Sujet et corrigé - bac S 2013 - philosophie

Philosophie
Terminale S
Le sujet de philosophie au bac S 2013 et son corrigé.


Le corrigé :

Sujet 1
Peut-on agir moralement sans s'intéresser à la politique?
Problème : la morale relève de la question du Bien et du Mal et concerne l'individu et ses actions. La politique concerne, elle, la vie de Cité et l'espace publique, le permis et l'interdit au regard de la loi. On distingue en général moral et légal, la justice comme ordre social et comme ordre moral, et la morale est souvent présentée comme ce qui doit prendre le relais d'un légal insuffisant ou l'interroger. Donc morale et politique semblent être deux domaines distincts.
Ce sujet difficile exige donc de penser cette distinction et de la penser au rebours de ce qui est souvent vu en cours. En somme, le sujet invite à se demander si on peut être démissionnaire au
[u]Plan politique[/u] ( ne pas être un citoyen vigilant, intéressé et actif) et être suffisant au plan moral?
Est-ce que je peux être moral si je ne suis pas  un bon citoyen? (alors qu'en cours  on se demande
plutôt souvent s'il suffit d'être un bon citoyen pour être moral?)

I. On peut semble-t-il agir moralement sans s'intéresser à la politique: la morale relève de la sphère privée et la politique de la sphère publique
 La politique, c'est ce qui concerne la vie de la Cité et sa gouvernance dans le sens de l'intérêt général, elle nous concerne en tant que citoyen face à nos concitoyens. La morale concerne, elle, nos actes en tant que sujet et individu face à toute personne. Je peux agir moralement au quotidien avec mes proches et prochains, sans pour autant m'intéresser à la question politique. La morale relève de la sphère privée, de l'universel. J'ai des devoirs en tant qu'homme et par delà les frontières de mon Etat.

On peut considérer que la politique est même un domaine où la morale n'a pas sa place: on peut penser au Prince amoral de Machiavel, au fait que l'intérêt général et le maintien de la société exigent parfois des actes, des sacrifices discutables du point de vue moral. La politique concerne la légalité et l'extériorité de mes actes pour ne pas nuire à autrui, la morale concerne, elle, leur légitimité et les intentions, avec le souci de l'autre.


II. On peut cependant considérer que la politique relève en partie de la sphère morale:
 Cette distinction politique/morale est moderne: pour les philosophes de l'Antiquité, la Cité a pour but la réalisation du Bien. La Kallipolis de Platon est semblable à l'âme bien ordonnée conduite par la Raison, contenant les appétits. Donc l'enjeu de la politique est aussi le Bien et pas seulement l'ordre. Donc s'intéresser à la politique, ce serait s'intéresse à la réalisation,  à l'avènement du Bien ( même si cette vision de l'Etat est discutable). Ce souci politique est aussi un souci moral.
On peut penser que ne pas s'intéresser à la chose politique, c'est en quelque sorte prendre le risque de laisser persister ou devenir ce que la morale condamne. L'engagement politique est alors un engagement moral.
Être moral, c'est être libre et responsable. Pour Kant, c'est agir conformément aux 2 impératifs catégoriques du respect de la personne humaine en soi et en l'autre ( ne pas s'intéresser à la politique, c'est en quelque sorte se réduire à un moyen et laisser en partie d'autres décider de nos fins, même si on reste libre de suivre ou pas les projets de notre société et ses valeurs) et de l'universalité de la maxime ( on ne peut se donner pour loi de ne pas s'y intéresser car on ne peut vouloir une démission générale). Donc s'il peut y avoir un confort dans ce désintérêt, il peut être moralement condamnable.
Ce désintérêt croissant est ce qui menace les démocraties selon Tocqueville avec le repli sur la vie privée, le matérialisme et l'individualisme auquel on pourrait ajouter une certaine défiance vis à vis du politique aujourd'hui. Cet individualisme aveugle aux autres pourrait même devenir le sol d'un égoïsme, de l'immoralité.

III. être moral exige plus q'un simple intérêt pour la politique, il exige une action politique!

S'il ne suffit pas d'être un bon citoyen pour être moral, être moral inclut de remplir son rôle de citoyen actif et vigilant ( « obéir en résistant, c'est tout le secret » disait Alain.)
Participer à la vie politique, c'est participer à la vie de la communauté, avoir le souci de l'intérêt commun, c'est ce à quoi invite en un sens la morale ( même si elle va au-delà). Cela peut être fait en exerçant le pouvoir politique mais aussi en participant au tissu associatif, ce que suggérait déjà Tocqueville pour renouer avec la vie publique.
En un sens chaque acte moral est un acte citoyen et donc politique, même s'il va à l'encontre des lois ou au-delà des lois.


corrigé sujet 2 :
SUJET 2  Le travail permet-il de prendre conscience de soi?


Problème : le travail, c'est d'abord le labeur auquel nous sommes tous soumis en tant qu'animal soumis au processus vital et aux mêmes besoins (qui ne nous distinguent pas les uns des autres) mais  le travail, c'est aussi le fait de transformer la matière ou un donné pour produire quelque chose, faire un ouvrage, une œuvre pouvant être en accord avec nos désirs ( qui eux sont censés nos appartenir et définir) A travers celle-ci, on peut peut-être se reconnaître. C'est en tout cas la thèse classique  de Hegel dans la fameuse dialectique du maître et de l'esclave ou de Marx qui fait du travail, le propre de l'homme. Ce sujet invite donc à penser les apports du travail en d'autres termes que celui du salaire ou du gain, sur la place du travail : est-ce seulement un moyen de gagner sa vie ou de la réaliser en prenant conscience de soi à travers lui? L'article indéfini « le » invite aussi à s'interroger sur la réalité du travail : si le travail peut être le cadre d'une prise de conscience de soi, est-ce le cas pour tout travail?


L'homme prend conscience de soi en dehors du travail.
Prendre conscience de soi, c'est se savoir être une seule et même personne et un individu distinct des autres ayant une identité définie par des éléments objectifs et subjectifs.
Le travail est une activité plus ou moins pénible de production directe ou indirecte d'une réponse à nos besoins. Le travail nous rappelle que nous sommes TOUS des animaux (ayant des besoins)  PROMETHEENS (inadaptés et devant transformer le donné naturel pour survivre. Le travail ne permet pas ici une prise de conscience de notre individualité, il nous renvoie plutôt à notre condition humaine, à une des limites a priori qui esquissent notre situation en tant qu'homme (au milieu des autres, mortel et au travail selon Sartre).
On prend plutôt conscience de soi dans une introspection rendue possible après le travail  qui peut être divertissement au sens de Pascal (fuite de soi) et qui est une occupation de l'esprit et des mains empêchant de penser à soi. On se retrouverait après le travail et dans des activités qui nous relèveraient du loisir (Antiquité : le travail est une activité indigne d'un homme libre)

Le travail comme LABEUR nous noie dans la masse industrieuse des hommes et on ne peut, semble-t-il, se réaliser  et réaliser qui on est qu'en dehors du travail.
Le travail comme cadre d'une œuvre et prise de conscience de soi.
Le travail peut être lieu de prise de conscience et de réalisation de soi, s'il y a œuvre. C'est la thèse de Hannah Arendt et de Hegel.
Le travail permet de s'inscrire en tant qu'homme et individu face à soi dans le monde, si dans l'animal laborans, il y  a homo faber, si le fruit du travail, l'ouvrage n'est pas immédiatement dissous dans le processus vital de consommation. Nos œuvres portent notre marque personnelle, elles sont un reflet de nous face à nous, devant nous. On s'affirme comme homme et individu face à soi et aux autres.
 Cette exposition de soi face aux autres permet aussi la prise de conscience de soi, via leur jugement.

On pourrait dire que le travail est aussi l'occasion d'une découverte de soi par expérience. On découvre qui on est en faisant, en étant confrontant à certaines difficultés ou choix.
Mais pour que cette prise de conscience ait lieu
 - encore faut-il qu'il y ait œuvre et donc absence d'aliénation du travail ( cf: analyse de Marx), et que la productivité n'empêche pas originalité et créativité
- encore faut-il que l'individu ne soit pas noyé dans une société uniforme que peut produire le travail comme labeur, qui est selon Nietzsche « la meilleure des polices » tuant toute liberté, individualité et réduisant le travailleur à un consommateur.
- encore faut-il que le travail ne soit pas présenté comme le seul lieu de réalisation de soi, sous la forme d'un diktat social. Le travail peut être le cadre d'une prise de conscience et de réalisation de soi mais ce n'est pas le seul. La prise de conscience de soi peut commencer par la prise de conscience de cette pression sociale, de ce « courant social » qui peut empêcher d'être soi.


corrigé sujet 3  :
Bac 2013 – Série S – Sujet 3 -Texte de Bergson TS

L'auteur examine la question de la définition d'un jugement vrai. Si la réponse à cette question semble satisfaisante comme adéquation de la vérité à la réalité, il n'en reste pas moins difficile à comprendre que cette adéquation n'est pas à penser comme le rapport d'une copie à son modèle. La vérité ne copie pas la réalité affirme Bergson, ce qui met en question la définition du vrai. L'auteur appuie son argumentation sur l'opposition entre le réel singulier et changeant et les jugements sur la réalité qui, à l'inverse, sont généraux et stables. C'est par un exemple tiré d'une vérité physicienne qu'il illustre sa thèse en montrant qu'une vérité scientifique n'est pas la copie de ce qui se passe en fait, dans la réalité. Si la définition traditionnelle est par là même remise en question, qu'est ce que la vérité, quel est son rapport à la réalité ?

I. Qu'est-ce qu'un jugement vrai ?
D'après la définition classique de la vérité, un jugement est vrai lorsqu'il s'accorde avec la réalité. En ce sens la vérité est toujours un jugement sur les choses et, par le biais du langage, c'est une concordance entre la réalité et ce que nous en disons. Or Bergson s'interroge sur cette concordance en montrant qu'il ne s'agit  pas d'un rapport de la copie à la réalité. Si tel était le cas, il y aurait une adéquation approximative car la copie est un dégradé de son modèle ; la vérité serait alors une convention, un pâle reflet (au sens Platonicien) de ce qui est. D'où la nécessité de définir la réalité indépendamment de ce qui en est dit , de toute représentation

II. L'opposition entre vérité générale et réalité particulière
Le réel est singulier, il s'agit du réel dont nous avons affaire, de la perception sensible, qui est changeant et surtout subjectif. C'est notre perception sensible qui nous permet de l'appréhender mais qu'en est-il de la représentation que nous voulons exprimer par un jugement, par le langage ? La plupart de nos affirmations sont générales car on suppose que ce dont on parle ne change pas, que l'objet de notre jugement est relativement stable. D'autre part, on suppose que nos jugements sont universels, c'est-à-dire peuvent être partagés par tous.

III. L'expérience montre que la vérité n'est pas une copie de la réalité
Bergson illustre sa thèse par un exemple qui montre que le jugement vrai n'est pas une copie de l'expérience sensible. « la chaleur dilate les corps » est une proposition générale qui utilise des notions qui ne viennent pas de la ressemblance avec la réalité sensible qu'elle pense et permet de penser. Cette proposition vaut pour tous les corps en faisant abstraction des cas particuliers et des changements qui peuvent advenir (pensons au morceau de cire de Descartes). Ainsi l'affirmation selon laquelle la vérité et une copie de la réalité est contestable. Car la vérité est un discours, elle dit quelque chose de la réalité, quelque chose de stable et d'universel alors même que le réel est variable et singulier.

L'intérêt de ce texte est qu'il nous renvoie à la condition même du discours vrai mais aussi de l'activité de penser. En effet, notre esprit ne copie pas des réalités données dans l'expérience mais il est lui-même la condition de possibilité de saisir la vérité. C'est le sens du célèbre texte de Platon « l'allégorie de la caverne » qui souligne que le monde sensible (le monde de la caverne) en lui-même n'est pas vrai mais que c'est par la pensée que se constitue le véritable discours (logos = la raison) permettant la vérité. Cependant, Platon ce rapport entre le monde sensible et le monde des Idées comme une véritable imitation, une copie de la véritable réalité intelligible. Bergson insiste sur l'opposition entre le monde réel et le jugement de l'esprit en montrant toutefois qu'il y a une différence qui ne se réduit pas à la représentation. Nous parvenons à des vérités par les jugements de la raison, c'est à dire par la construction de propositions,de concepts  qui ne copient pas l'expérience sensible. La raison et le langage, désignés en grec par le même mot, LOGOS sont les conditions même de notre accès à la vérité c'est-à-dire à la connaissance de la réalité.

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kkkkmmmm publié le 14/10/2015

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