Deuxième moitié du XXe siècle - 1989 : la fin de l'Histoire ?

Histoire
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1989 : la fin de l'Histoire ?
 
La fin de l'Histoire ?


« En 1989, l'Histoire s'accélère.

A l'Est, les dictatures bureaucratiques s'écroulent les unes après les autres. Sous l'impact de mouvements de masse dans certains cas, mais, le plus souvent, par des décisions de ceux qui dirigent, comme si le système était exsangue.

Depuis, à Bucarest, une grue déboulonne une statue de Lénine. A Moscou, une queue se forme aux portes du MacDonald's. Au cœur et à la marge de la bourrasque néo-capitaliste, à Saint-Pétersbourg, anciennement Léningrad, des mendiants quêtent leur survie dans l'indifférence générale. A Sarajevo, la purification ethnique ponctue, au son des canons et des mitraillettes, les victoires de l'économie de marché et de la « démocratie » libérale. Ce sont des élus, anciens dirigeants « communistes » recyclés, qui, au sein de parlements, mènent le jeu guerrier. A Varsovie et à Prague, les ministres de l'Economie prennent des mesures qui font rougir de plaisir les Margaret Thatcher et Ronald Reagan du monde « libre ».

Morceau par morceau, on a vendu l'abominable mur de Berlin. L'ouverture ainsi créée a permis une réunification politique, un véritable Anschluss, une annexion, où les pires fantômes du passé ressurgissent en force. Portée par ses succès électoraux, la bête immonde de l'extrême droite néo-nazie terrorise et assassine au nom du « droit du sang ». Pendant ce temps, le parlement allemand légifère, restreint le droit d'asile, donnant ainsi raison aux mobilisations de cette peste brune. (...)

La mémoire historique set non seulement meurtrie, elle est annihilée. Les crimes de Staline sont devenus ceux de Marx, tandis que la monstruosité nazie est banalisée par une frange croissante de la population et des « élites » de l'Europe de l'Ouest.
Partout, - et l'Allemagne n'est qu'un cas parmi d'autres – la fin de l'économie nationalisée se conjugue avec la montée d'un nationalisme exacerbé. (...) Avec ses vingt-cinq pour cent ou plus de voix, cette extrême droite fasciste et populiste risque de prendre le pouvoir dans plusieurs grandes villes, notamment Marseille, Milan et Anvers. Le Canada n'échappe pas à la montée mondiale de la bête immonde. Des partis populistes, clairement anti-francophones, conservateurs extrêmes et nationalistes orangistes, ont le vent dans les voiles et reçoivent une couverture médiatique banale comme s'ils étaient déjà des partis comme les autres. (...)

Les Etats du capitalisme triomphant se coalisent pour broyer l'ancien allié, désormais trop turbulent et considéré incontrôlable, l'Irak. Les invasions de Grenade et de Panama, le blocus renforcé de Cuba, le ravage de l'Irak et l'intervention soi-disant humanitaire en Somalie ne présagent pas de jours meilleurs pour l'humanité « en miettes », atomisée et désabusée. La fin de la guerre froide avec la disparition du bloc de l'Est « communiste » n'a vraisemblablement pas permis la paix mondiale, bien au contraire. Les foyers de guerre se multiplient et l'impérialisme occidental, manipulé et dirigé par des Etat-Unis déclinants, utilisant à fond l'une de ses institutions, l'ONU, fait régner la terreur dans le Tiers Monde. Le « nouvel ordre mondial » s'impose !

(...) Partout, le passage d'une économie planifiée bureaucratiquement à l'économie de marché signifie, pour la majorité de la population, un accroissement de la misère et de la pauvreté et, pour une minorité, souvent très liée au pouvoir en place, une accumulation de richesses. Cette mafia, future bourgeoisie autochtone, fais son nid comme historiquement la bourgeoisie l'a fait, par le vol et la rapine. En 1992, certains osèrent fêter le tricentenaire de la conquête des Amériques, où, par le génocide des populations amérindiennes et par la mise en esclavage des Africains, l'accumulation primitive de capital permit le décollage du capitalisme occidental.

(...) En 1989, l'Histoire s'accélère.

A partir de l'Est, un grand bouleversement pour l'humanité est à l'œuvre. Des millions d'hommes et de femmes se soulèvent pour en finir avec l'oppression bureaucratique, ses pénuries de biens de consommation et son totalitarisme politique. Leur mouvement d'émancipation, porteur de tous les espoirs, s'effiloche dans une restauration du capitalisme et dans la mise en place d'une démocratie parlementaire où le nationalisme et l'austérité économique dominent.

Ailleurs, et pour la majorité des pays de l'Est, dans l'allégresse générale, d'anciens dirigeants « communistes » mettent fin au « communisme » honni et s'élisent héros de l'économie de marché et de la démocratie libérale. Les anciens bureaucrates se convertissent à une vitesse folle en nouvelle bourgeoisie. Le chômage apparaît, les droits des femmes régressent, la pauvreté augmente mais les magasins sont pleins, l'inflation galope, les solidarités sociales s'estompent et les nouveaux riches pavanent. Bref, le « meilleur des mondes possibles » s'impose au détriment de toute alternative pour laquelle, depuis plus d'un siècle, lutte le mouvement ouvrier organisé.

Est-ce la fin de l'utopie ? Est-ce la fin du projet d'un monde meilleur où seraient bannies exploitation et oppression ? Est-ce la victoire définitive du capitalisme et la fin du projet socialiste ?

Avec l'effondrement des régimes de l'Est, le capitalisme atteint son apothéose. Son horizon semble désormais indépassable. Sans autre alternative, l'humanité connaîtrait une fin de l'Histoire où le règne de la démocratie libérale s'imposerait définitivement ! Puisque la démocratie n'a plus d'ennemis – le monstre totalitaire s'étant dissolu dans le marché – plus rien ne devrait arrêter sa marche triomphale... Sauf que l'extrême droite est en montée partout dans l'Occident « civilisé », sauf que des dictatures capitalistes continuent de régner en force dans de très nombreux pays du Tiers Monde, sauf que, selon Amnistie Internationale, depuis la fin de la guerre froide, les droits humains régressent dans le monde, sauf que les intégrismes religieux s'imposent dans de nombreux pays, sauf que les nationalismes s'exacerbent...

Cette victoire est grosse de dangers pour l'humanité.

(...) L'Histoire n'est pas finie, un nouveau chapitre vient de s'ouvrir et ses potentialités sont immenses. Un des spectres qui hante l'humanité vient, peut-être, d'être enfin exorcisé. »


Source : Richard Poulin, La fin du socialisme, Cabédita, Morges, 1993, pp. 6-13.

 

© CLIOTEXTE, 1997-2009, Patrice Delpin - source

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MichaelJackson1 publié le 05/12/2015

c très merveilleux !! merci

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