Sujet et corrigé - Bac ES - français - épreuve anticipée

Français - littérature
1ère ES (avant réforme bac 2021)

Le sujet et le corrigé de français, épreuve anticipée au Bac ES 2012

Le sujet :

Objet d’étude :

Ecriture poétique et quête du sens, du Moyen Age à nos jours

Le sujet comprend :

Texte A : Joachim Du Bellay, « Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon œil… »,
sonnet 150, Les Regrets, 1558 (orthographe modernisée)

Texte B : Jean de La Fontaine, « La Génisse, la Chèvre et la Brebis, en société
avec le Lion », Fables, livre I, 6, 1668

Texte C
: Paul Verlaine, « L'enterrement », Poèmes saturniens, 1866

Texte D : Arthur Rimbaud : « A la musique », Poésies, 1870



TEXTE A : Joachim Du Bellay, « Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon œil… »,
sonnet 150, Les Regrets, 1558

De retour en France après son séjour à Rome où ses fonctions le conduisirent à
fréquenter la cour du Pape, Du Bellay poursuit sa peinture des courtisans.

Seigneur1, je ne saurais regarder d'un bon œil
Ces vieux singes de cour, qui ne savent rien faire,
Sinon en leur marcher les princes contrefaire2,
Et se vêtir, comme eux, d'un pompeux appareil3.

5

Si leur maître se moque, ils feront le pareil,
S'il ment, ce ne sont eux qui diront le contraire,
Plutôt auront-ils vu, afin de lui complaire,
La lune en plein midi, à minuit le soleil.

Si quelqu'un devant eux reçoit un bon visage4,
Ils le vont caresser, bien qu'ils crèvent de rage:
S'il le reçoit mauvais5, ils le montrent au doigt.

10

Mais ce qui plus contre eux quelquefois me dépite6,
C'est quand devant le roi, d'un visage hypocrite,
Ils se prennent à rire, et ne savent pourquoi.

___________________________

1

Seigneur : apostrophe conventionnelle en début de sonnet ; Du Bellay adresse son poème à un
puissant.
Contrefaire : imiter l’allure des princes quand ils marchent.
Appareil : d’un vêtement digne d’un cérémonial magnifique.
Si quelqu’un reçoit [...] un bon visage : est bien accueilli par le roi, ou par un puissant.
S’il le reçoit mauvais : s’il est mal accueilli.
Me dépite : ce qui m’irrite et me peine.



TEXTE B : Jean de La Fontaine, « La Génisse, la Chèvre et la Brebis, en société
avec le Lion », Fables, livre I, 6.

La Génisse, la Chèvre, et leur sœur la Brebis,
Avec un fier Lion, Seigneur du voisinage,
Firent société1, dit-on, au temps jadis,
Et mirent en commun le gain et le dommage.
Dans les lacs2 de la Chèvre un cerf se trouva pris.
Vers ses associés aussitôt elle envoie.
Eux venus, le Lion par ses ongles3 compta,
Et dit : « Nous sommes quatre à partager la proie.»
Puis en autant de parts le cerf il dépeça ;
Prit pour lui la première en qualité de Sire :
« Elle doit être à moi, dit-il, et la raison,
C’est que je m’appelle Lion :
À cela l’on n’a rien à dire.
La seconde, par droit, me doit échoir4 encor :
Ce droit, vous le savez, c’est le droit du plus fort.
Comme le plus vaillant, je prétends la troisième.
Si quelqu’une de vous touche à la quatrième,
Je l’étranglerai tout d’abord. »



Firent société : s’allièrent.
Lacs : cordons lacés pour tendre un piège.
Par ses ongles : avec ses griffes.
Me doit échoir : doit me revenir.


TEXTE C : Paul Verlaine, « L'enterrement », Poèmes saturniens

Je ne sais rien de gai comme un enterrement !
Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille1,
Le prêtre en blanc surplis2, qui prie allègrement,

5

L’enfant de chœur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S’installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille3,

Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis, tout rondelets, sous leur frac4 écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,

10

Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, cœurs élargis, fronts où flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants !


Trille : note musicale, sonorité qui se prolonge.
Surplis : vêtement à manches larges que les prêtres portent sur la soutane.
Drille : homme jovial.
Frac : habit noir de cérémonie.



TEXTE D : Arthur Rimbaud, « A la musique », Poésies

Place de la Gare, à Charleville.

Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

5

– L'orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos1dans la Valse des fifres :
– Autour, aux premiers rangs, parade le gandin2 ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
Les gros bureaux3 bouffis traînent leurs grosses dames
Auprès desquelles vont, officieux cornacs4,
Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

10

Sur les bancs verts, des clubs d'épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent5, et reprennent : "En somme !..."

15

Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
Savoure son onnaing6 d'où le tabac par brins
Déborde – vous savez, c'est de la contrebande ; –

20

Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious7
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes...


Schakos : coiffure militaire rigide.
Gandin : jeune élégant plus ou moins ridicule.
Bureaux : personnes qui travaillent dans les bureaux.
Cornacs : au sens premier, conducteur d’éléphant.
Argent : puisent leur tabac à priser dans des tabatières en argent.
Onnaing : pipe de prix, en terre cuite.
Pioupious : jeunes soldats.



25

– Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.

30

J'ai bientôt déniché la bottine, le bas...
– Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas...
– Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres...

35




ÉCRITURE

I – Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

En quoi les quatre textes du corpus relèvent-ils de la poésie satirique ?

II – Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants (16 points) :

1. Commentaire :


Vous ferez le commentaire du texte de Paul Verlaine, « L'enterrement » (texte C).

2. Dissertation :

Dans quelle mesure la poésie est-elle un genre efficace pour présenter une
critique de la société ? Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur les
textes du corpus, sur ceux que vous avez étudiés en classe et sur vos lectures
personnelles.

3. Invention :

Vous imaginerez un dialogue entre deux critiques littéraires au cours d'un débat
sur la poésie. L'un pense que la poésie doit être utile et éveiller l'esprit critique du
lecteur ; l'autre estime que l'on ne saurait la réduire à cette seule fonction. Chacun
des points de vue devra comporter plusieurs arguments, illustrés par des
références précises à des poèmes.

Le corrigé :
Réponse question

Les éléments de corrections ici proposés ne sont que des éléments de réponse et ne se donnent pas à voir comme un exemple de la méthodologie à suivre.

Le corpus, diachronique, se compose de quatre poèmes qu’il convient de présenter :
- Un sonnet de Du Bellay traçant un portrait satirique des courtisans
- Une fable de La Fontaine faisant apparaître le danger et l’inconscience qu’il y a de s’associer aux Grands
- Un sonnet de Verlaine qui est un éloge paradoxal de l’enterrement
- Un poème de Rimbaud composé de neuf quatrains peignant les bourgeois de Charleville de manière satirique

Par leur ton humoristique et leur volonté de critiquer en ridiculisant leur objet, les quatre poèmes relèvent de la poésie satirique.
Cette dimension satirique apparaît dans le sonnet de Du Bellay à travers la métaphore satirique des « vieux singes » (Du Bellay), mais également la mise en avant des comportements ridicules : l’imitation des courtisans qui se contentent de reproduire de manière bouffonne le comportement du roi (« ils feront le pareil »). Ce qui les amène parfois à être grotesque et à agir de manière absurde : « Plutôt auront-ils vu, afin de lui complaire,/ La lune en plein midi, à minuit le soleil »)
Le ridicule des comportements dénoncés l’est aussi par la mise en évidence de leurs contradictions qui s’expriment à travers des antithèses (« Ils le vont caresser, bien qu'ils crèvent de rage »).
Enfin, l’épigramme, le trait d’esprit dans le tercet final met en exergue un comportement qui représente symboliquement l’attitude des courtisans de manière générale, sorte de cristallisation de leur ridicule dans le fait de rire sans raison parce que le roi le fait :
« Mais ce qui plus contre eux quelquefois me dépite,
C'est quand devant le roi, d'un visage hypocrite,
Ils se prennent à rire, et ne savent pourquoi. »

Dans sa fable La Fontaine dénonce de manière satirique à la fois l’exercice de la force mais plus encore les dehors d’équité qu’elle revêt parfois. Ainsi, les arguments du Lion ne sont que des leurres masquant l’exercice de la force qui est révélé de manière explicite dans le trait final (« Si quelqu’une de vous touche à la quatrième, /Je l’étranglerai tout d’abord »).

Le sonnet de Verlaine constitue un éloge paradoxal : il peint de manière élogieuse un sujet qui devrait susciter du dégoût plutôt que de l’admiration. L’effet de contraste produit permet de dénoncer en ridiculisant tout en dévoilant une vérité ambigüe et dérangeante.

Le poème de Rimbaud peint le ridicule des bourgeois de Charleville en soulignant leur aspect comique en recourant à des hyperboles (« Celles dont les volants ont des airs de réclames »), des répétitions (« gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames », et des métaphores (« officieux cornacs »). Pour mieux se moquer des bourgeois et donner à voir l’étendue de leur ineptie, Rimbaud choisit parfois de s’effacer et de leur donner la parole (forme d’ironie en faisant entendre la voix de l’autre sans la reprendre à son compte) (« et reprennent : "En somme !..." »/ « vous savez, c'est de la contrebande »).

correction de la dissertation


Dissertation
Dans quelle mesure la poésie est-elle un genre efficace pour présenter une critique de la société ? Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur les textes du corpus, sur ceux que vous avez étudiés en classe et sur vos lectures personnelles.

I. Un genre qui ne semble pas se prêter à la critique de la société
a) Célébrations et louanges
Le lyrisme amoureux
Beauté de la forme interdit a priori certains sujets : Instrument de louange : guirlande poétique (ex : celle de Julie)
Oraisons funèbres
b) Un genre pour exprimer ses émotions
Expression et exaltation du moi. Lyrisme. Ex de la poésie romantique.
Les poèmes du Spleen de Baudelaire.
c) Un genre sérieux pour dire le tragique de l’existence humaine
Ex des poètes de la Pléiade et du carpe diem pour dire la brièveté de la vie ou poètes romantiques pour traduire leur mal-être (ex Rolla de Musset)

II. La portée critique du genre
a) Un genre dans lequel exprimer son point de vue
Réponse à un acte d’accusation de Victor Hugo
b) Concision : efficacité pour une peinture satirique qui se concentre sur les détails significatifs comme Verlaine dans « L’enterrement » ou du Bellay
c) Plaire pour convaincre
Efficacité des fables de La Fontaine grâce à sa forme poétique

III. L’efficacité d’un genre à contre-emploi
Le genre poétique se révèle particulièrement efficace pour critiquer la société justement parce qu’il n’est a priori pas le genre de prédilection pour se faire. L’effet de contraste qui résulte de cette confrontation suscite alors étonnement, rire et réflexion chez le lecteur.
a) Effet de contraste saisissant et efficace de l’éloge paradoxal : Verlaine dans « L’enterrement ». Rimbaud dans Vénus Anadyomène
b) Le sérieux de la forme met en avant l’aspect comique (ex : poème de Du Bellay ou de Rimbaud)
c) Un genre qui permet tout à la fois de critiquer et de dépasser cette critique
Ex de « L’enterrement » de Verlaine

3. Invention :
Vous imaginerez un dialogue entre deux critiques littéraires au cours d'un débat sur la poésie. L'un pense que la poésie doit être utile et éveiller l'esprit critique du lecteur ; l'autre estime que l'on ne saurait la réduire à cette seule fonction. Chacun des points de vue devra comporter plusieurs arguments, illustrés par des références précises à des poèmes.

Autres fonctions de la poésie :
- Célébrer la beauté ex : guirlandes
- célébrer les morts dès l’antiquité (Horace) dans les tombeaux poétiques et les oraisons funèbres
- célébrer l’amour
- exprimer ses émotions : poésie lyrique chez les romantiques
- dire le tragique de l’existence humaine

Corrigé du sujet d'invention :
Vous imaginerez un dialogue entre deux critiques littéraires au cours d'un débat sur la poésie. L'un pense que la poésie doit être utile et éveiller l'esprit critique du lecteur ; l'autre estime que l'on ne saurait la réduire à cette seule fonction. Chacun des points de vue devra comporter plusieurs arguments, illustrés par des références précises à des poèmes.

Autres fonctions de la poésie :
- Célébrer la beauté ex : guirlandes
- célébrer les morts dès l’antiquité (Horace) dans les tombeaux poétiques et les oraisons funèbres
- célébrer l’amour
- exprimer ses émotions : poésie lyrique chez les romantiques
- dire le tragique de l’existence humaine

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