l'homme, ils peuvent donc être résolus par l'homme. Et l'homme peut être aussi grand quand il le veut.(...)

(...) La paix mondiale, comme la paix locale, n'exige pas que chaque homme aime son voisin. Elle exige que tous vivent en intelligence, soumettent leurs différends à un mode d'arbitrage juste et pacifique. Et l'histoire nous enseigne que les inimitiés entre nations comme entre individus ne sont pas éternelles, quelque profondément enracinées que puissent sembler nos sympathies et nos antipathies.(...)

Deuxièmement, réexaminons notre attitude vis-à-vis de l'Union soviétique. Il est décourageant de penser que les dirigeants soviétiques croient vraiment ce qu'écrivent continuellement leurs propagandistes. Il est décourageant de lire un texte soviétique récent sur la stratégie militaire qui fait autorité, et d'y trouver page après page, des déclarations incroyables et dénuées de tout fondement, telles que l'allégation selon laquelle "les milieux impérialistes américains se préparent à déclencher divers types de guerre...Il existe une réelle menace de guerre préventive dirigée par les impérialistes américains contre l' Union soviétique... et les buts politiques des impérialistes américains sont de réduire en esclavage économique et politique les pays européens et autres pays capitalistes...et de s'assurer la domination du monde...par le moyen de guerres d'agression".

A vrai dire, comme on l'a écrit il y a bien longtemps . "Le méchant s'enfuit alors que personne ne le poursuit." Cependant, il est triste de lire ces déclarations soviétiques - de se rendre compte de la largeur du gouffre qui nous sépare. Mais c'est aussi un avertissement - un avertissement donné au peuple américain pour qu'il ne tombe pas dans le même piège que les Soviétiques, pour qu'il ne se fasse pas seulement une image déformée et désespérément pessimiste de l'autre camp, pour qu'il ne considère pas les conflits comme inévitables, les arrangements comme impossibles et les communications comme rien de plus qu'un échange d'épithètes et de menaces.

Aucun gouvernement, aucun système social n'est si mauvais que le peuple qu'il représente doive être considéré comme manquant de toute qualité. Nous, Américains, nous avons une aversion profonde pour le communisme, en tant qu'il constitue une négation de la liberté et de la dignité de la personne. Mais nous pouvons encore rendre hommage au peuple russe pour ses nombreuses réalisations dans le domaine de la science et de l'espace, du développement économique et industriel, de la culture et du courage.

Parmi les nombreux traits que les peuples de nos deux pays ont en commun, aucun n'est plus fort que notre haine commune de la guerre. (...)

Troisièmement, réexaminons notre attitude vis-à-vis de la guerre froide. Rappelons que nous ne sommes pas engagés dans un débat où nous chercherions à multiplier les sujets de dissension. Nous ne sommes pas ici pour distribuer le blâme ou désigner le coupable du doigt. Nous devons prendre le monde tel qu'il est et non tel qu'il aurait pu être si l'histoire des dix-huit dernières années avait été différente.(...) Nous ne voulons pas imposer notre système à tout un peuple qui n'en veut pas, mais nous voulons et nous pouvons nous engager dans une compétition pacifique avec n'importe quel autre système sur la Terre. (...)"

John F. Kennedy,"The Burden and the Glory", 1964


extrait plus court du même discours
La guerre totale est absurde
« La guerre totale est absurde en un âge où les grandes puissances peuvent maintenir de puissantes forces nucléaires relativement invulnérables et refuser de capituler sans avoir recours à ces forces. (...) Aujourd'hui, les milliards de dollars que nous dépensons tous les ans pour nous procurer des armes dans l'intention de nous assurer que nous n'aurons jamais besoin de les utiliser sont indispensables au maintien de la paix. Mais, sans aucun doute, l'acquisition de tels stocks inactifs - qui ne peuvent que détruire et jamais créer - n'est pas le seul moyen, et encore moins le moyen le plus efficace d'assurer la paix. (...) La paix mondiale, comme la paix locale, n'exige pas que chaque homme aime son voisin. Elle exige que tous vivent en intelligence, soumettent leurs différends à un mode d'arbitrage juste et pacifique. (...)
Nous, Américains, nous avons une aversion profonde pour le communisme, en tant qu'il constitue une négation de la liberté et de la dignité de la personne. Mais nous pouvons encore rendre hommage au peuple russe pour ses nombreuses réalisations dans le domaine de la science et de l'espace, du développement économique et industriel, de la culture et du courage. (...) Nous ne voulons pas imposer notre système à tout un peuple qui n'en veut pas, mais nous voulons et nous pouvons nous engager dans une compétition pacifique avec n'importe quel autre système sur la Terre. »

Discours de John F. Kennedy prononcé à l'université de Washington, 10 juin 1963.




Le printemps de Prague
PROGRAMME D'ACTION DU COMITE CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE TCHECOSLOVAQUE (5 AVRIL 1968)

«La reconnaissance des intérêts divers des groupes sociaux et des individus et leur unification exigent l'élaboration et l'application d'un nouveau système politique d'un nouveau modèle de démocratie socialiste.
Aujourd'hui lorsque s'effacent les différences de classe, le critère principal d'évaluation des gens dans la société est celle-ci : dans quelle mesure tel homme contribue-t-il au développement social ? Le Parti a souvent critiqué les conceptions égalitaristes mais, dans la pratique le nivellement s'est étendu dans une mesure sans précédent et est devenu l'un des principaux freins au développement économique intensif et à l'élévation du niveau de vie.
Si nous nous efforçons aujourd'hui d'éliminer les tendances égalitaristes, de mettre en valeur les principes du rendement, nous ne voulons pas ainsi créer quelques nouvelles couches privilégiées. Nous voulons que, dans tous les secteurs de notre vie sociale, la rémunération des gens dépende de l'importance sociale et de l'efficience de leur travail, du déploiement de l'initiative personnelle, du degré de responsabilité. Ceci est conforme à l'intérêt du développement de toute notre société. Le principe du rendement élève la maturité technique, la rentabilité et la productivité du travail, l'autorité et les pouvoirs des dirigeants responsables, le principe de l'intéressement matériel ; il souligne l'importance de la qualification de tous les travailleurs. (...) Si aux postes dirigeants ne se trouvent pas des cadres socialistes professionnellement qualifiés, instruits, le socialisme ne pourra pas supporter la confrontation avec le capitalisme. (...)
Le Parti communiste ne joue pas son rôle dirigeant en dominant la société, mais en servant avec le plus grand dévouement à son développement socialiste. Il ne peut imposer son autorité mais doit la gagner constamment par ses actions. Il ne peut imposer sa ligne par des ordres, mais par le travail de ses membres, par la vérité de ses idéaux.
Le rôle dirigeant du Parti a été souvent conçu dans le passé, comme une concentration et un monopole du pouvoir dans l'appareil du Parti. Cela correspondait à l'idée fausse que le Parti est l'instrument de la dictature du prolétariat. Cette conception néfaste a affaibli l'initiative et la responsabilité des institutions d'Etat, des organismes économiques et sociaux, a porté atteinte à l'autorité du Parti et l'a empêché d'accomplir sa fonction propre. Le but du parti n'est pas de devenir l'administrateur universel de la société, de lier toutes les organisations, et chaque pas dans la vie, par ses directives. Sa mission est avant tout d'éveiller l'initiative socialiste, de montrer la voie et les réelles possibilités des perspectives communistes et, par une activité systématique de persuasion et par l'exemple personnel des communistes, gagner à ces perspectives tous les travailleurs.
L'arme la plus efficace contre l'introduction des méthodes du centralisme bureaucratique dans le Parti est d'accroître la participation des membres du Parti à l'élaboration de la ligne politique, le renforcement du rôle réellement démocratique des organes élus. Chaque membre du parti et des organes du parti a non seulement le droit, mais encore le devoir de présenter toute initiative, toute critique, toute opinion différente sur les questions traitées et s'opposer à tout fonctionnaire. Cette pratique doit prendre fermement racine, si le Parti veut éviter le subjectivisme dans son activité. Il est intolérable de créer autour de ceux qui ont défendu des points de vue différents une atmosphère de méfiance et de suspicion (...).
La «participation du peuple» s'est bornée, pendant de longues années, à la participation à l'application de directives, sans participation à l'examen des décisions prises. (...) Le Comité central est fermement décidé à surmonter un tel état de choses. Il s'agit de changer tout le système politique de sorte qu'il permette un développement dynamique des rapports sociaux socialistes, qu'il unisse une large démocratie, à la direction scientifique. A l'élaboration de la politique d'Etat participent le Front national, les partis politiques qu'il regroupe, et les organisation de masse. Les partis politiques du Front national sont des partenaires ; leur activité politique part du programme politique commun du front national ; elle doit évidemment respecter la Constitution tchécoslovaque fondée sur le caractère socialiste des rapports sociaux dans le pays. (...)
Le socialisme ne peut seulement signifier la libération des travailleurs de la domination des rapports de classe et de l'exploitation, mais aussi un plein épanouissement de la personnalité. Il doit offrir plus que n'importe quelle démocratie bourgeoise. Aux travailleur libérés de la classe des exploiteurs, on ne peut dicter, par une interprétation arbitraire du pouvoir, sur quoi ils peuvent être informés, et sur quoi ils ne peuvent pas l'être, quelles idées ils peuvent ou non exprimer en public. (...)
Le Parti a conscience que des adversaires idéologiques du socialisme peuvent tenter de profiter du mouvement de démocratisation. A l'étape actuelle du développement, dans les conditions de notre pays, il convient d'appliquer le principe qu'on ne peut faire face à l'idéologie bourgeoise que par une lutte idéologique ouverte, sous le contrôle du peuple entier. On ne peut gagner des gens aux idées et à la politique du Parti que par une lutte appuyée sur l'activité pratique des communistes en faveur du peuple, par des informations vraies et complètes, par une analyse scientifique.
Autre fait grave : l'on a pas effectué jusqu'ici avec toutes ses conséquences politiques et civiques, la réhabilitation des communistes et non-communistes qui ont été victimes de l'arbitraire ces dernières années. Sur l'initiative des organes du comité central du PCT, on examine pourquoi les décisions du Parti en ce sens n'ont pas été exécutées ; là où les injustices n'ont pas été réparées, on y procédera (...).»


Cité par Roger GARAUDY, La Liberté en sursis, Fayard, 1968, pp.50-55




Doctrine Brejnev (1968) 

"Nous ne pouvons accepter que des forces hostiles fassent dévier nos pays de la voie du socialisme et menacent d'arracher la Tchécoslovaquie à la communauté socialiste. (...) Nous n'accepterons jamais que les conquêtes historiques du socialisme puissent être menacées. Nous n'accepterons jamais que l'impérialisme, pacifiquement ou non, de l'intérieur ou de l'extérieur, fasse une brèche dans le système socialiste et change à son avantage le rapport des forces en Europe."

message au PC tchécoslovaque des PC d'URSS, Pologne, Bulgarie et Hongrie (juillet 1968), tiré de Histoire Terminal Bertrand-Lacoste




 

© CLIOTEXTE, 1997-2009, Patrice Delpin - source

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Deuxième moitié du XXe siècle - 1953-1968 : coexistence pacifique et guerre froide
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